Présenté en première mondiale au 51e Festival international du film de Toronto (TIFF), dans la section Centrepiece, Long Long Night (긴긴밤) marque les débuts de Kyu Bock Youm à la réalisation d’un long métrage d’animation. Inspiré du best-seller coréen de Ru Ri, ce film en 3D raconte l’étonnant voyage d’un rhinocéros et d’un jeune manchot, deux êtres fragiles réunis par la perte et entraînés dans une longue quête vers l’océan. Une œuvre d’aventure et de survie qui associe la beauté de la nature à une réflexion sur l’amitié, la disparition des espèces et la capacité à continuer malgré les épreuves.

Un voyage entre émerveillement et tragédie
Au cœur du récit se trouve Norden, un rhinocéros blanc des rochers élevé depuis son enfance par des éléphants dans un orphelinat. Solitaire mais profondément pacifique, il grandit dans un environnement où la présence humaine reste longtemps mystérieuse. Lorsqu’il devient adulte, Norden quitte le refuge et découvre progressivement le monde extérieur : les grandes étendues herbeuses parcourues avec les zèbres, les nuits étoilées et l’immensité d’une nature encore capable de lui offrir une forme de liberté.
Mais cette existence paisible ne dure pas. Norden apprend qu’il est le dernier rhinocéros blanc de son espèce. Il rencontre pourtant d’autres animaux qui lui ressemblent et connaît brièvement le bonheur d’une vie familiale. L’arrivée d’un enfant semble alors lui offrir une nouvelle raison de vivre, avant qu’une succession de drames ne bouleverse son existence.
Après s’être retrouvé enfermé dans un zoo, puis avoir tenté de s’en échapper, Norden croise la route d’un jeune manchot né d’un œuf abandonné. L’animal a lui aussi perdu ses repères et doit rejoindre un lieu dont il ne connaît que le nom : l’océan.
Commence alors une longue traversée au cours de laquelle les deux compagnons vont apprendre à compter l’un sur l’autre. Leur route est semée de dangers : prédateurs, braconniers, violences humaines et environnements en perpétuelle transformation. Leur improbable alliance devient progressivement une véritable relation de confiance, fondée sur la solidarité et la nécessité de survivre ensemble.

Le film alterne ainsi les moments d’aventure, d’humour et de découverte avec des séquences plus sombres consacrées à la disparition, au deuil et à la solitude. Derrière le parcours de Norden et du jeune manchot se dessine surtout une histoire sur la transmission et la résilience : même lorsque tout semble perdu, la rencontre avec un autre peut redonner un sens au voyage.
Une animation 3D tournée vers le vivant
Pour son premier long métrage, Kyu Bock Youm s’appuie sur une animation entièrement en 3D développée avec Unreal Engine, outil de création en temps réel particulièrement utilisé dans l’industrie du jeu vidéo. Le procédé permet au film de travailler avec une grande précision les paysages, la lumière, les textures et les mouvements des animaux.

Cette recherche de réalisme concerne notamment Norden, dont la peau épaisse, les plis et les mouvements constituent un élément important de l’animation. À l’inverse, les paysages sont traités avec une dimension plus spectaculaire : herbes balayées par le vent, insectes lumineux, végétation, cours d’eau et animaux sauvages composent un monde vaste et changeant.

L’objectif n’est cependant pas de transformer le film en simple démonstration technologique. La technique sert avant tout à créer un environnement crédible autour de personnages dont les émotions restent au premier plan. La nature apparaît à la fois comme un espace de liberté et comme un territoire devenu dangereux sous l’effet des activités humaines.

Cette approche constitue l’une des particularités du projet dans l’animation coréenne contemporaine. Long Long Night s’inscrit dans une industrie qui cherche désormais à développer davantage de créations originales, plutôt que de travailler uniquement comme prestataire pour des productions étrangères.
De la littérature jeunesse au grand écran
Le film est adapté du livre illustré Long Long Night de l’autrice Ru Ri, publié en Corée par Munhakdongne. L’ouvrage a reçu le grand prix du 21e Munhakdongne Children’s Literature Award et s’est vendu à plus de 800 000 exemplaires en Corée du Sud. Son succès a également donné lieu à plusieurs adaptations scéniques, notamment sous la forme d’un spectacle de pansori et d’une comédie musicale.
Le récit possède également une dimension directement liée à la situation réelle des rhinocéros blancs du Nord. Le personnage de Norden s’inspire notamment de l’histoire de Sudan, dernier mâle connu de cette sous-espèce, mort en 2018 au Kenya. Cette référence donne au récit une résonance particulière : derrière le voyage imaginaire de Norden se trouve une réalité environnementale marquée par la disparition progressive des espèces et le braconnage.
Une première mondiale remarquée à Toronto
Long Long Night a été sélectionné dans la section Centrepiece du TIFF 2026 et y fait sa première mondiale du 10 au 20 septembre à Toronto. Cette sélection constitue un événement important pour l’animation sud-coréenne : il s’agit du premier long métrage d’animation coréen invité au TIFF depuis The Fake de Yeon Sang-ho en 2013.
Le film a auparavant été présenté aux professionnels lors de l’European Film Market de Berlin, où Finecut a lancé ses ventes internationales. Le long métrage figure également parmi les films sélectionnés au Festival international du film de Busan 2026, dans sa compétition.
Le distributeur coréen The Contents On assure la distribution du film tandis que Finecut est chargé des ventes internationales. Des négociations sont actuellement en cours pour plusieurs territoires. Un premier accord de distribution a notamment été conclu au Japon, mais les dates précises de sortie internationale ne sont pas encore communiquées. En Corée du Sud, la sortie commerciale est annoncée pour l’hiver 2027, pendant les vacances scolaires, sans date définitive à ce jour.

La chanteuse et actrice Bae Suzy participe par ailleurs au film en prêtant sa voix à la narration du jeune manchot et en interprétant une chanson originale de la bande originale.
Une fable écologique sans discours appuyé
Avec son duo improbable formé par un rhinocéros et un manchot, Long Long Night pourrait facilement se limiter à un récit d’aventures destiné au jeune public. Le film semble toutefois vouloir aller plus loin. La disparition d’une espèce, le braconnage, la captivité, l’abandon et la destruction des habitats naturels constituent l’arrière-plan d’une histoire qui préfère parler de ces sujets à travers ses personnages plutôt que par un discours démonstratif.

Norden n’est pas seulement le dernier représentant d’une espèce : il est aussi un personnage qui refuse de perdre sa capacité à faire confiance. Face aux différentes formes de violence rencontrées sur son chemin, son ouverture aux autres devient sa principale force.
C’est précisément cette dimension qui donne au film sa portée universelle. Long Long Night raconte moins la fin d’un monde que la possibilité de continuer à avancer dans un monde profondément transformé. Le voyage vers l’océan devient ainsi une métaphore de la survie, mais aussi de l’amitié et de la transmission.
Avec ses paysages en 3D particulièrement travaillés, son récit accessible et sa dimension émotionnelle, Long Long Night apparaît comme l’un des projets d’animation sud-coréens les plus intéressants de cette édition 2026 du TIFF. Une première réalisation ambitieuse pour Kyu Bock Youm, qui transforme une histoire de disparition en une fable sensible sur le lien qui unit les êtres vivants.
Fiche technique
Titre original : 긴긴밤 (Ginginbam)
Titre international : Long Long Night
Pays : Corée du Sud
Année : 2026
Durée : 99 minutes
Genre : animation, drame, aventure, famille
Langue : coréen
Réalisation : Kyu Bock Youm
Scénario : Kyu Bock Youm
D’après l’œuvre de : Ru Ri
Animation : Park Chung-shik
Direction de la photographie : Cho Sung-in
Montage : Chu Sun-hee
Supervision sonore : Lee Sung-june
Musique originale : Kim Hyun-joo
Production : Jung Kyoung-hee, Kang Dae-il
Production exécutive : Kim Sang-yun
Sociétés de production : Googgoog Studio et Studio EON
Technologie : Unreal Engine, animation 3D / full CG
Distribution coréenne : The Contents On
Ventes internationales : Finecut
Voix : Park Ki-wook (Norden), Kim Kyu-na (le manchot), Bae Suzy (narration / chanson)
Distribution et festivals
Première mondiale : Toronto International Film Festival 2026, section Centrepiece, septembre 2026.
Festival international du film de Busan 2026 : sélection en compétition.
Sortie en Corée du Sud : prévue durant l’hiver 2027, date exacte à confirmer.
Japon : une première prévente internationale a été conclue ; date de sortie à confirmer.
Autres territoires : ventes internationales en cours auprès de Finecut ; les dates de distribution seront annoncées ultérieurement.
France : aucune date de sortie française officiellement annoncée à ce jour.
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