Après quatre jours de projections, de rencontres et de débats, le 31e Festival international du film de Busan (BIFF), qui se tient du 6 au 15 octobre 2026, confirme son ambition de s’imposer parmi les grands rendez-vous internationaux du septième art. Avec une programmation particulièrement riche et une place importante accordée aux cinémas japonais et sud-coréen, cette édition est marquée autant par la diversité des œuvres présentées que par une polémique qui relance le débat sur la liberté artistique en Corée du Sud.

Cette année, le festival franchit également une étape importante avec sa reconnaissance parmi les festivals de catégorie A de la Fédération internationale des associations de producteurs de films. Une distinction qui renforce sa visibilité internationale et souligne son rôle croissant dans la découverte des nouvelles tendances du cinéma mondial.

Le cinéma japonais à l’honneur

Le cinéma japonais figure parmi les temps forts de cette première partie du festival, notamment grâce à plusieurs films sélectionnés en compétition et à des œuvres présentées dans les grandes sections de programmation.

Parmi les titres remarqués figure Satoko Always, le nouveau film de Shuichi Okita, présenté en première internationale. Le réalisateur y suit trois femmes prénommées Satoko, âgées respectivement de 15, 35 et 55 ans. À travers leurs expériences, leurs difficultés sentimentales et leur quête d’identité, le film explore les différentes étapes de la vie féminine et la possibilité de se réinventer à tout âge. Porté notamment par Kasumi Arimura et Hikari Ishida, ce long métrage illustre la capacité du cinéma japonais à aborder les émotions quotidiennes avec sensibilité et finesse.

La compétition accueille également Between Two Lovers, de Nanako Hirose, The Day After Sunday, de Takuya Kato, et silver express, de Miki Tanaka. Ces œuvres témoignent de la diversité de la création japonaise contemporaine et de la place accordée aux cinéastes qui explorent de nouvelles formes de narration.

Autre événement important pour les cinéphiles : la présentation de Look Back, adaptation de l’œuvre de Tatsuki Fujimoto par le réalisateur Kore eda. Ce film, qui s’inscrit dans la continuité du succès de l’œuvre originale, constitue l’un des rendez-vous japonais les plus attendus de cette édition. Sa présence à Busan confirme l’intérêt du festival pour les différentes formes d’expression du cinéma japonais, de l’animation aux productions en prises de vues réelles.

Le cinéma sud-coréen entre renouveau et interrogations

La production sud-coréenne occupe naturellement une place centrale dans cette édition. Le film d’ouverture, The Table: Day and Night, réalisé par Kim Jong-kwan, a donné le ton avec une œuvre construite autour de rencontres dans un café, où quatre couples se croisent au fil du passage de l’été à l’automne. Le film privilégie les dialogues, les relations humaines et les émotions qui se révèlent dans des situations ordinaires. Un choix intimiste qui rappelle que le cinéma coréen ne se limite ni aux thrillers ni aux grandes productions destinées aux plateformes internationales.

En compétition, Shaving, de Kim Jung-hoon, figure parmi les productions sud-coréennes à suivre. Le film côtoie notamment Beach Fictions, de Lim Hayeon, et Long Long Night, de Youm Kyubock. Cette sélection témoigne d’un cinéma national qui continue de faire coexister des propositions narratives différentes, des regards personnels et des œuvres plus expérimentales.

Le festival accueille également des rencontres professionnelles et des présentations permettant aux réalisateurs et aux acteurs d’échanger avec le public. Ces discussions constituent l’un des atouts majeurs de Busan : elles donnent aux films une visibilité supplémentaire et permettent de mieux comprendre les intentions artistiques qui accompagnent leur création.

The Assassin(s) : la polémique qui secoue le festival

Mais c’est en dehors des salles que se joue l’un des épisodes les plus sensibles de cette édition. La controverse autour de The Assassin(s), film consacré à la tentative d’assassinat du président sud-coréen Park Chung-hee en 1974, a pris une ampleur considérable. Des responsables politiques conservateurs et des associations accusent le long métrage de déformer les faits historiques. Une plainte pour diffamation a entraîné une enquête policière visant les cinéastes.

La situation a conduit plusieurs membres de l’équipe à annuler leur venue au festival, invoquant des préoccupations liées à leur sécurité. Des apparitions publiques et des rencontres avec le public ont également été annulées. Cette affaire a ainsi éclipsé une partie de l’actualité cinématographique de Busan et placé la liberté de création au centre des discussions.

Lors d’une conférence de presse, le président du jury, le réalisateur chinois Zhang Yimou, a rappelé que la création artistique devait pouvoir exister et susciter des interprétations différentes. La réalisatrice sud-coréenne July Jung a, de son côté, souligné la responsabilité des cinéastes face à leurs œuvres, tout en exprimant son malaise devant l’ampleur des réactions.

Les avis du public restent partagés. Certains spectateurs estiment que les événements historiques sensibles doivent être traités avec précaution, tandis que d’autres défendent le droit des artistes à proposer une interprétation dramatique de l’histoire. Si le débat sur la représentation du passé est légitime, les menaces et les pressions susceptibles d’empêcher les artistes de présenter leurs œuvres soulèvent une question essentielle : jusqu’où une controverse peut-elle aller sans porter atteinte à la liberté artistique ?

Au-delà du cas de The Assassin(s), cette affaire rappelle que le cinéma sud-coréen évolue dans une société où les blessures historiques demeurent vives et où les œuvres consacrées au passé peuvent provoquer des affrontements dépassant largement le cadre culturel.

Busan, un carrefour essentiel du cinéma asiatique

Les quatre premiers jours confirment également la place particulière du BIFF dans les échanges entre les cinématographies asiatiques et le reste du monde. La compétition officielle réunit des œuvres venues de plusieurs pays, tandis que les rencontres avec les réalisateurs, les acteurs et les professionnels offrent aux festivaliers l’occasion de découvrir les coulisses de la création.

Le festival met aussi en avant l’animation, dont le rayonnement international ne cesse de croître, ainsi que les nouvelles formes de narration qui renouvellent les productions asiatiques. Les masterclasses et les rencontres avec des personnalités du cinéma complètent cette programmation. Le 10 octobre, une masterclass consacrée au réalisateur japonais Rintaro, figure majeure de l’animation, constitue notamment un rendez-vous important pour les amateurs du genre.

Pour le cinéma japonais comme pour le cinéma sud-coréen, Busan reste ainsi un lieu privilégié de visibilité internationale, où les œuvres établies côtoient de nouvelles voix et où les discussions autour du cinéma témoignent de son rôle dans la société.

Un premier bilan prometteur, malgré les tensions

À mi-parcours de cette première séquence, le BIFF 2026 offre un panorama contrasté mais stimulant. Le cinéma japonais se distingue par la variété de ses propositions, entre récits intimistes, animation et nouvelles écritures. Le cinéma sud-coréen, quant à lui, bénéficie d’une forte présence, tout en se retrouvant confronté à une polémique qui interroge les limites imposées à la création artistique.

Il est toutefois encore trop tôt pour établir un bilan définitif de cette édition. Plusieurs films importants doivent être présentés dans les prochains jours, et la compétition reste ouverte. Les réactions du public, les discussions avec les équipes et les éventuelles distinctions permettront de mieux mesurer la portée de cette 31e édition.

Une chose apparaît déjà clairement : à Busan, le cinéma ouvre des débats, confronte les sensibilités et révèle parfois les tensions profondes qui traversent une société. C’est aussi cette capacité à faire dialoguer les œuvres et les publics qui donne au festival toute son importance.

Pour SL75, les prochains jours seront l’occasion de poursuivre notre exploration des films japonais et sud-coréens présentés à Busan, avec une attention particulière portée aux œuvres qui pourraient marquer l’actualité cinématographique de 2027.

© 2026 (SL75)

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