Chaque 13 août, le mont Koya, dans la préfecture de Wakayama, se transforme en un immense chemin de lumière. Cette année encore, le traditionnel Koyasan Candle Festival, ou Mando Kuyo-e (萬燈供養会), a réuni habitants, pèlerins et visiteurs autour d’un même geste : allumer une bougie pour honorer les défunts et adresser une pensée à ceux qui ne sont plus.

À la tombée de la nuit, près de 100 000 bougies prennent place le long des quelque deux kilomètres qui séparent le pont Ichinohashi de l’Okunoin, le lieu le plus sacré de Koyasan. Chacun peut participer en déposant une flamme, symbole d’une prière, d’un souvenir ou d’un vœu. Dans l’obscurité de la montagne, les lumières dessinent alors un chemin scintillant entre les imposants cèdres qui bordent l’ancienne voie d’accès au sanctuaire.
Une nuit placée sous le signe d’Obon
Le festival est intimement lié à Obon, l’une des grandes périodes de commémoration des ancêtres au Japon. Au mois d’août, les familles rendent hommage à leurs proches disparus et, selon la tradition, les esprits des ancêtres reviennent temporairement auprès des vivants.

À Koyasan, les bougies du 13 août prennent ainsi une dimension particulière. Elles sont associées aux feux de départ, ou okuribi, destinés à accompagner les esprits sur le chemin du retour après les jours d’Obon. La lumière devient à la fois souvenir, offrande et prière.
La soirée se poursuit à l’Okunoin, au cœur de cette montagne sacrée, où est organisé le Mando Kuyo-e, la cérémonie d’offrande des lanternes. Dans le Torodo, ou Salle des Lanternes, les moines accomplissent les rites et récitent les sutras afin de rendre hommage aux âmes des défunts. Les pensées des visiteurs et les prières de la communauté religieuse se rejoignent ainsi dans un même moment de recueillement.
Koyasan, berceau du bouddhisme Shingon
Situé dans les montagnes de la péninsule de Kii, dans la préfecture de Wakayama, Koyasan est l’un des grands centres spirituels du bouddhisme japonais. Son histoire est indissociable de celle de Kukai, plus connu sous le nom posthume de Kobo Daishi (774-835), fondateur de l’école ésotérique Shingon.
Après son voyage en Chine, où il étudia le bouddhisme ésotérique, Kukai choisit le mont Koya comme lieu de pratique et d’enseignement. Le complexe monastique se développa progressivement autour de deux pôles majeurs : le Danjo Garan, centre religieux de la montagne, et l’Okunoin, où se trouve le mausolée de Kobo Daishi.
Selon la tradition du bouddhisme Shingon, Kobo Daishi n’est pas considéré comme véritablement disparu : il serait entré en méditation éternelle à l’Okunoin. Son mausolée constitue donc depuis des siècles l’un des principaux lieux de pèlerinage de Koyasan. La longue allée qui y mène traverse une impressionnante forêt de cèdres et un vaste cimetière où reposent de nombreuses personnalités japonaises.
Une tradition portée par la communauté
Au-delà de sa dimension religieuse, le festival des bougies témoigne aussi de la vitalité d’une communauté locale qui s’efforce de préserver ses traditions. Koyasan, comme de nombreuses régions rurales et montagneuses du Japon, doit aujourd’hui composer avec une diminution progressive de sa population. Dans ce contexte, la transmission des fêtes et des pratiques anciennes repose largement sur l’engagement des habitants, des temples et des bénévoles.
Le Candle Festival est ainsi devenu bien davantage qu’une simple illumination estivale : il constitue un rendez-vous où se rencontrent la mémoire, la spiritualité et l’identité de Koyasan.
Lorsque les dernières lueurs de la soirée s’éteignent dans la montagne, le silence reprend peu à peu ses droits sur l’Okunoin. Mais pendant quelques heures, les milliers de flammes auront transformé le chemin sacré en une véritable rivière de lumière, rappelant que, à Koyasan, la mémoire des disparus demeure profondément inscrite dans le paysage.
Une expérience à découvrir, avec respect et recueillement, lors de la prochaine édition du festival, le 13 août prochain.
© 2026 (SL75)





