Présenté en première mondiale dans la compétition du 31e Festival international du film de Busan, The Day After Sunday, troisième long métrage du Japonais Kato Takuya, s’intéresse à une forme de violence particulièrement silencieuse : celle des mots que l’on ne parvient plus à prononcer au sein d’un couple. Porté par Haru Kuroki et Atsushi Hashimoto, le film transforme quelques jours de vacances dans un hôtel isolé en une inquiétante exploration de la fragilité conjugale.

Après Grown-ups en 2022 et Fly On en 2023, Kato Takuya poursuit avec ce nouveau film son travail sur les relations humaines, les non-dits et les tensions qui se dissimulent derrière les conversations les plus ordinaires. The Day After Sunday confirme également la place singulière du réalisateur dans la nouvelle génération du cinéma japonais. Le film est présenté au BIFF dans la section compétition et sa première mondiale a lieu à Busan le 7 octobre 2026.

Un séjour qui devait être celui d’un nouveau départ

Mai et Koichi forment un jeune couple marié qui vient de traverser une période particulièrement éprouvante. Après un parcours de traitement contre l’infertilité, Mai est enfin enceinte. Tous deux se rendent dans un élégant hôtel situé entre montagnes, lac et nature, avec l’idée de profiter de quelques jours de calme et de partager cette nouvelle avec leur entourage.

Le séjour doit durer plusieurs jours. Le lendemain, la tante de Mai, Yumi, et son mari Tetsuya doivent les rejoindre. Mai et Koichi avaient prévu de leur annoncer la grossesse. Pourtant, quelque chose se dérègle progressivement.

Alors que l’annonce de cette grossesse devrait constituer un moment de bonheur, le couple commence à hésiter. Les certitudes s’effritent et les conversations deviennent de plus en plus difficiles. Derrière les échanges banals apparaissent des inquiétudes, des frustrations et des sentiments que chacun semble incapable de formuler clairement.

Le scénario fait ainsi glisser le spectateur d’une situation apparemment paisible vers une tension de plus en plus perceptible. La grossesse, qui pourrait symboliser l’ouverture d’un nouveau chapitre, devient paradoxalement le révélateur des failles du couple.

Le titre du film prend alors une dimension particulière. Le dimanche représente encore un temps suspendu, celui des vacances et de l’illusion d’une parenthèse. Mais derrière cette apparente tranquillité se profile déjà le « jour d’après », celui où les décisions devront être prises et où les choses que l’on a tenté de repousser ne pourront plus être évitées.

L’hôtel, troisième personnage du film

Kato Takuya ne considère pas le décor comme un simple cadre. Le BIFF souligne au contraire le rôle essentiel joué par l’hôtel, dont l’architecture et l’atmosphère presque aseptisée amplifient l’angoisse des personnages.

Le bâtiment, entouré par la végétation, les montagnes et l’eau, crée un contraste permanent entre la beauté du paysage et la tension intérieure du couple. L’espace semble ouvert, mais les personnages apparaissent progressivement enfermés dans leurs propres pensées.

Le choix du lieu renforce également le caractère théâtral du film. Kato Takuya vient du théâtre et construit ses scènes avec une grande précision spatiale. Les dialogues, volontairement naturels, semblent parfois anodins, mais les silences, les hésitations et les changements de comportement leur donnent une tout autre portée.

Cette manière de filmer les conversations constitue l’une des signatures du réalisateur : ce qui compte n’est pas seulement ce que les personnages disent, mais surtout ce qu’ils évitent de dire.

Kato Takuya, du théâtre au cinéma

Né au Japon en 1993, Kato Takuya commence à écrire pour la télévision et la radio dès l’âge de 17 ans. Il part ensuite en Italie pour étudier la réalisation cinématographique avant de revenir au Japon, où il fonde la compagnie théâtrale Takumi Theatre Company. Il écrit et met en scène une vingtaine de spectacles, développant un travail particulièrement attentif aux rapports humains et à la parole.

Il passe au long métrage avec Grown-ups en 2022, puis réalise Fly On en 2023. Pour ce deuxième film, il reçoit le Yoshimitsu Morita Memorial New Director Award au Festival du film de Yokohama. The Day After Sunday constitue son troisième long métrage.

Avec ce nouveau film, le cinéaste approfondit une écriture déjà très personnelle : des situations quotidiennes, des dialogues réalistes et des personnages dont les émotions se manifestent davantage dans les comportements que dans les déclarations explicites.

Haru Kuroki, une héroïne entre inquiétude et vulnérabilité

Dans le rôle de Mai, Haru Kuroki porte une grande partie de la tension dramatique du film. L’actrice japonaise s’est imposée aussi bien au cinéma qu’au théâtre et à la télévision.

Elle débute sur scène en 2010 dans une production de NODA・MAP, avant de faire ses premiers pas au cinéma dans Tokyo Oasis. Elle obtient ensuite un premier grand rôle avec The Flowers of Shanidar et connaît une reconnaissance internationale avec The Little House de Yoji Yamada. Pour ce film, présenté à la Berlinale en 2014, elle reçoit l’Ours d’argent de la meilleure actrice.

Sa carrière comprend notamment des films comme The Little House, The Long Excuse, In This Corner of the World et Our Little Sister, ainsi que de nombreux rôles à la télévision.

Dans The Day After Sunday, elle compose une Mai traversée par des sentiments contradictoires. Le personnage doit à la fois gérer les bouleversements liés à sa grossesse et affronter une distance grandissante avec son mari. Le BIFF souligne particulièrement la subtilité de son interprétation, au centre d’un film où les émotions sont rarement exprimées frontalement.

Atsushi Hashimoto, un mari dans l’évitement

Face à elle, Atsushi Hashimoto interprète Koichi, son mari. Né à Tokyo en 1987, l’acteur commence sa carrière en 2004 dans la série Water Boys 2, avant d’être révélé au grand public dans la série Super Sentai Mahou Sentai Magiranger en 2005. Il apparaît ensuite dans de nombreuses productions télévisées et cinématographiques, ainsi que sur les scènes de théâtre.

Hashimoto possède également une solide expérience au théatre. Il a notamment travaillé avec des metteurs en scène tels que Miyata Keiko, Kuriyama Tamiya, Shirai Akira, Nagai Ai et Kato Takuya. Cette collaboration régulière avec Kato explique en partie la proximité particulière entre le réalisateur et son interprète.

Dans le film, Koichi adopte une attitude très différente de celle de Mai. Là où elle semble confrontée directement à ses inquiétudes, lui tend davantage à éviter la confrontation. Cette passivité apparente devient progressivement l’un des moteurs de la tension conjugale.

Yoh Yoshida et Kanji Furutachi complètent le quatuor

Yumi, la tante de Mai, est interprétée par Yoh Yoshida, comédienne reconnue pour son travail au théâtre, à la télévision et au cinéma. Elle débute sur scène au début des années 2000 avec la compagnie Tokyo Swica avant de se faire connaître à l’écran, notamment grâce aux séries HERO et Jun to Ai. Elle a également reçu plusieurs distinctions, dont un prix d’interprétation aux Tokyo Drama Awards et un prix d’excellence de la Japan Academy pour son rôle dans Flying Colors.

Tetsuya, le mari de Yumi, est joué par Kanji Furutachi, acteur particulièrement apprécié pour ses interprétations de personnages ordinaires aux personnalités souvent ambiguës ou difficiles à cerner. Il avait déjà travaillé avec Kato Takuya sur son précédent long métrage Fly On.

Avec ces quatre acteurs, le réalisateur compose un huis clos familial où les rapports de couple deviennent progressivement le véritable sujet du film.

Une mise en scène entre cinéma et théâtre

The Day After Sunday repose sur une mise en scène extrêmement maîtrisée. Kato utilise les espaces de l’hôtel, les déplacements des personnages et les silences comme autant d’éléments dramatiques.

Les conversations semblent d’abord naturelles, parfois même banales. Mais les paroles se chevauchent, certaines phrases restent en suspens et les réactions physiques prennent progressivement autant d’importance que les dialogues.

Cette approche rejoint le travail théâtral du réalisateur tout en exploitant pleinement les possibilités du cinéma. La caméra observe les personnages dans leur environnement plutôt que de chercher systématiquement l’effet dramatique. Le paysage lui-même devient alors le miroir de leur état intérieur.

Le BIFF décrit ainsi le film comme une exploration froide et précise de la fracture domestique et de la vulnérabilité féminine, avec une conclusion volontairement ouverte qui refuse de fournir au spectateur une réponse simple.

Une première mondiale très attendue à Busan

Sélectionné en compétition au 31e Busan International Film Festival, The Day After Sunday est présenté en première mondiale le 7 octobre 2026 au Busan Cinema Center. Le film est également programmé les 8, 9 et 12 octobre.

Après Busan, le film sortira au Japon le 20 novembre 2026, notamment au Shinjuku Piccadilly, avec une distribution assurée par Rabbit House et Comme des Cinémas Japon.

Le film bénéficie d’une production japonaise réunissant notamment Amuse Creative Studio et Comme des Cinémas Japon, avec Tohokushinsha comme société de production. Il est également soutenu par plusieurs partenaires liés au territoire d’Ehime, où une partie importante du tournage a été réalisée.

Fiche technique

Titre original : 日曜のあと
Titre international : The Day After Sunday
Pays : Japon
Année : 2026
Durée : 82 minutes
Format : DCP, couleur
Genre : drame psychologique, mystère, suspense, thriller
Réalisation : Kato Takuya
Scénario : Kato Takuya
Image : Toshihiko Kizu
Lumière : Daiki Takai
Son : Naoki Taira
Décors : Shinsuke Kojima
Montage : Sylvie Lager
Effets visuels : Shunsuke Kakuuchi
Étalonnage : Toshitaka Kamei
Effets sonores : Tomoko Otsuka
Musique : FOUDRE! — Frédéric D. Oberland, Romain Barbot et Paul Régimbeau
Costumes : Daisuke Iga
Maquillage et coiffure : Shiho Mochizuki
Premier assistant réalisateur : Kyotaro Sato
Producteurs exécutifs : Manabu Yamauchi, Masahiro Iida
Production exécutive / coordination : Amuse Creative Studio, Comme des Cinémas Japon
Projet et production : Takafumi Imai
Producteurs : Fumitake Anan, Yuka Jimbo
Coproducteur : Masa Sawada
Société de production : Tohokushinsha
Distribution Japon : Rabbit House, Comme des Cinémas Japon
Casting principal : Haru Kuroki, Atsushi Hashimoto, Kanji Furutachi, Yoh Yoshida
Autres interprètes : Ryo Iwase, Yui Nishide, Sanae Miyata, Takafumi Imai, Natsuko Sakakura, Mari Yasukawa, Sena Nakata, Yukari Taki, Hiroyuki Toriya, Katsumasa Suzuki
Première mondiale : Festival international du film de Busan 2026, compétition
Sortie japonaise : 20 novembre 2026.

Avec The Day After Sunday, Kato Takuya transforme une situation apparemment simple — un couple, une grossesse, quelques jours dans un hôtel — en un inquiétant portrait de la vie à deux. Sans recourir au spectaculaire, le cinéaste fait monter la tension à travers les silences, les gestes et les conversations ordinaires. Une mécanique intime et dérangeante, incarnée par Haru Kuroki, qui pourrait faire de cette troisième réalisation l’un des films japonais à suivre après le BIFF 2026.

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