À Yasugi, dans la préfecture de Shimane, le jardin du musée d’art Adachi vient de décrocher une nouvelle fois la première place du classement des plus beaux jardins japonais établi par une revue américaine spécialisée. Une consécration exceptionnelle : il occupe la tête du palmarès pour la 23e année consécutive.

Le jardin du Adachi Museum of Art continue de faire figure de référence dans l’art paysager japonais. Le musée a annoncé mardi que ses jardins avaient été classés premiers dans l’édition 2025 du palmarès établi par Sukiya Living Magazine: The Journal of Japanese Gardening. Depuis la création de ce classement en 2003, aucun autre jardin japonais n’a réussi à détrôner celui d’Adachi.

Chaque année, des spécialistes japonais et étrangers visitent les jardins sélectionnés et les évaluent notamment selon leur qualité esthétique, leur entretien, leur composition et leur harmonie avec les bâtiments environnants. Le classement ne privilégie donc ni l’ancienneté ni la superficie ou la renommée historique, mais la qualité du jardin tel qu’il peut être admiré aujourd’hui.

Derrière Adachi, la villa impériale Katsura à Kyoto conserve la deuxième place, tandis que Yamamoto-tei, ancienne résidence située à Tokyo, complète le podium.

Une histoire intimement liée à l’art

L’histoire de ce jardin est indissociable de celle du musée. Né en 1899 à Yasugi, Adachi Zenko, son fondateur, connaît une enfance modeste avant de se lancer dans les affaires. Après la Seconde Guerre mondiale, il devient un entrepreneur prospère dans le commerce textile et l’immobilier, tout en développant deux passions qui l’accompagneront jusqu’à la fin de sa vie : la peinture japonaise et les jardins.

En 1970, à l’âge de 71 ans, il fonde le musée d’art Adachi dans sa ville natale. Son ambition est double : contribuer au développement culturel de Shimane et permettre au public de découvrir la beauté de l’art japonais. Sa collection accorde une place particulièrement importante au peintre Yokoyama Taikan, l’un des grands maîtres de la peinture japonaise moderne. Le musée conserve notamment une importante collection de ses œuvres.

Mais pour Adachi Zenko, peinture et jardin ne pouvaient être séparés. Il était convaincu qu’un jardin devait être considéré comme « une toile vivante » et souhaitait que les visiteurs puissent retrouver dans les paysages naturels la sensibilité et l’harmonie présentes dans les peintures japonaises.

Un « tableau vivant » au fil des saisons

S’étendant sur environ 165 000 m², le domaine rassemble plusieurs styles de jardins traditionnels : jardin sec (karesansui), jardin de mousse, jardin de pins et de gravier blanc ou encore jardin autour d’un étang. L’ensemble est conçu pour dialoguer avec les montagnes environnantes, utilisées comme « paysage emprunté » (shakkei).

Le célèbre jardin de gravier blanc et de pins s’inspire notamment de l’univers pictural de Yokoyama Taikan. La cascade Kikaku, haute de 15 mètres, a quant à elle été créée en 1978 en s’inspirant d’une œuvre de l’artiste représentant les chutes de Nachi. Ici, le jardin ne se contente donc pas d’accompagner les œuvres exposées : il devient lui-même une forme de peinture japonaise en trois dimensions.

La particularité du jardin réside également dans son caractère éphémère. La lumière, la pluie, la neige, les floraisons, les feuillages ou les couleurs automnales transforment constamment le paysage. Même depuis les fenêtres du musée, les visiteurs découvrent ainsi une composition différente selon l’heure et la saison.

Une beauté qui exige un entretien quotidien

Derrière cette apparente simplicité se cache un travail considérable. Les jardins sont entretenus tout au long de l’année par des jardiniers spécialisés, qui veillent quotidiennement à préserver l’équilibre extrêmement précis des végétaux, des pierres, de l’eau et du gravier. Le personnel du musée participe également au nettoyage avant l’ouverture.

Cette attention permanente explique en partie la longévité exceptionnelle du jardin au sommet du classement américain. Le musée souligne d’ailleurs que son fondateur lui-même observait régulièrement le jardin et faisait intervenir les jardiniers au moindre détail qui lui semblait déplacé.

« J’espère que les visiteurs apprécieront pleinement la beauté des jardins, qui présentent de nombreuses expressions différentes jour après jour », a déclaré le directeur Takanori Adachi.

Après 23 années consécutives au sommet, le jardin Adachi apparaît ainsi comme une véritable œuvre d’art vivante, où l’homme, la nature et la peinture japonaise se rencontrent dans une harmonie constamment renouvelée.

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