Avec Children Untold (わたしの知らない子どもたち), Miwa Nishikawa plonge dans le Tokyo des derniers jours de la Seconde Guerre mondiale et de l’immédiat après-guerre pour raconter le destin d’une enfant confrontée à une société qui n’a plus rien à lui offrir. À travers le parcours de Kotoko, une orpheline de douze ans contrainte de se faire passer pour un garçon, la réalisatrice livre un drame historique d’une grande sobriété, centré moins sur les combats que sur leurs conséquences humaines. Le film, d’une durée annoncée de 150 minutes, sortira au Japon le 16 octobre 2026.

Une enfance sacrifiée dans les ruines de Tokyo

En 1945, Kotoko mène encore une existence relativement protégée auprès de son père, musicien. La défaite du Japon bouleverse brutalement son destin. Sa maison et sa famille disparaissent dans le chaos de la guerre et la jeune fille se retrouve seule dans une capitale dévastée.

Dans un Tokyo où les enfants abandonnés sont nombreux, la survie obéit à des règles impitoyables. Kotoko comprend rapidement que son statut de jeune fille la rend particulièrement vulnérable, notamment face aux risques d’exploitation sexuelle qui frappent les enfants et les jeunes femmes dans les villes japonaises de l’après-guerre. Elle décide alors de dissimuler son identité et de vivre comme un garçon.

Sous le nom de Yoshida Shigeo, elle rejoint un groupe d’enfants eux aussi privés de famille et de foyer. Ces jeunes survivants vivent de petits travaux, de récupération, de larcins et d’activités liées au marché noir. Dans cet univers où la frontière entre victime, délinquant et survivant devient extrêmement fragile, Kotoko découvre paradoxalement une forme de solidarité et d’appartenance.

Le groupe est notamment pris sous la protection de Kikuzawa, chef d’une organisation criminelle émergente incarné par Junichi Okada. Loin d’être présenté comme un simple personnage de gangster, celui-ci devient une figure quasi paternelle pour des enfants que la société officielle ne sait plus protéger.

En parallèle, Fumiko Sone, l’ancienne enseignante de Kotoko, tente de retrouver son élève. Elle-même a été profondément bouleversée par la guerre. Ayant perdu son emploi et devant également assurer la survie de son propre enfant, elle porte une lourde culpabilité : celle d’avoir abandonné ses élèves au moment où ils avaient le plus besoin d’elle.

La recherche de Kotoko devient ainsi pour Sone une tentative de réparer, au moins partiellement, ce qui ne peut plus l’être. Le parcours des deux femmes finit par se rejoindre, tandis que plusieurs adultes vont croiser la route de ces enfants et contribuer, chacun à leur manière, à leur offrir une possibilité d’avenir.

Miwa Nishikawa, une cinéaste attentive aux laissés-pour-compte

Née à Hiroshima en 1974, Miwa Nishikawa s’est imposée comme l’une des voix singulières du cinéma japonais contemporain. Après ses débuts avec Wild Berries en 2003, elle réalise notamment Sway, Dear Doctor, Dreams for Sale, The Long Excuse et Under the Open Sky. Elle est également romancière et essayiste.

Son travail se caractérise par une attention particulière aux personnages placés en marge de la société et aux zones grises de la responsabilité individuelle. Pour Children Untold, elle assure à la fois la conception originale, le scénario et la mise en scène. Le projet prolonge en partie les interrogations nées lors de la préparation de Under the Open Sky, film qui l’avait conduite à s’intéresser aux enfants ayant réellement vécu dans les rues du Japon d’après-guerre.

Le film adopte toutefois une perspective différente : là où Under the Open Sky suivait principalement un homme adulte marqué par son enfance, Children Untold place au premier plan deux personnages féminins et fait de l’enfance sacrifiée le cœur du récit.

Le titre japonais, Watashi no Shiranai Kodomotachi — littéralement « Les enfants que je ne connais pas » — possède à cet égard une portée particulière. Il renvoie à la fois au regard de Sone sur les enfants qu’elle n’a pas su protéger, à celui de Nishikawa sur une génération longtemps restée dans l’ombre, mais aussi au regard du spectateur sur une réalité historique qu’il ne connaît pas forcément.

Un casting porté par une révélation

Dans le rôle de Kotoko, la jeune Ami Koyae effectue ses débuts dans un premier rôle. Alors âgée de onze ans lors des auditions, elle a été choisie parmi environ 500 candidates. Son interprétation constitue l’un des principaux enjeux du film : elle doit faire ressentir la transformation progressive d’une enfant ordinaire en une jeune survivante capable de dissimuler son identité, de négocier, de se défendre et de prendre des décisions d’adulte.

Face à elle, Fumi Nikaido interprète Fumiko Sone, son ancienne institutrice. Née à Okinawa en 1994, l’actrice s’est fait remarquer très jeune au cinéma, notamment dans Himizu de Sion Sono, qui lui a valu le prix Marcello Mastroianni de la Mostra de Venise en 2011. Elle a depuis construit une filmographie très éclectique, entre cinéma d’auteur, productions populaires et séries internationales, dont Shōgun. Dans Children Untold, elle incarne une femme située dans une zone moralement complexe, à la fois victime de la guerre et porteuse d’une responsabilité envers ceux qu’elle n’a pas pu protéger.

Junichi Okada joue Kikuzawa Tōru, chef d’une organisation criminelle qui prend sous son aile les enfants vivant dans les rues. Acteur et ancien membre du groupe V6, il s’est imposé aussi bien dans le cinéma d’action que dans les films historiques et les drames contemporains.

Yutaka Takenouchi interprète Koichi Kayano, le père de Kotoko. Figure d’une famille cultivée et relativement privilégiée avant la guerre, il représente le monde familial et culturel brutalement détruit par le conflit. Acteur très populaire au Japon, Takenouchi est notamment connu pour des films comme Shin Godzilla et Between Calmness and Passion.

Le film réunit également plusieurs figures majeures du cinéma japonais. Kōji Yakusho et Yuko Tanaka incarnent un couple de pêcheurs, Jinpei et Kei Yamai, qui offre temporairement un refuge à des enfants en fuite. Né en 1956, Yakusho est l’un des acteurs japonais les plus reconnus internationalement. De Tampopo à Cure, de Babel à The Third Murder, il a travaillé avec de nombreux grands cinéastes japonais et étrangers. Son interprétation dans Perfect Days de Wim Wenders lui a valu le prix d’interprétation masculine au Festival de Cannes en 2023.

Yuko Tanaka, figure majeure du cinéma japonais depuis les années 1980, lui donne la réplique dans ce couple qui représente l’une des rares formes de protection offertes aux enfants.

Le casting comprend également Yoshida Yō dans le rôle de Takama Noi, directrice d’un établissement venant en aide aux orphelins, Ryota Bando dans celui du journaliste Kyoichiro Morozumi, ainsi que Kaito Sakurai, Kotone Hanase et plusieurs jeunes interprètes.

Une mise en scène sans pathos

L’une des principales qualités annoncées de Children Untold réside dans la manière dont Nishikawa aborde la période. Le film ne cherche pas à reconstruire la guerre à travers les batailles ou les grands événements historiques, mais à montrer ce qui se passe lorsque les combats sont terminés et que les survivants doivent simplement continuer à vivre.

Les rues incendiées de Tokyo, les gares surpeuplées, les baraquements et les marchés noirs constituent le décor d’une société en pleine recomposition. La production a accordé une attention particulière à la reconstitution de cette ville détruite, avec un important travail de décors et d’effets visuels destiné à restituer l’atmosphère du Tokyo de 1945.

Cette approche rapproche naturellement Children Untold du néoréalisme italien et de films comme Le Voleur de bicyclette ou Sciuscià de Vittorio De Sica, où les enfants sont confrontés à un monde adulte incapable de les protéger. Mais Nishikawa évite l’imitation et privilégie une approche très japonaise de la responsabilité, de la culpabilité et de la reconstruction.

Le film semble surtout vouloir déplacer le regard : la guerre n’est pas seulement une affaire de militaires, de bombardements ou de décisions politiques. Elle continue dans les rues, dans les familles détruites, dans les trajectoires d’enfants devenus adultes trop tôt.

Une réussite annoncée, portée par un regard profondément humain

À travers les premiers éléments dévoilés, Children Untold apparaît comme un film particulièrement ambitieux. Sa force tient d’abord à son sujet, mais surtout au choix de ne jamais réduire ses personnages à des victimes. Kotoko n’est pas uniquement une enfant martyrisée par l’Histoire. Elle devient une survivante, capable de décisions difficiles et parfois moralement ambiguës. Sone, de son côté, porte ses propres contradictions et doit affronter la part de responsabilité qui lui revient.

Cette complexité est précisément ce qui peut donner au film sa puissance. Nishikawa ne semble pas chercher à distribuer les bons et les mauvais rôles, il montre comment une société désorganisée par la guerre contraint chacun à composer avec ses limites.

Le choix d’une très jeune actrice pour incarner Kotoko est également particulièrement pertinent. Le film repose largement sur son regard, et Ami Koyae semble disposer de cette capacité rare à faire exister un personnage par une attitude, un silence ou une expression plutôt que par de longs dialogues.

L’autre grande réussite pourrait venir du contraste entre cette jeune révélation et des acteurs aussi expérimentés que Fumi Nikaido, Junichi Okada, Yuko Tanaka et Kōji Yakusho. Leur présence donne au récit une profondeur supplémentaire sans détourner l’attention de ceux qui constituent son véritable centre : les enfants.

Un film qui résonne avec le présent

Children Untold arrive à un moment où les images de populations civiles déplacées, d’enfants séparés de leur famille et de sociétés détruites par la guerre demeurent malheureusement d’une actualité immédiate.

Le film ne se compare pas à d’autre conflits. Son propos est plus simple et plus universel : que devient un enfant lorsque les adultes qui devraient le protéger ne peuvent plus le faire ? C’est cette question qui donne au film sa portée contemporaine. En racontant les enfants de l’après-guerre japonais, Nishikawa ne regarde pas seulement le passé. Elle interroge également la responsabilité collective envers ceux que les conflits laissent derrière eux.

Avec ses 150 minutes, son important travail de reconstitution et un casting réunissant plusieurs générations d’acteurs japonais, Children Untold s’annonce ainsi comme l’un des films japonais les plus attendus de l’automne 2026.

Fiche technique

Titre international : Children Untold
Titre original : わたしの知らない子どもたち (Watashi no Shiranai Kodomotachi)
Pays : Japon
Année : 2026
Genre : drame historique, guerre
Durée : 150 minutes
Langue : japonais
Réalisation : Miwa Nishikawa
Scénario : Miwa Nishikawa
Conception originale / œuvre à l’origine du film : Miwa Nishikawa
Production : K2 Pictures, AOI Pro.
Producteurs : Daiju Koide, Taichi Ito
Producteur exécutif : Muneyuki Kii
Image : Norimichi Kasamatsu
Montage : Tomomi Kikuchi
Direction artistique : Keiko Mitsumatsu
Costumes : Kumiko Ogawa, Fumio Iwasaki
Son : Mitsugu Shiratori
Musique originale : Marihiko Hara
Effets visuels : Shirogumi
Distribution japonaise : K2 Pictures
Ventes internationales : Intramovies
Casting principal : Ami Koyae, Fumi Nikaido, Ryota Bando, Kaito Sakurai, Kotone Hanase, Yukiya Kitamura, Yoh Yoshida, Yutaka Takenouchi, Junichi Okada, Yuko Tanaka, Koji Yakusho.

Dates de sortie

Japon : 16 octobre 2026, sortie nationale.

Première mondiale : septembre 2026 au Festival international du film de Toronto, où Children Untold a été choisi comme film d’ouverture de la section Platform Competition. Il s’agit du premier film japonais sélectionné comme film d’ouverture de cette section.

France : aucune date de sortie française ni distributeur français n’ont été officiellement annoncés à ce jour. Le film dispose en revanche d’un agent de ventes internationales, Intramovies, ce qui laisse ouverte la possibilité d’une future acquisition pour les marchés européens.

Adapté du roman : わたしの知らない子どもたち, également écrit par Miwa Nishikawa et publié au Japon en août 2026. Le livre est présenté par son éditeur comme le roman à l’origine du film et développe notamment des récits, situations et états intérieurs qui ne pouvaient être entièrement racontés à l’écran.

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