Le retour de Lee Chang-dong ne se fera pas uniquement sur les écrans de Netflix. Alors que beaucoup s’attendaient à une sortie exclusivement sur la plateforme, « Possible Love », le septième long métrage du cinéaste sud-coréen, bénéficiera finalement d’une exploitation en salles avant son arrivée en streaming. Une décision stratégique qui témoigne des ambitions internationales du projet.

Huit ans après Burning, Lee Chang-dong signe son retour avec une œuvre particulièrement attendue. Réunissant Jeon Do-yeon, Sol Kyung-gu, Zo In-sung et Cho Yeo-jeong, « Possible Love » raconte la rencontre fortuite de deux couples mariés aux trajectoires radicalement différentes, dont les destins vont progressivement s’entremêler. D’une durée de 164 minutes, c’est le film le plus long jamais réalisé par le cinéaste. Il a reçu une classification réservée aux adultes en raison de scènes de nudité et de sexualité explicites. Il aborde également des thématiques sociales fortes, en suivant notamment des travailleurs licenciés confrontés à l’amour, au deuil, aux traumatismes et à la reconstruction des liens humains, des sujets chers à l’auteur de Secret Sunshine et Poetry.

Un changement de stratégie révélateur

À l’origine, « Possible Love » avait été conçu pour une sortie en salles avant de rejoindre Netflix en cours de financement. La plateforme de streaming a finalement décidé de revenir à cette stratégie initiale : une sortie en salles est désormais prévue au troisième trimestre, avant une mise en ligne mondiale au quatrième trimestre. Cette approche reste inhabituelle pour une production sud-coréenne financée par Netflix. Depuis Okja de Bong Joon Ho en 2017, la plupart des productions coréennes de la plateforme ont été diffusées directement en streaming. Ce choix laisse penser que Netflix nourrit de réelles ambitions pour le film sur le circuit des festivals et des récompenses internationales.

L’enjeu des festivals et des Oscars

Cette sortie en salles répond également à une logique de visibilité et d’éligibilité. Pour prétendre aux Oscars, un film doit notamment être exploité commercialement dans son pays d’origine pendant une période minimale répondant aux critères fixés par l’Academy. Une carrière en salles permet aussi de créer un véritable événement médiatique avant son arrivée sur la plateforme.

Netflix applique déjà cette stratégie à certaines de ses productions les plus prestigieuses. Des films comme Roma, The Irishman, Glass Onion: A Knives Out Mystery ou encore Frankenstein ont tous bénéficié d’une exploitation en salles avant leur diffusion mondiale sur le service de streaming.

Le prestige de Lee Chang-dong

Le choix de Netflix s’explique aussi par le statut exceptionnel de Lee Chang-dong sur la scène internationale. Depuis Green Fish, le réalisateur s’est imposé comme l’une des figures majeures du cinéma d’auteur asiatique avec des œuvres comme Peppermint Candy, Oasis, Secret Sunshine, Poetry et Burning, toutes remarquées dans les plus grands festivals. Les attentes sont d’autant plus élevées que Jeon Do-yeon retrouve Lee Chang-dong près de vingt ans après Secret Sunshine, performance qui lui avait valu le Prix d’interprétation féminine au Festival de Cannes.

Une évolution du modèle Netflix

Cette décision illustre également l’évolution des relations entre les plateformes et les exploitants de salles. Longtemps perçus comme des concurrents directs, streaming et cinéma traditionnel tendent aujourd’hui à devenir complémentaires. Pour Netflix, une sortie en salles ne constitue plus seulement un passage obligé pour les récompenses ; elle représente aussi un puissant levier de promotion susceptible de renforcer la notoriété d’un film avant son lancement mondial sur la plateforme.

Le succès critique et international de plusieurs productions Netflix ces dernières années a démontré que les œuvres issues du streaming pouvaient rivaliser avec les sorties traditionnelles sur les circuits des festivals et des prix.

Un signal encourageant pour le cinéma coréen

Pour l’industrie sud-coréenne, cette stratégie apparaît comme un signal positif dans un contexte marqué par la baisse des investissements, la diminution du nombre de productions et le recul de la fréquentation des salles. Les plateformes de streaming sont désormais devenues des partenaires incontournables pour les réalisateurs et les producteurs, elles offrent des financements plus stables et une diffusion internationale immédiate.

Le modèle hybride adopté pour « Possible Love », combinant exploitation en salles puis diffusion mondiale sur Netflix, pourrait ainsi préfigurer une nouvelle norme pour les films d’auteur à forte ambition internationale. Pour Lee Chang-dong, ce retour au cinéma s’annonce déjà comme l’un des événements majeurs de l’année.

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