Le samedi 17 octobre 2026 à 16 h 30, la Maison de la culture du Japon à Paris (MCJP) propose une projection de La Ballade de Narayama (楢山節考), dans le cadre de la conférence consacrée à Bernard Frank (1927-1996). Cette séance invite à redécouvrir une œuvre majeure du cinéma japonais, profondément ancrée dans les traditions rurales et les interrogations universelles sur la vieillesse, la famille et la mort.

Réalisé par Shōhei Imamura, le film plonge le spectateur dans une communauté montagnarde isolée, régie par des règles ancestrales auxquelles chacun doit se soumettre pour assurer la survie du groupe. À travers ce récit âpre et puissant, le cinéaste interroge les limites de la solidarité humaine lorsque la nécessité économique se heurte aux liens familiaux et à l’attachement à la vie.

Un récit inspiré d’une tradition ancestrale

Sorti en 1983, La Ballade de Narayama est adapté du récit Étude à propos des chansons de Narayama de Shichirō Fukazawa, publié en 1956. L’œuvre occupe une place singulière dans le cinéma japonais et dans l’histoire des relations culturelles entre la France et le Japon, puisque sa traduction française fut réalisée par Bernard Frank en 1959. La projection de la MCJP prend ainsi une dimension particulière : elle met en lumière le lien entre littérature japonaise, traduction et création cinématographique.

L’histoire se déroule dans un village montagnard isolé, où la population vit dans des conditions particulièrement rudes. La nourriture est rare, les hivers sont rigoureux et la survie collective impose des règles auxquelles nul ne semble pouvoir échapper. Parmi elles figure une coutume terrible : lorsqu’une personne atteint l’âge de 70 ans, elle doit se rendre au sommet du mont Narayama pour y attendre la mort. Cette pratique, appelée ubasute, constitue le cœur dramatique du film.

Orin, interprétée par Sumiko Sakamoto, approche de cet âge fatidique. À 69 ans, cette femme demeure pourtant robuste, active et profondément attachée aux siens. Consciente de l’échéance qui l’attend, elle s’efforce de préparer son départ avec une détermination qui contraste avec la douleur de sa famille. Elle doit notamment trouver une nouvelle épouse à son fils Tatsuhei, devenu veuf, afin de garantir la continuité du foyer après sa disparition.

Tatsuhei, incarné par Ken Ogata, se retrouve alors partagé entre le respect de la tradition et son amour pour sa mère. Il sait que le moment venu, il devra la porter sur son dos jusqu’au sommet de la montagne. Cette perspective donne au récit une intensité particulière : derrière l’apparente acceptation des règles collectives se dessinent le chagrin, l’impuissance et la difficulté de se soustraire à l’ordre établi.

Autour d’Orin et de son fils, Imamura dépeint une communauté dominée par les préoccupations élémentaires de l’existence : se nourrir, se reproduire, protéger sa famille et préserver les ressources nécessaires à la survie. Les comportements humains y sont montrés sans idéalisation, parfois avec une brutalité dérangeante. La sexualité, la violence, la solidarité et l’égoïsme s’entremêlent dans un univers où les nécessités matérielles dictent largement les rapports sociaux.

Lorsque vient finalement le temps du départ, Tatsuhei accompagne sa mère vers la montagne enneigée. Le voyage, silencieux et douloureux, devient une confrontation entre l’attachement filial et l’acceptation d’un destin imposé. Le retour du fils au village rappelle cependant que la vie poursuit son cours, indifférente aux drames individuels.

Shōhei Imamura, un regard sans concession sur la société japonaise

Figure majeure de la Nouvelle Vague japonaise, Shōhei Imamura (1926-2006) a développé une œuvre attentive aux instincts humains, aux marges de la société et aux réalités sociales souvent dissimulées derrière les représentations idéalisées du Japon. Son cinéma privilégie les personnages ordinaires, les contradictions morales et les forces qui gouvernent les comportements individuels.

Avec La Ballade de Narayama, le cinéaste ne cherche pas à transformer son sujet en simple légende folklorique. Il privilégie une représentation physique et directe de l’existence, dans laquelle les gestes du quotidien, les cycles de la nature et les contraintes de la communauté occupent une place essentielle.

La montagne, la neige et les paysages sauvages participent pleinement à la narration. La nature apparaît à la fois comme une source de vie et comme une puissance indifférente, face à laquelle les individus doivent composer. Cette approche donne au film une portée qui dépasse le cadre historique de son récit : il questionne la valeur accordée à la vieillesse, la place de l’individu dans le groupe et les limites de la liberté lorsque la survie collective devient une priorité absolue.

Cette œuvre radicale a été récompensée par la Palme d’or au Festival de Cannes en 1983, consacrant la place d’Imamura parmi les grands cinéastes internationaux.

Un casting avec des interprétations marquantes

Sumiko Sakamoto — Orin

L’actrice incarne une femme âgée qui affronte son destin avec dignité et détermination. Son interprétation donne au personnage une force remarquable, loin de la seule figure sacrificielle, et souligne son attachement à sa famille malgré l’inéluctabilité du départ.

Ken Ogata — Tatsuhei

Acteur reconnu du cinéma japonais, notamment pour ses rôles dans des drames psychologiques et historiques, Ken Ogata prête à Tatsuhei une présence tourmentée. Il exprime les tensions d’un fils contraint d’accomplir un geste contraire à ses sentiments.

Mitsuko Baishō — Oei

Actrice prolifique du cinéma japonais, Mitsuko Baishō participe à la peinture collective de cette communauté rurale, où les liens familiaux sont inséparables des impératifs matériels et des traditions.

Tonpei Hidari — Risuke

Son personnage s’inscrit dans la galerie de figures parfois dérangeantes qui composent le village. Sa présence contribue au réalisme cru voulu par Imamura, qui observe les comportements humains sans chercher à les embellir.

Le film réunit également Aki Takejō, Kiyoshi Takamine, Nijiko Kiyokawa, Seiji Kurasaki, Kaoru Shimamori, Ryūtarō Tatsumi, Junko Takada, Taiji Tonoyama et Shōichi Ozawa. Ensemble, les interprètes donnent corps à un monde fermé, dont les règles collectives façonnent chaque existence.

Fiche technique

  • Titre français : La Ballade de Narayama
  • Titre original : 楢山節考 (Narayama bushikō)
  • Pays : Japon
  • Année de sortie : 1983
  • Genre : drame
  • Durée : 128 minutes
  • Langue originale : japonais
  • Réalisation : Shōhei Imamura
  • Scénario : Shōhei Imamura
  • Œuvre originale : Shichirō Fukazawa, Narayama bushikō (1956)
  • Photographie : Masao Tochizawa
  • Musique : Shinichirō Ikebe
  • Montage : Hajime Okayasu
  • Son : Kenichi Benitani
  • Décors : Nobutaka Yoshino et Hisao Inagaki
  • Production : Tōei Company et Imamura Productions
  • Producteurs : Gorō Kusakabe et Jirō Tomoda
  • Distribution d’origine : Gaumont
  • Distribution principale : Sumiko Sakamoto, Ken Ogata, Mitsuko Baishō, Aki Takejō, Tonpei Hidari et autres
  • Distinction : Palme d’or au Festival de Cannes 1983

Une séance en résonance avec l’héritage de Bernard Frank

Cette projection s’inscrit dans un hommage à Bernard Frank (1927-1996), éminent spécialiste du bouddhisme japonais et figure importante des études japonaises en France. Chercheur, traducteur et passeur de culture, il a contribué à faire connaître la civilisation japonaise au public francophone.

Son travail de traduction de l’œuvre de Shichirō Fukazawa, publiée en français en 1959 sous le titre Étude à propos des chansons de Narayama, établit un lien direct entre cette séance et son héritage intellectuel. Le film d’Imamura offre ainsi l’occasion de découvrir comment une œuvre littéraire japonaise a traversé les langues et les formes artistiques pour devenir un classique du cinéma mondial.

Informations pratiques

  • Date : samedi 17 octobre 2026
  • Horaire : 16 h 30
  • Lieu : Maison de la culture du Japon à Paris
  • Adresse : 101 bis, quai Jacques-Chirac, 75015 Paris
  • Tarifs annoncés : 6 € en plein tarif ; 3 € pour les tarifs réduits et les adhérents de la MCJP
  • Réservation : conseillée sur le site officiel de la MCJP.

Avec La Ballade de Narayama, la MCJP propose une invitation à explorer une œuvre qui confronte les spectateurs à des questions toujours actuelles : quelle place une société accorde-t-elle à ses anciens ? Jusqu’où les traditions peuvent-elles justifier le sacrifice individuel ? Et comment préserver l’humanité au cœur même des nécessités de la survie ?

Un rendez-vous à la croisée du cinéma, de la littérature et de la culture japonaise, en hommage à un grand passeur de savoirs entre le Japon et la France.

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