Avec The Day She Returns, le cinéaste sud-coréen Hong Sang-soo poursuit son exploration délicate des relations humaines, de la mémoire et de la frontière parfois ténue entre réalité et représentation. Présenté en première mondiale à la 76e Berlinale, dans la section Panorama, ce 34e long métrage adopte une nouvelle fois une forme minimaliste, en noir et blanc, pour raconter une journée en apparence ordinaire dans la vie d’une actrice qui tente de retrouver sa place dans le monde du cinéma.

Une actrice face à son propre passé

Bae Jeong-su, interprétée par Song Sun-mi, est une ancienne actrice qui a abandonné son métier après son mariage. Devenue mère, puis divorcée, elle décide, douze ans plus tard, de revenir devant les caméras en acceptant un rôle dans un film indépendant.

Le jour de la sortie du film, elle enchaîne trois interviews avec de jeunes journalistes, à trente minutes d’intervalle. Les conversations semblent simples : son retour au cinéma, son expérience, son divorce, sa vie de mère et le film qu’elle vient de tourner.

Mais plus tard, lors d’un cours de théâtre, son professeur lui demande de rejouer les interviews de la journée. Et c’est là que quelque chose se fissure : au moment de restituer les passages les plus importants, Jeong-su ne parvient plus à se souvenir précisément de ce qu’elle a dit.

Fatiguée, légèrement désorientée, elle ne pense plus qu’à une chose : rentrer chez elle, retrouver sa fille qui l’attend.

Derrière cette histoire ténue, Hong Sang-soo interroge ainsi la mémoire, l’identité et le métier d’acteur. Que reste-t-il d’une conversation lorsque les mots ont été oubliés ? Et quelle différence existe-t-il entre ce que nous avons réellement vécu et la manière dont nous choisissons de le raconter ?

Le cinéma de Hong Sang-soo, entre quotidien et vertige

Fidèle à son approche, Hong Sang-soo construit son film à partir de conversations ordinaires, de silences, de petits gestes et de situations apparemment banales. Une grande partie du récit se déroule autour d’une table dans un restaurant tenu par une famille germano-coréenne, où l’actrice répond aux questions de trois journalistes.

Le choix du noir et blanc, les cadres fixes, les longs échanges et les légers zooms caractéristiques du réalisateur créent une atmosphère dépouillée. Le spectateur est invité à se concentrer presque exclusivement sur les visages, les mots et les variations imperceptibles dans les relations entre les personnages.

Mais cette simplicité apparente dissimule un dispositif beaucoup plus complexe. Les interviews sont ensuite rejouées pendant le cours de théâtre, brouillant progressivement la frontière entre ce qui a réellement été dit et ce qui est reconstruit par la mémoire.

Le film devient alors une réflexion sur la représentation elle-même : l’actrice joue-t-elle un rôle lorsqu’elle répond à une journaliste, ou lorsqu’elle tente simplement de raconter sa propre vie ?

Song Sun-mi, une interprète au cœur du film

Née en 1975, Song Sun-mi commence sa carrière comme mannequin après avoir été finaliste du concours Super Elite Model en 1996. Elle fait ses débuts à la télévision en 1997 dans la série Model, avant de se faire remarquer au cinéma dans Art Museum by the Zoo (1998), puis dans la comédie My Boss, My Hero (2001).

Très présente à la télévision, elle s’est également imposée dans le cinéma d’auteur. Sa collaboration avec Hong Sang-soo remonte à Woman on the Beach en 2006. Elle a depuis participé à plusieurs œuvres du cinéaste, dont La Femme qui s’est enfuie et Walk Up.

Dans The Day She Returns, elle porte presque entièrement le film sur ses épaules. La Berlinale avait d’ailleurs souligné dès l’annonce de la sélection la qualité de son interprétation, la directrice du festival Tricia Tuttle évoquant une performance particulièrement impressionnante.

Son personnage possède une fragilité inhabituelle dans le cinéma de Hong Sang-soo : une femme qui revient dans le métier après plusieurs années d’absence et qui doit simultanément retrouver une identité professionnelle et reconstruire une existence personnelle.

Cho Yun-hee

Cho Yun-hee interprète Kim Young, l’une des journalistes rencontrées par Jeong-su. L’actrice est une habituée du cinéma de Hong Sang-soo, notamment grâce à The Day After (2017). Elle retrouve ici un univers où les conversations ordinaires deviennent progressivement révélatrices des personnages.

Park Mi-so

Park Mi-so, qui joue Park Jun-hee, est également familière de l’univers du réalisateur. Elle figurait notamment dans Introduction (2021), film qui avait valu à Hong Sang-soo l’Ours d’argent du meilleur scénario à Berlin.

Le casting est complété notamment par Ha Seong-guk, Shin Seok-ho, Kim Seon-jin, Oh Yun-su et Kang So-yi.

Hong Sang-soo : près de trois décennies à filmer les silences

Né à Séoul en 1960, Hong Sang-soo étudie le cinéma en Corée du Sud avant de poursuivre sa formation aux États-Unis, notamment au California College of Arts and Crafts et à l’Art Institute of Chicago. Il réalise son premier long métrage, Le Jour où le cochon est tombé dans le puits, en 1996.

Depuis, il a construit l’une des œuvres les plus singulières du cinéma contemporain. Ses films explorent régulièrement les rencontres amoureuses, les artistes, le cinéma, l’alcool, les hasards de l’existence et les répétitions de la vie quotidienne.

Son cinéma est particulièrement apprécié dans les grands festivals internationaux. À Cannes, il remporte notamment le prix Un Certain Regard en 2010 pour Ha Ha Ha. À Berlin, il obtient l’Ours d’argent du meilleur réalisateur pour La Femme qui s’est enfuie en 2020, puis l’Ours d’argent du meilleur scénario pour Introduction en 2021, avant de recevoir le Grand Prix du jury pour La Romancière, le Film et le Heureux Hasard en 2022 et pour La Voyageuse en 2024.

Avec The Day She Returns, Hong Sang-soo signe donc un nouveau chapitre d’une filmographie particulièrement prolifique, tout en revenant à certains de ses thèmes de prédilection : les artistes, le cinéma dans le cinéma, la mémoire et les récits que chacun construit autour de sa propre existence.

Un accueil critique favorable en Corée

Présenté à Berlin avant sa sortie nationale, le film a reçu un accueil globalement favorable de la critique coréenne.

Pour Yonhap, The Day She Returns utilise les conversations discrètes pour réfléchir au sens de la mémoire et à la relation entre réalité et interprétation. L’agence souligne notamment la mise en scène extrêmement dépouillée du film, largement construite autour d’une table près d’une fenêtre, avec pour seuls accompagnements sonores les bruits du restaurant.

Le Korea Times estime de son côté que Hong Sang-soo trouve ici un rythme particulièrement paisible, en privilégiant les petits moments de la vie quotidienne plutôt qu’une intrigue dramatique traditionnelle.

La presse internationale a également été sensible à cette approche. Le Guardian a décrit un film contemplatif, marqué par l’humour discret et la réflexion sur les frontières entre représentation, souvenir et vérité personnelle.

Cette réception doit toutefois être replacée dans le contexte du cinéma de Hong Sang-soo en Corée : malgré son immense prestige international, ses films d’auteur très minimalistes attirent généralement un public beaucoup plus restreint dans son pays. Le film a ainsi été distribué sur environ 60 écrans et totalisait un peu plus de 6 000 entrées au 12 août 2026 selon les données de KOFIC.

De Berlin à New York

The Day She Returns a effectué sa première mondiale le 18 février 2026 à la 76e Berlinale, dans la section Panorama, consacrée à des œuvres internationales remarquées pour leur qualité artistique et leur capacité à dialoguer avec le public.

Le film a ensuite poursuivi son parcours international. Il figure notamment dans la sélection Main Slate du New York Film Festival 2026, confirmant son intérêt pour le circuit international du cinéma d’auteur.

Cette circulation internationale a également facilité sa distribution. Les droits ont été vendus dans plusieurs territoires, notamment aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Espagne, en Finlande, en Chine, à Taïwan et en France, où ils ont été acquis par Carlotta Films.

Une sortie française à l’automne 2026

Bonne nouvelle pour le public français : The Day She Returns sortira bien en France. Le distributeur Carlotta Films a acquis les droits français et une sortie en salles est annoncée pour l’automne 2026. Le 14 novembre 2026 est actuellement indiqué comme date de sortie.

Pour les amateurs du cinéma de Hong Sang-soo, le rendez-vous promet donc d’être particulièrement intéressant : derrière une histoire apparemment minuscule, le cinéaste transforme une simple journée d’interviews en une méditation sur le temps qui passe, les souvenirs qui s’effacent et la difficulté de savoir où commence véritablement le jeu d’un acteur.


Fiche technique

Titre international : The Day She Returns
Titre original : 그녀가 돌아온 날 (Geunyeoga doraon nal)
Titre français annoncé : The Day She Returns
Réalisation : Hong Sang-soo
Scénario : Hong Sang-soo
Production : Hong Sang-soo
Production exécutive : Hong Sang-soo
Direction de la photographie : Hong Sang-soo
Montage : Hong Sang-soo
Musique : Hong Sang-soo
Production : Jeonwonsa Film Co.
Ventes internationales : Finecut
Distribution française : Carlotta Films
Pays : Corée du Sud
Année : 2026
Genre : Drame
Durée : 84 minutes
Format : Noir et blanc
Langue : Coréen
Classification en Corée du Sud : 15 ans et plus
Sortie en Corée du Sud : 6 mai 2026
Première mondiale : 18 février 2026, Berlinale, section Panorama
Sortie française : automne 2026 — date actuellement annoncée au 14 novembre2026.

Distribution principale

Song Sun-mi — Bae Jeong-su
Cho Yun-hee — Kim Young
Park Mi-so — Park Jun-hee
Kim Seon-jin
Ha Seong-guk
Shin Seok-ho
Oh Yun-su
Kang So-yi

Festivals et sélections

  • Berlinale 2026 — Panorama, première mondiale
  • New York Film Festival 2026 — Main Slate
  • Distribution internationale acquise dans plusieurs territoires, dont la France.

En quelques mots : avec The Day She Returns, Hong Sang-soo signe un film intime et contemplatif où une actrice qui retrouve le chemin des plateaux découvre que le retour à soi peut être plus difficile encore que le retour au cinéma. Un film probablement réservé aux spectateurs sensibles au cinéma minimaliste du réalisateur, mais qui confirme une nouvelle fois la finesse de son observation des êtres et des petits bouleversements de l’existence.

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