Présenté en première internationale au 31e Festival international du film de Busan, le 7 octobre, Satoko Always marque le retour du réalisateur japonais Shuichi Okita avec une chronique féminine aussi tendre qu’originale. À travers trois femmes portant le même prénom, mais séparées par l’âge, le milieu social et les expériences de vie, le cinéaste compose un récit sur le désir d’écrire, la mémoire et la possibilité de reprendre en main son histoire personnelle.

Au centre du film se trouvent trois « Satoko ». La première, Nakai Satoko, a 15 ans. Collégienne en troisième année, elle mène une existence assez ordinaire entre les cours, le club de softball et ses discussions avec ses camarades. Sa rencontre avec Hayase, un garçon de son âge qu’elle croise notamment chez l’oto-rhino-laryngologiste, provoque chez elle les premiers bouleversements amoureux. Encouragée par son professeur de japonais, Terao Chiho, elle commence à écrire. Son premier récit devient rapidement une manière de transformer ses émotions, ses fantasmes et son inexpérience en une histoire dont elle devient elle-même l’auteure.
À 35 ans, Nishida Satoko travaille dans le service promotion d’une société de distribution cinématographique. Passionnée par la culture coréenne et très investie dans son métier, elle se trouve pourtant dans une période de stagnation. Sa carrière ne correspond plus tout à fait aux idéaux qui l’avaient poussée vers le cinéma et sa liaison avec un homme marié, qui dure depuis six ans, est elle aussi entrée dans une phase de lassitude. Après un événement brutal impliquant l’épouse de son amant, Satoko se retrouve hospitalisée et commence à écrire. Son texte devient progressivement une façon de regarder autrement sa propre existence et les choix qui l’ont conduite jusqu’à cette situation.

La troisième Satoko, Iijima Satoko, a 55 ans. Pendant près de vingt ans, elle s’est consacrée à sa famille et notamment à la préparation quotidienne des repas de ses trois fils. Le jour où elle prépare le dernier bento de son dernier enfant, personne autour d’elle ne semble mesurer l’importance de ce moment. Cette étape, presque invisible aux yeux de sa famille, agit pourtant comme un déclic. Elle se souvient alors de son ancien rêve de devenir écrivaine et recommence à écrire, renouant avec une partie d’elle-même qu’elle avait laissée de côté.

Trois femmes, trois générations, trois histoires apparemment indépendantes. Pourtant, à mesure que leurs récits prennent forme, leurs trajectoires commencent à se répondre et à se croiser de manière inattendue. Le film joue ainsi sur les liens entre réalité, imagination et fiction, faisant de l’écriture un espace où les expériences individuelles peuvent se transmettre d’une génération à l’autre.

Cette construction constitue l’une des particularités de Satoko Always. Shuichi Okita ne cherche pas à raconter trois destins féminins de manière strictement parallèle. Les histoires se contaminent progressivement, créant un jeu subtil entre ce qui est vécu, ce qui est imaginé et ce qui est écrit. Les trois personnages semblent parfois pouvoir être différentes versions d’une même femme à trois moments de son existence.
Derrière cette structure ambitieuse, Okita conserve le ton qui caractérise son cinéma : une attention aux détails du quotidien, un humour discret et une profonde bienveillance envers ses personnages. Les difficultés traversées par les trois femmes ne sont jamais transformées en grands drames spectaculaires. Une déception amoureuse, une crise professionnelle ou le sentiment d’être devenue invisible dans sa propre famille deviennent plutôt les points de départ d’une transformation intime.
Le titre prend alors tout son sens. « Satoko » n’est pas seulement un prénom commun aux trois héroïnes : il devient un fil conducteur entre des existences différentes. Le film pose une question simple mais essentielle : à quel moment peut-on commencer à raconter sa propre histoire ? Et surtout, est-il réellement trop tard pour devenir la personne que l’on aurait voulu être ?
Shuichi Okita, un cinéma du quotidien
Né en 1977 dans la préfecture de Saitama, Shuichi Okita s’est d’abord fait remarquer par ses courts métrages indépendants avant de réaliser son premier long métrage, What a Wonderful World, en 2006. Il connaît une reconnaissance plus large avec The Chef of South Polar en 2009, puis The Woodsman and the Rain en 2012, qui reçoit notamment le prix spécial du jury au Festival international du film de Tokyo.
Son cinéma s’est ensuite construit autour de personnages ordinaires confrontés à des situations parfois absurdes, mais toujours profondément humaines. A Story of Yonosuke, Mori, the Artist’s Habitat ou encore Ora, Ora Be Goin’ Alone ont confirmé cette capacité à observer les relations humaines avec humour, pudeur et une grande précision.
Avec Satoko Always, réalisé à l’occasion de ses vingt ans de carrière dans le long métrage, Okita signe un scénario entièrement original. Le projet est également devenu un roman écrit par le réalisateur, publié au Japon en août 2026, signe que les trois héroïnes et leurs histoires dépassaient déjà les limites du scénario cinématographique.
Trois actrices pour trois âges de la vie
Kasumi Arimura interprète Nishida Satoko, la femme de 35 ans. Née en 1993 dans la préfecture de Hyogo, elle débute à la télévision en 2010 avant de s’imposer au cinéma avec des films comme Strobe Edge et Flying Colors, pour lequel elle remporte plusieurs récompenses. Elle devient ensuite l’une des actrices les plus populaires de sa génération, notamment grâce à la série NHK Hiyokko et au film We Made a Beautiful Bouquet, qui lui vaut le prix de la meilleure actrice aux Japan Academy Film Prize. Dans Satoko Always, elle incarne une femme active mais désorientée, partagée entre les exigences de son travail, une relation sentimentale devenue pesante et le besoin de retrouver une voix personnelle.
Hikari Ishida joue Iijima Satoko, 55 ans. Née à Tokyo en 1972, elle débute comme actrice en 1986 et connaît une première consécration au cinéma avec le film de Nobuhiko Obayashi Two, puis à la télévision avec les séries Hirari et Asunaro Hakusho. Figure familière du cinéma et de la télévision japonaise depuis plusieurs décennies, elle a également été remarquée récemment dans Blue Period, Rewrite et Renoir, présenté en compétition au Festival de Cannes 2025. Son interprétation d’une femme qui redécouvre son ancien rêve d’écriture apporte au film une dimension particulièrement liée au temps qui passe et aux identités que l’on met parfois de côté.
La troisième héroïne est incarnée par Kashun Himeno, jeune actrice de 16 ans, choisie à l’issue d’une audition à laquelle environ 300 candidates auraient participé. Originaire de Tokyo et ayant grandi à Kyoto, elle fait avec Satoko Always ses premiers pas au cinéma et se retrouve directement propulsée au rang de co-protagoniste aux côtés de Kasumi Arimura et Hikari Ishida. Elle interprète la jeune Satoko avec une spontanéité qui constitue l’un des ressorts essentiels du premier segment du film.
Autour du trio principal, Shuichi Okita réunit notamment Yoh Yoshida dans le rôle de Chiho Terao, la professeure de japonais qui encourage la jeune Satoko à écrire, Joe Odagiri dans celui de Kengo Muramoto, l’amant de la Satoko de 35 ans, et Michitaka Tsutsui dans le rôle de Shigeaki Iijima, le mari de la Satoko de 55 ans. La distribution comprend également Daisuke Kuroda, Junko Miyabe, Yuno Izumi, Mirika Otsuki, Toharu Ogawa, Yuzu Aoki, Yota Kawase, Momoi Shimada, Tomo Nakai, Yuko Nakamura, Kanata Hosoda, Yui Narumi, Mansaku Takada et Kanji Furutachi.
Une œuvre entre humour, mélancolie et création
Satoko Always se distingue ainsi par son ambition narrative sans jamais perdre son ancrage dans le quotidien. Les cahiers, les claviers, les histoires d’amour, les repas familiaux ou les conversations banales deviennent les instruments d’une réflexion plus vaste sur la création.
Le film rappelle surtout que l’écriture n’est pas nécessairement une ambition professionnelle. Elle peut être une manière de comprendre ce que l’on vient de vivre, de donner une forme à un souvenir ou simplement de découvrir que son propre quotidien mérite d’être raconté.
Avec ses 138 minutes, Satoko Always prend le temps de développer ses trois personnages et de laisser leurs histoires se répondre. Cette durée permet à Okita de construire progressivement les correspondances entre les générations et de faire émerger une véritable continuité émotionnelle entre les trois Satoko.
Présenté en compétition au BIFF, le film arrive donc à Busan avec une identité singulière : celle d’une comédie dramatique japonaise qui parle de femmes, de création et du temps qui passe sans jamais chercher à trop dramatiser son propos. Derrière ses trois héroïnes se dessine finalement une même idée : chacun possède une histoire qui mérite d’être racontée, quel que soit son âge ou le moment de sa vie où il décide enfin de prendre la plume.
Fiche technique
Titre original : さとこはいつも
Titre international : Satoko Always
Pays : Japon
Année : 2026
Genre : drame, comédie dramatique
Durée : 138 minutes
Réalisation : Shuichi Okita
Scénario : Shuichi Okita
Image : Akiko Ashizawa
Montage : Masaya Okazaki
Musique : Satoko Shibata
Son : Takaaki Yamamoto
Effets sonores : Sakura Katsumata
Lumière : Daisuke Komoda
Direction artistique : Norifumi Ataka
Décors : Momoko Sato
Costumes : Haruki Koketsu
Maquillage : Ryoko Ariji
Supervision VFX : Issei Oda
VFX / montage en ligne : Minoru Noma
Étalonnage : Ryoichi Hirose
Casting : Kasumi Arimura, Hikari Ishida Kashun Himeno
Producteurs : Ryohei Tsutsui, Miyuki Sato, Suguru Kubota, Yuya Tanaka
Production exécutive : Amuse Creative Studio
Production : Office Shirous
Distribution Japon : Happinet Phantom Studios
Ventes internationales : Hakuhodo DY Music & Pictures
Musique originale : Satoko Shibata
Chanson thème : Yuta Orisaka, « Shimire (feat. Satoko Shibata) »
Sortie japonaise : 18 septembre 2026
Première internationale : Festival international du film de Busan, 7 octobre 2026
Distribution internationale
Les droits internationaux sont représentés par Hakuhodo DY Music & Pictures, qui assure les ventes internationales du film. Au Japon, la distribution est assurée par Happinet Phantom Studios. À ce jour, aucune date de sortie française ni distributeur français n’est officiellement annoncé.
Au BIFF, Satoko Always est présenté en compétition le 7 octobre à 13 h à l’Indieplus du Busan Cinema Center, avec une séance également programmée à 12 h 20 au Haneulyeon Theatre. Le film est présenté comme une première internationale.
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