L’héritage des pionniers japonais célébré par le prince Fumihito. Quatre-vingt-dix ans après l’arrivée des premiers immigrants japonais au Paraguay, le prince héritier Fumihito et la princesse héritière Kiko ont rendu hommage, vendredi, à une communauté qui a profondément contribué au développement du pays et est devenue l’un des symboles des liens étroits entre Tokyo et Asunción.

En visite officielle au Paraguay, le couple impérial a participé, près de la capitale, à une cérémonie réunissant quelque 650 personnes, parmi lesquelles le président paraguayen Santiago Peña et son épouse. Dans son discours, le prince Fumihito, frère cadet de l’empereur Naruhito, a salué le parcours des pionniers japonais qui, confrontés à de nombreuses difficultés, ont réussi à s’enraciner dans leur nouvelle patrie.

« Les relations étroites entre nos deux pays doivent beaucoup aux immigrants japonais et à leurs descendants », a souligné le prince, exprimant le souhait que les nouvelles générations continuent de jouer le rôle de « pont » entre le Japon et le Paraguay.
Le président Santiago Peña a, de son côté, rendu hommage à la communauté japonaise pour sa contribution à l’agriculture, à l’éducation et à la société paraguayenne, des apports qui participent, selon lui, à la richesse multiculturelle du pays.
Avant la cérémonie, Fumihito et Kiko ont déposé des fleurs devant un mémorial dédié aux colons japonais disparus, avant de rencontrer des membres de la communauté nikkei, aujourd’hui estimée à environ 10 000 personnes. Parmi eux figurait Ikuko Matsumiya, 87 ans, arrivée de la préfecture de Tochigi en 1956. « C’est encourageant que des membres de la famille impériale viennent toujours à chaque étape importante », a-t-elle témoigné.
La Colmena, berceau de l’émigration japonaise
L’histoire de cette communauté remonte à 1936, dans un contexte international difficile. Dans les années 1930, le Japon encourageait l’émigration vers l’Amérique du Sud, tandis que le Brésil, jusque-là principale destination des migrants japonais, commençait à restreindre l’arrivée de nouveaux immigrants asiatiques.
Le Paraguay apparut alors comme une nouvelle terre d’installation. Après des missions d’étude menées au milieu des années 1930, un vaste territoire d’environ 11 000 hectares fut acquis à quelque 130 kilomètres au sud-est d’Asunción. La colonie de La Colmena, dans le département de Paraguarí, allait devenir le berceau de l’immigration japonaise au Paraguay.
Le 12 août 1936, le premier grand groupe directement arrivé du Japon débarqua dans la colonie : 11 familles, soit 81 personnes. D’autres familles les rejoignirent progressivement et, jusqu’à l’interruption de l’immigration provoquée par la Seconde Guerre mondiale, en 1941, quelque 123 familles, représentant environ 790 personnes, s’étaient installées au Paraguay.
Les débuts furent particulièrement difficiles. Les pionniers durent défricher des terres sauvages, construire leurs habitations et développer une agriculture dans une région où les infrastructures étaient encore rudimentaires. L’état des routes compliquait notamment l’acheminement et la commercialisation des récoltes.
Mais leur savoir-faire agricole allait rapidement transformer la région. Les immigrants introduisirent ou développèrent notamment la culture du soja, du coton, du sésame, du riz, des agrumes et des légumes. Dès 1937, soit un an seulement après l’installation des premiers colons, une production de soja fut déjà exportée, contribuant à la diversification de l’agriculture paraguayenne.
Après-guerre, une nouvelle vague d’immigration
La Seconde Guerre mondiale interrompit temporairement les arrivées. L’émigration japonaise reprit après la guerre, à partir de 1952, avec l’installation de nouveaux groupes à La Colmena et dans d’autres régions du pays. Le gouvernement paraguayen encourageait alors la mise en valeur agricole de territoires encore peu exploités.
De nouvelles colonies virent progressivement le jour, notamment Federico Chávez, La Paz, Pirapó et Yguazú, principalement dans les régions méridionales et orientales du Paraguay. À partir de la seconde moitié des années 1950, l’émigration organisée fut soutenue par les organismes japonais chargés de l’installation des migrants, tandis que la coopération technique et agricole entre les deux pays se développait.
Cette période marqua un véritable tournant. Les communautés japonaises ne se limitèrent plus à leur propre développement : elles participèrent activement à la modernisation de l’agriculture paraguayenne, à la création de coopératives et au développement économique de plusieurs régions.
La création de coopératives agricoles permit notamment aux producteurs de mieux commercialiser leurs récoltes. À La Colmena, la fondation d’une coopérative en 1948 contribua ainsi à améliorer progressivement la situation économique des colons.
Une communauté devenue partie intégrante du Paraguay
Au fil des décennies, les descendants des premiers immigrants — les Nikkei — ont construit une identité à la fois japonaise et profondément paraguayenne. Agriculture, enseignement, commerce, culture et vie associative constituent aujourd’hui les principaux domaines dans lesquels cette communauté demeure active.
La coopération entre les deux pays s’est également renforcée autour de l’agriculture, de l’éducation et du développement rural, notamment à travers l’action de l’Agence japonaise de coopération internationale (JICA). Le Paraguay compte aujourd’hui plusieurs anciennes colonies japonaises devenues des pôles agricoles importants.
Pour Tokyo comme pour Asunción, cette histoire migratoire constitue désormais l’un des fondements de la relation bilatérale. Une relation dont l’importance dépasse largement les seuls échanges diplomatiques : elle repose sur une histoire humaine construite par plusieurs générations.
Un anniversaire chargé de symboles
La visite du prince Fumihito au Paraguay revêtait une dimension particulièrement symbolique. Il s’y était déjà rendu en 2006, à l’occasion du 70ᵉ anniversaire de l’immigration japonaise. Vingt ans plus tard, son retour témoigne de la continuité de cette relation et de la place accordée à la communauté nikkei dans les relations entre les deux nations.
De la petite colonie de La Colmena aux quelque 10 000 personnes qui composent aujourd’hui la communauté japonaise et nikkei du Paraguay, neuf décennies ont profondément transformé une histoire d’émigration en une histoire d’intégration et d’amitié.
Une histoire née dans les forêts et les terres agricoles de Paraguarí, mais qui, 90 ans plus tard, continue de rapprocher le Japon et le Paraguay, deux pays séparés par des milliers de kilomètres mais liés par la mémoire de leurs pionniers et par plusieurs générations de destins partagés.
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