Perché au cœur du massif du Seoraksan, dans la province du Gangwon, Bongjeongam est l’un des ermitages bouddhiques les plus spectaculaires de Corée du Sud. Installé à environ 1 244 mètres d’altitude, au pied du pic Socheongbong, il compte parmi les hauts lieux spirituels de la montagne et constitue l’un des cinq grands Jeokmyeolbogung, sanctuaires coréens associés au culte des reliques du Bouddha.

Un ermitage au bout de la montagne

Bongjeongam se trouve dans le parc national du Seoraksan, sur les hauteurs du secteur intérieur du massif, dans le comté d’Inje. Son isolement contribue largement à son caractère particulier. Depuis le temple de Baekdamsa, situé dans la vallée, il faut compter environ 10,6 kilomètres de marche, avec plusieurs heures d’ascension sur un itinéraire particulièrement escarpé.

Cette difficulté d’accès participe depuis des siècles à la dimension spirituelle du lieu. Le pèlerin ne découvre pas Bongjeongam au détour d’une route : il doit véritablement gagner l’ermitage à pied, en remontant les vallées et les pentes rocheuses du Seoraksan.

À l’arrivée, les bâtiments de l’ermitage apparaissent dans un environnement montagneux impressionnant, dominé par les falaises, les crêtes et les sommets granitiques caractéristiques du massif. Ici, l’architecture religieuse semble presque se fondre dans la montagne.

Une histoire ancienne, entre tradition et réalité archéologique

La tradition bouddhique attribue la fondation de Bongjeongam au moine Jajang, qui aurait rapporté de Chine des reliques du Bouddha en 643, sous le règne de la reine Seondeok de Silla. Selon cette tradition, les reliques auraient alors été déposées à Bongjeongam.

L’histoire du site est toutefois plus complexe. Si la tradition fait remonter l’origine de l’ermitage au VIIe siècle, les recherches historiques et stylistiques situent la construction de l’actuelle pagode à cinq étages à l’époque de Goryeo. Les premières traces documentaires certaines concernant Bongjeongam sont par ailleurs beaucoup plus tardives. Plusieurs reconstructions et restaurations sont mentionnées au fil des siècles, notamment à l’époque de Goryeo puis durant la période Joseon.

Cette superposition entre mémoire religieuse, tradition et patrimoine historique fait précisément la richesse du site.

La pagode, cœur spirituel de Bongjeongam

Au-dessus de l’ermitage se dresse l’un de ses trésors les plus remarquables : la pagode de pierre à cinq étages de Bongjeongam, aujourd’hui classée Trésor de Corée.

Haute d’environ 3,6 mètres, elle présente une particularité spectaculaire : elle a été édifiée directement sur un rocher naturel. La pagode est traditionnellement considérée comme un reliquaire destiné à abriter les reliques du Bouddha Shakyamuni. Son implantation sur la roche renforce encore l’impression d’une continuité entre la construction humaine et le paysage naturel.

Le contraste entre la pierre taillée de la pagode et les immenses formations rocheuses du Seoraksan donne au lieu une force visuelle singulière. Le monument paraît moins posé sur la montagne que surgir littéralement de celle-ci.

Une nature grandiose et austère

Bongjeongam doit une grande partie de son caractère à son environnement. Le Seoraksan est réputé pour ses reliefs spectaculaires, ses vallées profondes, ses falaises de granite et ses crêtes escarpées. Le chemin menant à l’ermitage traverse notamment les paysages de la vallée de Suryemdong, avec ses cascades et ses passages rocheux.

L’altitude modifie également profondément l’atmosphère du site. Au printemps, alors que les vallées inférieures retrouvent déjà leurs couleurs, la neige peut encore recouvrir les environs de Bongjeongam jusqu’à la fin du mois de mai.

Au fil des saisons, le paysage change radicalement : forêts verdoyantes en été, couleurs flamboyantes des feuillages en automne, puis solitude minérale et neige en hiver. Cette présence permanente de la montagne donne au lieu une dimension presque intemporelle.

Un sanctuaire entre nature et spiritualité

Bongjeongam n’est donc pas seulement un édifice religieux isolé dans le Seoraksan. Il est un lieu où la montagne, la pierre et la spiritualité bouddhique semblent étroitement liées.

Le silence des hauteurs, l’effort nécessaire pour atteindre l’ermitage, les rochers abrupts et la présence de la pagode contribuent à faire de cette ascension une véritable expérience de pèlerinage. Depuis des siècles, croyants et visiteurs viennent chercher ici un espace de recueillement, loin de l’agitation des vallées.

À Bongjeongam, l’architecture ne cherche pas à dominer la nature. Elle l’accompagne. Et c’est peut-être cette harmonie, entre une petite communauté monastique et l’immensité sauvage du Seoraksan, qui fait de cet ermitage l’un des sites spirituels les plus fascinants de Corée du Sud.

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