À la tombée de la nuit, le temple Mii-dera, à Ōtsu dans la préfecture de Shiga, change de visage. Cet été encore, les créatures fantastiques du folklore japonais ont investi ses allées et ses bâtiments historiques à l’occasion de la « Mii-dera Yokai Night », une manifestation devenue l’un des rendez-vous estivaux singuliers de ce temple plus que millénaire. Entre frissons, cris et éclats de rire, visiteurs et yōkai se sont retrouvés pour une promenade nocturne aussi mystérieuse que ludique.

Organisée cette année du 8 au 12 août 2026, la manifestation a plongé le domaine du temple dans une atmosphère surnaturelle dès 18 heures. Des yōkai aux apparences parfois inquiétantes, mais souvent volontairement sympathiques et humoristiques, ont déambulé parmi les visiteurs. L’un des temps forts de chaque soirée a été la « procession des yōkai de Mii-dera », au cours de laquelle les créatures se sont rassemblées pour une parade nocturne à travers l’enceinte du temple. Les visiteurs étaient eux-mêmes invités à rejoindre le cortège et à participer à cette version contemporaine de la traditionnelle hyakki yagyo, la « procession nocturne des cent démons ».

L’événement proposait également un marché consacré aux créations inspirées des yōkai, des stands de nourriture, une chasse aux énigmes ainsi que des spectacles et des contes fantastiques. Des séances de kaidan, les récits traditionnels de fantômes et d’histoires surnaturelles, étaient notamment organisées dans le temple, accompagnées par le son du biwa, instrument traditionnel japonais.
Un temple où les légendes sont profondément enracinées
Si les yōkai semblent particulièrement à leur place à Mii-dera, ce n’est pas un hasard. Le temple, officiellement appelé Onjō-ji, possède une histoire qui remonte à 672, lorsque l’empereur Tenmu fit édifier un temple en mémoire de son neveu, l’empereur Kōbun, mort durant la guerre de Jinshin. Au cours de son histoire, le site est devenu l’un des grands centres du bouddhisme Tendai et le temple principal de l’école Tendai Jimon.
Mii-dera est également associé à de nombreuses traditions et légendes. Son nom populaire serait lié à une source sacrée dont l’eau aurait été utilisée lors de la naissance de plusieurs membres de la famille impériale. Le temple conserve par ailleurs un exceptionnel patrimoine architectural et religieux, comprenant notamment le Kondō, classé trésor national, ainsi que le Kannondō, 14e étape du pèlerinage des 33 temples dédiés à Kannon dans l’ouest du Japon.
Le fantôme du moine Raigō
Parmi les histoires surnaturelles intimement liées à Mii-dera figure celle de Raigō, moine du temple ayant vécu à l’époque de l’empereur Shirakawa. Selon une légende rapportée notamment dans le Taiheiki, Raigō aurait prié pour la naissance d’un prince impérial et demandé en récompense l’autorisation d’établir une plateforme d’ordination à Mii-dera. Face à l’opposition du mont Hiei, il aurait été gagné par la colère et serait finalement devenu, après sa mort, un esprit monstrueux à tête de rat appelé Tesso. Accompagné de milliers de rats, celui-ci aurait ravagé les bâtiments, statues et textes sacrés du mont Hiei.
Cette ancienne légende constitue aujourd’hui l’un des fils conducteurs de la Yokai Night. Un film consacré à l’histoire de Tesso, le yōkai né de la légende de Raigō, était notamment projeté pendant l’édition 2026.
Entre patrimoine et imaginaire
L’originalité de la Mii-dera Yokai Night tient ainsi à cette rencontre entre patrimoine religieux, folklore populaire et divertissement contemporain. Loin de présenter les yōkai comme de simples monstres effrayants, l’événement rappelle leur place particulière dans la culture japonaise : ces êtres surnaturels peuvent être inquiétants, facétieux, grotesques ou même attachants.
Dans le cadre majestueux de Mii-dera, avec ses pavillons anciens et ses chemins plongés dans l’obscurité, la frontière entre réalité et légende devient particulièrement ténue. Les cris des visiteurs se mêlent aux rires, tandis que les silhouettes des yōkai apparaissent entre les bâtiments du temple.
Une manière originale de redécouvrir, à la faveur d’une chaude nuit d’été, l’un des sites historiques majeurs de la région du lac Biwa — et de rappeler que, au Japon, les vieilles légendes savent encore parfaitement se faire entendre lorsque tombe la nuit
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