HASHIMOTO, préfecture de Wakayama — Il faut parfois regarder attentivement le paysage pour observer un phénomène qui ne se produit qu’une fois dans une vie — ou presque. Fin juillet, à Hashimoto, dans l’ouest de la préfecture de Wakayama, Jin Versluys, un élève de CM1 âgé de 10 ans, a découvert par hasard des fleurs de bambou dans une zone montagneuse proche de son domicile. Une observation particulièrement rare, qui a rapidement attiré l’attention des spécialistes.

Le 27 juillet, alors qu’il rentrait chez lui en voiture avec un membre de sa famille, Jin a remarqué qu’une partie d’un secteur boisé semblait être morte. Ayant appris à l’école que certaines espèces de bambou ne fleurissent qu’à intervalles de plusieurs dizaines, voire plus d’un siècle, avant de dépérir, il a demandé à s’arrêter. Sur place, il a effectivement découvert de petites fleurs apparaissant sur les bambous. « J’étais ravi quand je les ai trouvées et je me suis dit : “C’est vraiment vrai” », a raconté l’enfant.

Sa découverte a ensuite été signalée par son école, l’établissement primaire Kinokuni Kodomomura de Hashimoto, au Mainichi Shimbun. Un journaliste s’est rendu sur les lieux afin de photographier les végétaux et a soumis les clichés à Emi Okada, directrice du Centre Ryokka du parc botanique de la préfecture de Wakayama, situé à Iwade. Selon la spécialiste, il s’agit vraisemblablement de hachiku, ou bambou Henon, correspondant à Phyllostachys nigra var. henonis. Cette variété de bambou tempéré est connue pour son cycle biologique exceptionnellement long. Elle appartient au genre Phyllostachys, qui regroupe de nombreux bambous à rhizomes traçants et à chaumes ligneux.

Un bambou qui peut attendre 120 ans avant de fleurir

La particularité la plus étonnante du hachiku réside dans sa floraison. Contrairement à la plupart des plantes qui fleurissent régulièrement, Phyllostachys nigra var. henonis est monocarpique : après avoir consacré une grande partie de ses ressources à la reproduction, le bambou dépérit et meurt.

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Son intervalle de floraison est estimé à environ 120 ans. Des observations historiques japonaises indiquent que la dernière grande floraison s’est produite principalement autour de 1908, avec des floraisons observées entre 1903 et 1912. Les botanistes s’attendaient donc à voir réapparaître le phénomène au cours des années 2020.

Plus étonnant encore, la floraison peut être synchronisée sur de vastes territoires. Des peuplements parfois très éloignés les uns des autres peuvent ainsi entrer en floraison à une période relativement proche, un phénomène connu sous le nom de floraison grégaire ou « mast flowering ». Cette stratégie demeure encore imparfaitement comprise par les botanistes.

Les recherches menées ces dernières années au Japon ont toutefois apporté un élément préoccupant : la floraison ne semble pas toujours être suivie d’une reproduction efficace. Dans une étude portant sur un peuplement observé pendant trois ans après sa floraison, plus de 80 % des chaumes avaient fleuri, mais aucune graine viable ni aucun jeune plant établi n’avait été observé. Les chercheurs ont également constaté que les nouvelles pousses apparues après la floraison dépérissaient rapidement.

Un phénomène encore mystérieux pour les scientifiques

Cette apparente difficulté à se régénérer soulève une question importante : comment cette variété a-t-elle réussi à se maintenir au Japon pendant des siècles ?

Des travaux scientifiques récents suggèrent que les populations de hachiku pourraient disposer de mécanismes de régénération encore mal connus. Les bambous se développent notamment à partir de vastes réseaux de rhizomes souterrains, qui permettent à une colonie de se maintenir et de se multiplier végétativement pendant de nombreuses années. Mais le devenir de ces réseaux après une floraison massive reste encore étudié.

La floraison constitue également un événement écologique important. Lorsque les peuplements meurent, la disparition soudaine d’une végétation dense peut modifier la lumière disponible au sol, la végétation sous-jacente et le cycle des nutriments. Des recherches récentes montrent notamment que la décomposition des fleurs tombées au sol peut entraîner une libération importante d’azote dans l’écosystème.

Un lien avec le naturaliste Minakata Kumagusu

La découverte de Hashimoto présente par ailleurs un intérêt historique particulier pour la préfecture de Wakayama. Selon Emi Okada, le musée Minakata Kumagusu de Shirahama conserve la trace d’un épisode botanique remontant à 1903.

Cette année-là, le célèbre naturaliste japonais Minakata Kumagusu (1867-1941) aurait envoyé au botaniste Tomitaro Makino (1862-1957) un spécimen de hachiku en fleurs. Plus d’un siècle plus tard, des bambous en floraison ont été redécouverts en 2023 dans une zone associée aux recherches de Minakata. Le rapprochement avec le spécimen envoyé en 1903, exactement 120 ans auparavant, avait alors suscité un vif intérêt scientifique.

La découverte réalisée par Jin à Hashimoto s’inscrit donc dans une période particulièrement intéressante pour l’étude de cette plante hors du commun.

Pour Emi Okada, l’observation de l’enfant est précieuse. « Il s’agit d’une découverte très rare et précieuse », a-t-elle souligné, encourageant Jin à « rester curieux et à continuer d’observer le bambou ».

À 10 ans, le jeune garçon vient ainsi de faire l’expérience directe d’un phénomène que même les botanistes peuvent attendre plusieurs générations avant de revoir. Un rappel, aussi, que dans les montagnes japonaises, certaines merveilles naturelles se manifestent avec une patience qui dépasse largement l’échelle d’une vie humaine.

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