À Tokoname, dans la préfecture d’Aichi, le célèbre maneki-neko a trouvé une véritable identité. Avec ses grands yeux ronds, ses oreilles dressées et son corps généreusement arrondi, le « chat porte-bonheur » de style Tokoname est devenu l’un des symboles les plus reconnaissables de cette ville japonaise réputée depuis des siècles pour son savoir-faire céramique.

Parmi les ateliers qui perpétuent cette tradition, Baigetsu Tomimoto Ningyoen occupe une place particulière. L’entreprise fête cette année ses 81 ans et est aujourd’hui dirigée par Kikue Tomimoto, 49 ans, représentante de la cinquième génération de la famille. Dans son atelier, chaque figurine conserve une dimension profondément artisanale. L’argile est d’abord coulée dans des moules en plâtre avant d’être démoulée, séchée puis peinte au pinceau. Chaque étape est réalisée à la main, avec une attention particulière portée aux couleurs, aux détails et surtout à l’expression du petit félin.

Le style caractéristique des maneki-neko de Tokoname n’a pourtant pas toujours été celui que l’on connaît aujourd’hui. Les premières figurines produites dans la ville étaient plus fines et davantage inspirées de l’apparence réelle du chat. Après la Seconde Guerre mondiale, les artisans ont progressivement développé une silhouette plus ronde, une tête plus imposante et de grands yeux expressifs. Cette esthétique originale a rapidement rencontré le succès et contribué à faire de Tokoname l’un des principaux centres japonais de fabrication de maneki-neko.

Cette tradition s’inscrit dans une histoire beaucoup plus ancienne. Tokoname est l’un des grands centres de poterie du Japon depuis le XIIe siècle. La ville a développé au fil des siècles une importante production de jarres, de récipients, de tuiles et d’objets du quotidien. Elle est également célèbre pour ses théières en argile rouge, devenues emblématiques de son patrimoine artisanal. La fabrication des maneki-neko s’est ainsi naturellement intégrée à cette longue culture de la terre et du feu.

L’histoire du maneki-neko, elle, remonte probablement à la fin de l’époque d’Edo, au XIXe siècle. Son origine exacte reste difficile à établir et plusieurs légendes se disputent sa naissance. La plus connue raconte qu’un chat aurait attiré l’attention d’un seigneur japonais et l’aurait conduit à se mettre à l’abri d’un violent orage. Depuis, le félin à la patte levée est devenu un symbole de chance, de prospérité et de bienvenue.

Son nom signifie littéralement « chat qui invite ». Contrairement à une idée répandue, la patte levée ne fait donc pas simplement signe aux visiteurs : elle les invite à s’approcher. Selon la tradition, la patte gauche est associée à l’arrivée des clients et à la fréquentation, tandis que la patte droite symbolise davantage la chance et la prospérité.
Avec l’essor du tourisme international, le maneki-neko est progressivement devenu un véritable ambassadeur de la culture japonaise. À Tokoname, il est aujourd’hui impossible de dissocier le petit chat de l’identité de la ville. Une rue lui est même consacrée, avec de nombreuses créations originales installées le long du parcours.
Cette popularité internationale se traduit désormais par des commandes venues du Japon mais aussi de nombreux pays étrangers. Pourtant, malgré cette demande croissante, Kikue Tomimoto ne souhaite ni mécaniser la fabrication ni sous-traiter la production. Pour elle, chaque figurine doit conserver la marque du geste humain et le savoir-faire transmis au sein de la famille.
Derrière son sourire discret, ses grands yeux ronds et sa patte éternellement levée, le maneki-neko de Tokoname raconte ainsi une histoire bien plus vaste qu’une simple tradition décorative. Il témoigne d’un patrimoine céramique séculaire, d’une transmission familiale et d’un artisanat qui continue de séduire bien au-delà des frontières du Japon. Chaque chat façonné dans l’atelier devient à son tour un petit ambassadeur de Tokoname, portant avec lui la chaleur d’un savoir-faire entièrement réalisé à la main.
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