À Kumano, dans la préfecture de Mie, Onigajō est surtout connu pour ses spectaculaires falaises de tuf sculptées par les séismes, les vagues et le vent. Mais derrière ce paysage côtier se découvre un autre visage du site : celui d’un ancien chemin du Kumano Kodo qui s’enfonce dans la montagne, entre pavés de pierre, bambous et forêts de cèdres.

Le sentier du secteur d’Onigajō rejoint notamment le Matsumoto-tōge, l’un des derniers cols du parcours Iseji avant d’atteindre la côte de Kumano. Cette portion du Kumano Kodo relie traditionnellement Odomari et Kinomoto, en longeant le versant montagneux situé au-dessus d’Onigajō. Le chemin, relativement court et peu élevé, conserve une atmosphère particulièrement préservée, avec de nombreux passages pavés qui témoignent des techniques utilisées autrefois pour aménager les itinéraires de pèlerinage.

Des pierres pour résister aux pluies de Kumano

Les pavés ne sont pas simplement décoratifs. La péninsule de Kii est l’une des régions les plus arrosées du Japon et les fortes précipitations pouvaient rapidement dégrader les chemins de montagne. Les anciens itinéraires ont donc été consolidés avec des pierres afin de limiter l’érosion et de rendre les déplacements plus sûrs.

Sur le Matsumoto-tōge, une partie remarquable du dallage remonte à l’époque d’Edo. Selon les informations du département de Mie, certaines sections ont été reconstruites il y a environ trois siècles par des artisans spécialisés. Les pierres sont assemblées avec une grande précision, sans mortier ni ciment. Vues de côté, certaines portions donnent même l’impression de former un véritable mur de pierre.

Cette technique explique en partie pourquoi ces chemins ont traversé les siècles. Les pierres épousent le relief tout en permettant à l’eau de s’écouler, tandis que leur disposition limite le ravinement du sol. Elles constituent aujourd’hui l’un des témoignages les plus visibles du savoir-faire des communautés qui entretenaient autrefois le Kumano Kodo.

Un chemin entre bambous et cèdres

En quittant progressivement le paysage rocheux d’Onigajō, l’ambiance change radicalement. Le sentier pénètre dans une végétation dense où les bambous côtoient les cèdres et autres arbres de montagne. Le bruit de la mer laisse place au bruissement des feuilles, aux oiseaux et parfois au ruissellement de l’eau.

Au Matsumoto-tōge, la forêt de bambous entoure notamment le célèbre Jizō du col, une statue de pierre d’environ 1,7 à 1,8 mètre. Une légende raconte qu’elle aurait été prise pour une créature surnaturelle par un tireur à l’époque d’Edo, qui lui aurait tiré dessus. Une marque sur la statue serait encore visible aujourd’hui.

Le passage du col offre également un changement spectaculaire de perspective. Après la forêt, le sentier permet de rejoindre un point de vue dominant Shichiri-Mihama, la longue plage qui s’étire sur la côte de Kumano en direction de Shingū. Pour les anciens pèlerins, cette ouverture sur la mer annonçait la dernière partie du chemin vers les sanctuaires de Kumano.

Une route de pèlerinage, mais aussi une ancienne infrastructure

Le Kumano Kodo n’était pas uniquement un itinéraire religieux. Pendant des siècles, ces chemins ont également constitué un réseau de circulation essentiel à travers les montagnes de la péninsule de Kii. Les travaux de pavage et de consolidation répondaient donc autant aux nécessités du pèlerinage qu’aux besoins quotidiens des populations locales.

Cette dimension apparaît particulièrement bien dans le secteur de Kumano, où subsistent différents ouvrages anciens liés à l’aménagement des pentes. La ville rappelle notamment que certaines constructions en pierre étaient destinées à protéger les terres agricoles et les chemins contre l’érosion et les animaux sauvages. Ces ouvrages, réalisés manuellement, témoignent d’une remarquable connaissance du terrain.

Le parcours d’Onigajō permet ainsi de comprendre une autre dimension du Kumano Kodo. Ici, le patrimoine se lit directement sous les pas du marcheur, dans chaque pierre posée sur le chemin, dans les murs de soutènement et dans la relation étroite entre le sentier et la forêt.

Classé au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2004 au sein des « Sites sacrés et chemins de pèlerinage dans les monts Kii », le Kumano Kodo conserve dans cette partie de Kumano une étonnante continuité entre nature, histoire et spiritualité.

À Onigajō, il suffit finalement de quitter les falaises pour découvrir une autre histoire du lieu : celle d’un chemin ancien qui, depuis des siècles, traverse silencieusement la montagne.

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