Dans le sud de la Corée, le comté de Haman, dans la province du Gyeongsang du Sud, possède un patrimoine singulier où l’histoire ancienne se mêle à la beauté des paysages. Ancien cœur du royaume d’Ara Gaya, l’un des États de la confédération de Gaya, Haman est aujourd’hui célèbre pour une fleur devenue le symbole vivant de cette mémoire : l’Ara-hongryeon, ou « lotus rouge d’Ara », un lotus dont les graines ont dormi pendant près de sept siècles avant de refleurir.

Haman, ancienne terre d’Ara Gaya

Situé à proximité du fleuve Namgang, Haman occupe une place importante dans l’histoire de la confédération de Gaya, ensemble de petits royaumes qui se développèrent dans le sud de la péninsule coréenne entre l’Antiquité et le VIe siècle.

La région était alors le territoire d’Ara Gaya, également appelé Anra, dont le centre politique se trouvait précisément dans l’actuel Haman. Le royaume s’est notamment développé grâce à sa position géographique, au carrefour de plusieurs voies de circulation entre l’intérieur des terres et les régions méridionales de la péninsule.

Les vestiges archéologiques témoignent encore de cette époque. Parmi les sites les plus remarquables figurent les tumulus de Malisan, où furent enterrés les membres de l’élite d’Ara Gaya, ainsi que la forteresse de Seongsan Sanseong, importante pour la compréhension de l’histoire ancienne de la région.

Les tombes de Malisan, alignées sur les collines qui dominent Haman, rappellent ainsi que derrière les paysages paisibles du comté se cache une histoire vieille de plus de 1 500 ans.

Une découverte archéologique exceptionnelle

C’est pourtant bien plus tard, à l’époque de la dynastie Goryeo, que commence l’histoire extraordinaire de l’Ara-hongryeon.

En 2009, des archéologues travaillant sur le site de Seongsan Sanseong découvrirent plusieurs graines de lotus enfouies dans les anciens dépôts d’un bassin. Leur aspect desséché ne laissait guère présager le destin exceptionnel qui les attendait.

Des analyses réalisées notamment par l’Institut coréen des géosciences et des ressources minérales ont permis d’estimer leur âge à environ 700 ans, les faisant remonter à la période Goryeo, qui s’étend de 918 à 1392.

Parmi les graines retrouvées, plusieurs furent mises à germer. Trois réussirent finalement à reprendre vie.

Puis, en juillet 2010, l’impensable se produisit : après environ sept siècles passés sous terre, les premières fleurs apparurent.

Un lotus de l’époque Goryeo venait de refleurir.

L’Ara-hongryeon, « le lotus rouge d’Ara »

En hommage à l’histoire ancienne de la région, Haman donna à cette fleur le nom d’Ara-hongryeon — « Ara » en référence à Ara Gaya et « hongryeon » signifiant lotus rouge.

Cette renaissance végétale est devenue l’un des symboles culturels les plus singuliers de Haman.

L’Ara-hongryeon présente d’ailleurs des caractéristiques qui la distinguent des variétés modernes. Ses pétales sont relativement longs, délicats et peu nombreux. Leur couleur évolue du blanc à la base vers un rose rougeâtre puis un rouge plus soutenu à leur extrémité.

Cette apparence évoque les représentations de lotus visibles dans certaines peintures bouddhiques anciennes, notamment les peintures de la période Goryeo. Elle constitue ainsi un témoignage botanique particulièrement intéressant de l’apparence que pouvaient avoir les lotus coréens il y a plusieurs siècles.

Une renaissance devenue patrimoine

Pour préserver cette variété exceptionnelle et raconter son histoire au public, Haman a aménagé un site de culture consacré à l’Ara-hongryeon près du musée de Haman.

Le Haman Lotus Theme Park, créé en 2013 sur une vaste zone humide, rassemble aujourd’hui différentes espèces de lotus et de plantes aquatiques. L’Ara-hongryeon y occupe naturellement une place particulière.

Au cœur de l’été, les bassins se couvrent de larges feuilles vertes et de fleurs roses, c’est un spectacle particulièrement photogénique. La floraison est généralement plus belle tôt le matin, lorsque les températures restent douces et que les fleurs viennent de s’ouvrir.

Le lotus est ainsi devenu bien davantage qu’une curiosité botanique : il participe désormais à l’identité culturelle et touristique de Haman.

Une fleur qui raconte le temps

L’histoire de l’Ara-hongryeon possède une dimension presque symbolique. Une graine enfouie dans la terre pendant des centaines d’années a conservé suffisamment de vitalité pour donner naissance à une nouvelle plante, permettant aux générations actuelles de contempler une fleur issue d’un passé lointain.

En 2018, des graines d’Ara-hongryeon ont d’ailleurs été confiées au National Baekdudaegan Arboretum, où elles ont été placées dans une installation de conservation à long terme des semences, afin de préserver ce patrimoine végétal pour l’avenir.

À Haman, cette fleur fait ainsi le lien entre plusieurs époques : celle d’Ara Gaya, celle de la dynastie Goryeo et la Corée contemporaine.

Haman, entre tumulus, forteresses et lotus

Visiter Haman, c’est donc découvrir une Corée moins connue, loin des grandes métropoles et des circuits touristiques traditionnels.

Les tumulus de Malisan racontent l’histoire des souverains et des élites d’Ara Gaya. Les vestiges de Seongsan Sanseong évoquent la vie quotidienne et l’organisation d’une société ancienne. Et, lorsque revient l’été, les étangs de Haman se parent de milliers de fleurs parmi lesquelles s’épanouit l’Ara-hongryeon, héritière improbable d’un passé vieux de 700 ans.

La fleur semble alors porter en elle une véritable leçon de patience : parfois, l’histoire ne disparaît pas. Elle attend simplement son heure pour refleurir.

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