Avec Bad Lieutenant: Tokyo, présenté en première mondiale au Toronto International Film Festival 2026, Takashi Miike s’empare d’une figure devenue culte du cinéma policier américain pour la transposer dans un Tokyo nocturne, violent et profondément corrompu. Porté par Shun Oguri, Lily James et Liv Morgan, le film constitue le troisième volet d’une série dont les précédents épisodes avaient été réalisés par Abel Ferrara et Werner Herzog. Mais Miike ne signe pas une simple suite : il propose sa propre variation sur le thème du policier rongé par ses démons.

Un flic corrompu face à une disparition mystérieuse
Au cœur du récit, un officier de la police métropolitaine de Tokyo mène une existence dominée par le jeu et les addictions. Corrompu, imprévisible et endetté, ce policier est loin de correspondre à l’image traditionnelle du représentant de l’ordre.
Sa trajectoire bascule lorsqu’une jeune femme, fille d’un important responsable politique, disparaît. L’affaire prend une dimension internationale avec l’arrivée à Tokyo d’une mystérieuse agente du FBI, venue mener sa propre enquête.
Les deux personnages vont devoir collaborer, malgré leurs méthodes et leurs intérêts divergents. Leur recherche les entraîne progressivement dans les profondeurs du monde criminel tokyoïte, où gravitent yakuzas, hommes de pouvoir, joueurs et figures beaucoup plus inquiétantes. Un tueur mystérieux semble également suivre leurs mouvements.
Le scénario de Daisuke Tengan conserve ainsi l’un des thèmes fondamentaux de la franchise : la frontière extrêmement fragile entre ceux qui sont censés faire respecter la loi et ceux qui la transgressent.
Takashi Miike, un choix particulièrement cohérent
Confier cette nouvelle incarnation du Bad Lieutenant à Takashi Miike apparaît comme un choix particulièrement cohérent. Depuis les années 1990, le cinéaste japonais s’est construit une réputation internationale grâce à un cinéma capable de passer du polar au film d’horreur, de l’action au drame, tout en conservant un goût prononcé pour la violence, l’excès et les situations moralement ambiguës.

Révélé internationalement avec Audition, Miike s’est ensuite illustré avec Ichi the Killer, Crows Zero, Sukiyaki Western Django ou encore 13 Assassins. Ce dernier, écrit par Daisuke Tengan, avait d’ailleurs été produit par Jeremy Thomas, qui retrouve ici le réalisateur japonais.

Le TIFF présente Bad Lieutenant: Tokyo comme une nouvelle variation plutôt que comme une suite conventionnelle des deux précédents films. Le film d’Abel Ferrara de 1992 et celui de Werner Herzog, Bad Lieutenant: Escale à La Nouvelle-Orléans, sorti en 2009, partageaient une même figure de policier autodestructeur mais développaient des univers très différents. Miike poursuit cette logique en déplaçant l’histoire au Japon.

Le résultat est attendu comme l’un des films les plus imprévisibles de cette édition du TIFF. Plusieurs présentations critiques soulignent déjà le caractère particulièrement singulier de cette rencontre entre l’univers de Bad Lieutenant et celui de Miike.
Shun Oguri, un policier au bord du gouffre
Dans le rôle principal, Shun Oguri incarne ce nouveau Bad Lieutenant. Né en 1982, l’acteur est l’une des figures importantes du cinéma et de la télévision japonais contemporains. Il s’est notamment illustré dans Gintama, Kingdom et Godzilla vs. Kong, où il interprétait Ren Serizawa.
Son parcours lui permet de passer avec aisance du cinéma populaire japonais aux productions internationales. Dans Bad Lieutenant: Tokyo, il abandonne l’image du héros traditionnel pour interpréter un policier compromis, joueur compulsif et moralement instable.
Ce choix donne au personnage une dimension particulièrement intéressante : le lieutenant n’est pas seulement confronté à la criminalité qu’il doit combattre, il est lui-même profondément intégré à un système dont il ne maîtrise plus les règles.
Lily James, une enquêtrice du FBI dans un univers japonais
Face à lui, Lily James incarne l’agente du FBI chargée de retrouver la fille disparue. L’actrice britannique, révélée au grand public par Downton Abbey, s’est ensuite imposée au cinéma avec Cendrillon, Baby Driver, Darkest Hour et Mamma Mia! Here We Go Again.
Elle a également obtenu des nominations aux Emmy et aux Golden Globes pour son interprétation de Pamela Anderson dans la mini-série Pam & Tommy.
Son personnage apporte au film un regard extérieur sur la police japonaise et sur les réseaux criminels qu’elle découvre. La confrontation entre cette enquêtrice américaine et le policier japonais constitue l’un des principaux ressorts dramatiques du récit.
Liv Morgan, un pari inattendu
Le casting comprend également Liv Morgan, catcheuse américaine et championne de la WWE, qui effectue ici l’un de ses rôles cinématographiques les plus importants. Elle interprète la fille du responsable politique dont la disparition déclenche l’enquête.
Sa présence constitue l’une des curiosités du film. Après quelques apparitions au cinéma et à la télévision, l’ancienne lutteuse professionnelle se retrouve cette fois au cœur d’un thriller signé par l’un des réalisateurs japonais les plus expérimentés dans les registres de l’action et de la violence.
Le reste de la distribution réunit notamment Shôtarô Mamiya, Takanori Iwata, Jun Kunimura, Hiroshi Tachi, Nanase Nishino, Shūhei Nomura et Keisuke Watanabe.
Daisuke Tengan, fidèle collaborateur de Miike
Le scénario est signé Daisuke Tengan, fils du cinéaste Shōhei Imamura. Scénariste et réalisateur, il entretient depuis longtemps une relation artistique avec Miike.
Tengan avait notamment écrit Audition et 13 Assassins, deux œuvres majeures dans la carrière internationale du réalisateur. Il connaît donc parfaitement son goût pour les personnages ambigus, les récits qui basculent progressivement vers la violence et les frontières poreuses entre réalité, criminalité et folie.
Pour Bad Lieutenant: Tokyo, cette collaboration permet de conserver une continuité artistique tout en adaptant la mythologie du personnage à la société japonaise contemporaine.
Une nouvelle variation plutôt qu’un remake
L’intérêt du film réside précisément dans cette capacité à ne pas chercher à reproduire les deux précédents Bad Lieutenant.
Le film de Ferrara, avec Harvey Keitel, était une plongée particulièrement sombre dans la culpabilité, la foi, la drogue et l’autodestruction. Werner Herzog avait ensuite proposé avec Nicolas Cage une relecture beaucoup plus baroque et hallucinée.
Miike déplace à son tour le personnage et les thèmes de la franchise vers Tokyo. Le film semble ainsi davantage fonctionner comme une nouvelle variation autour de la corruption et de l’autodestruction que comme la continuation directe des deux œuvres précédentes. Le TIFF souligne lui-même cette indépendance narrative et stylistique.
Le choix de Tokyo n’est évidemment pas anodin. La métropole permet au cinéaste de juxtaposer les espaces de pouvoir, les quartiers nocturnes, les lieux de jeu et les réseaux criminels, créant un environnement où la modernité urbaine contraste avec la violence souterraine.
Une première mondiale très attendue à Toronto
Bad Lieutenant: Tokyo est présenté en « Special Presentations » au 51e Toronto International Film Festival.
Une production internationale
Le film est le fruit d’une collaboration entre producteurs japonais, britanniques et américains. La production réunit notamment OLM, Nippon TV, Pressman Film et Recorded Picture Company. Les producteurs sont Naoaki Kitajima, Sam Pressman, Misako Saka et Jeremy Thomas. Ce dernier, figure majeure du cinéma britannique et producteur du Dernier Empereur, de Sexy Beast ou encore de nombreux films de Nicolas Roeg, est décédé quelques jours avant la première mondiale du film à Toronto, faisant de Bad Lieutenant: Tokyo sa dernière production.
Le tournage principal a été réalisé au Japon au printemps 2025. Le projet avait été annoncé en avril de la même année, avec Miike à la réalisation et Shun Oguri, Lily James et Liv Morgan dans les principaux rôles.
La musique est signée Kôji Endô, collaborateur régulier de Takashi Miike, tandis que la photographie est assurée par Nobuyasu Kita. Le montage est signé Naoichirô Sagara et les décors Akira Sakamoto.
Dates de sortie et diffusion internationale
Le film connaît sa première mondiale au Toronto International Film Festival le 14 septembre 2026.
Au Japon, Bad Lieutenant: Tokyo sortira dans les salles le 23 octobre 2026. Cette sortie sera accompagnée d’une campagne importante autour du film, notamment avec la chanson originale « Raven Sky » d’Ado, composée avec la participation de Masanori Takumi.
Aux États-Unis, le distributeur NEON prévoit une sortie en salles en septembre 2026, mais la date précise n’est pas encore clairement annoncée dans les sources disponibles. Pour la France et les autres territoires européens, aucune date de sortie en salles ferme n’est actuellement confirmée.
Fiche technique
Titre : Bad Lieutenant: Tokyo
Réalisation : Takashi Miike
Scénario : Daisuke Tengan
D’après les personnages et l’univers de Bad Lieutenant créés par Abel Ferrara et Zoë Lund
Pays de production : États-Unis, Royaume-Uni, Japon
Année : 2026
Genre : thriller policier, action, néo-noir
Durée : 108 minutes
Langues : anglais, japonais
Photographie : Nobuyasu Kita
Montage : Naoichirô Sagara
Musique : Kôji Endô
Décors : Akira Sakamoto
Costumes : Yûya Maeda
Production : Naoaki Kitajima, Sam Pressman, Misako Saka, Jeremy Thomas
Sociétés de production : OLM, Nippon TV, Pressman Film, Recorded Picture Company
Distribution États-Unis : NEON
Distribution Japon : Sony Pictures Entertainment Japan
Première mondiale : Toronto International Film Festival, 14 septembre 2026
Sortie Japon : 23 octobre 2026
Sortie États-Unis : septembre 2026, date précise à confirmer
Sortie France : non annoncée à ce jour
Distribution principale
Shun Oguri : le Bad Lieutenant
Lily James : l’agente du FBI
Liv Morgan : la fille du responsable politique
Shôtarô Mamiya
Takanori Iwata
Nanase Nishino
Shūhei Nomura
Yuka Kouri
Keisuke Watanabe
Hideo Nakano
Jun Murakami
Jun Kunimura
Hiroshi Tachi
Notre appréciation : avec Bad Lieutenant: Tokyo, Takashi Miike semble avoir trouvé un terrain particulièrement adapté à son cinéma : un personnage profondément compromis, une enquête criminelle aux ramifications troubles et une grande métropole où les apparences peuvent rapidement se fissurer. Sans chercher à reproduire Ferrara ou Herzog, le réalisateur inscrit cette troisième variation dans son propre univers. Le véritable enjeu sera désormais de voir si cette liberté permet au film de devenir autre chose qu’un exercice de style : un nouveau chapitre marquant de la mythologie du Bad Lieutenant.
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