À la fin de l’été, lorsque les dernières chaleurs commencent à s’estomper, une étonnante fleur rouge surgit dans les paysages du Japon et de la Corée du Sud. Le lycoris, avec ses pétales fins et recourbés et ses longues étamines qui lui donnent l’allure d’une araignée, annonce l’arrivée de l’automne. Mais derrière cette floraison spectaculaire se cache une plante chargée d’histoire, de croyances et de symboles.

Au Japon, Lycoris radiata est principalement connu sous le nom de higanbana (彼岸花), littéralement « fleur du higan ». Sa floraison, généralement observée en septembre, coïncide avec la période de l’équinoxe d’automne, le higan, période bouddhique consacrée notamment à la mémoire des ancêtres. La fleur est ainsi traditionnellement associée au souvenir des défunts, aux tombes et au passage entre le monde des vivants et celui des morts.

Cette association explique pourquoi les higanbana sont souvent visibles autour des cimetières, des temples, mais aussi le long des chemins et des rizières. Leur présence dans les campagnes possède également une dimension pratique : les bulbes de la plante sont toxiques et ont autrefois été utilisés autour des cultures pour contribuer à éloigner certains animaux. Au Japon, la plante a ainsi accompagné pendant des siècles les paysages ruraux et les pratiques agricoles.

Une fleur qui ne rencontre jamais ses feuilles

Le lycoris possède une particularité botanique qui a profondément marqué son imaginaire culturel. À l’automne, sa tige florale apparaît directement du sol alors que la plante est dépourvue de feuilles. Les fleurs disparaissent ensuite avant que le feuillage ne se développe. Fleur et feuilles ne se rencontrent donc jamais.

Cette séparation naturelle a nourri de nombreuses interprétations autour de l’absence, de l’adieu et de la séparation définitive. Elle a également contribué à la place particulière occupée par le lycoris dans la littérature, les mangas, les anime et plus largement dans la culture populaire japonaise.

Le rouge éclatant de ses fleurs renforce encore son caractère spectaculaire. En septembre, certaines régions japonaises se transforment ainsi en véritables tapis rouges. À Hidaka, dans la préfecture de Saitama, le parc Kinchakuda est notamment célèbre pour ses immenses floraisons, qui peuvent réunir plusieurs millions de higanbana.

Une histoire également présente en Corée du Sud

Le lycoris occupe également une place importante dans les paysages coréens d’automne. En Corée du Sud, Lycoris radiata est officiellement répertorié sous le nom de seoksan (석산), tandis que le terme kkotmureut (꽃무릇) est largement employé pour désigner cette floraison rouge. Les jardins, parcs et surtout certains sites bouddhiques se parent de ses fleurs à partir de septembre.

La Corée entretient cependant une confusion fréquente entre le lycoris rouge et la « sangsahwa » (상사화). Ce dernier nom désigne à proprement parler une autre espèce du genre Lycoris, Lycoris squamigera, même si les deux plantes partagent cette caractéristique fascinante de voir leurs fleurs et leurs feuilles apparaître à des périodes différentes. En Corée, cette particularité est traditionnellement associée à l’image de deux êtres qui s’aiment mais ne peuvent jamais se rencontrer.

Le lycoris rouge possède également une histoire particulière dans les temples coréens. Les bulbes de la plante, contenant des substances toxiques, ont notamment été utilisés dans certaines pratiques traditionnelles liées à la conservation des livres et des peintures bouddhiques. De grands ensembles de fleurs se trouvent encore aujourd’hui autour de plusieurs temples du sud du pays, notamment à Seonunsa, Bulgapsa ou Yongcheonsa, où les floraisons de septembre sont devenues de véritables rendez-vous saisonniers.

Un marqueur naturel du changement de saison

Au-delà de ses significations religieuses ou funéraires, le lycoris est surtout devenu un formidable marqueur du passage de l’été à l’automne. Sa floraison intervient précisément au moment où les paysages commencent à changer, avant les grands feuillages rouges et jaunes de l’automne.

Au Japon comme en Corée du Sud, ses fleurs apparaissent souvent alors que la végétation environnante demeure encore largement verte. Le contraste entre le rouge intense des corolles et les paysages de rizières, de sous-bois ou de temples donne à cette période une identité visuelle très particulière.

Le lycoris rappelle ainsi que l’automne ne commence pas seulement avec les premières feuilles rouges. En Asie de l’Est, il peut être annoncé par quelques jours de floraison spectaculaire, lorsque des centaines ou des milliers de fleurs écarlates surgissent soudainement du sol.

Fleur de l’équinoxe au Japon, fleur de séparation dans l’imaginaire coréen, plante associée aux temples, aux rizières et aux lieux de mémoire, le lycoris possède une symbolique beaucoup plus riche que son apparence spectaculaire ne le laisse deviner. Chaque mois de septembre, sa floraison marque à la fois un changement de saison et un moment privilégié où nature, histoire et culture se rejoignent.

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