Le cinéma sud-coréen a une nouvelle fois marqué le Festival international du film de Locarno. Samedi 15 août, le réalisateur Hong Sang-soo a remporté le prix de la meilleure réalisation pour Nowhere to Lay My Eyes, son 35e long métrage, tandis que Kim Min-hee a décroché le prix de la meilleure interprétation, ex æquo avec l’actrice italienne Monica Bellucci, récompensée pour Kettice. Hong Sang-soo a également reçu le Prix du Jury œcuménique.

Présenté en compétition internationale lors de la 79e édition du festival suisse, Nowhere to Lay My Eyes confirme ainsi la relation privilégiée entre Hong Sang-soo et Locarno. Le cinéaste y était invité pour la cinquième fois. Il avait déjà remporté le prix de la meilleure réalisation pour Sunhi en 2013, puis le prestigieux Léopard d’or pour Un jour avec, un jour sans en 2015. En 2024, Kim Min-hee avait elle-même obtenu le prix de la meilleure interprétation pour By the Stream.
Un retour aux sources sur l’île de Jeju
Le film suit Sang-hee, interprétée par Kim Min-hee, qui se rend sur l’île de Jeju avec son frère, à la recherche de leur mère qu’elle n’a pas revue depuis dix ans. Entre retrouvailles familiales, non-dits et conversations en apparence anodines, le séjour fait progressivement ressurgir des vérités longtemps enfouies.

La mère de Sang-hee dirige désormais un restaurant devenu prospère. Son beau-père travaille de son côté sur un film consacré à une mystérieuse « tombe d’herbe », tandis que sa fille vient de commencer à peindre. Pendant deux jours, les personnages se croisent, échangent conseils, compliments et révélations, dans cette atmosphère faite de banalité quotidienne et de tension subtile qui caractérise le cinéma de Hong Sang-soo.

À travers cette histoire familiale, le cinéaste explore une nouvelle fois ses thèmes de prédilection : les relations humaines, les malentendus, les souvenirs, les rencontres et ces petits détails du quotidien capables de révéler les fragilités profondes des individus.
Hong Sang-soo, un maître du cinéma d’auteur coréen
Né en 1960 à Séoul, Hong Sang-soo est l’un des réalisateurs sud-coréens les plus reconnus du cinéma d’auteur contemporain. Depuis Le Jour où le cochon est tombé dans le puits en 1996, il construit une œuvre singulière fondée sur les conversations, les rencontres fortuites, les relations sentimentales et les ambiguïtés de la vie quotidienne.
Son cinéma, souvent réalisé avec des budgets modestes et une grande liberté artistique, privilégie les situations ordinaires, les dialogues et les variations autour d’un même événement. Il assure très fréquemment lui-même plusieurs fonctions sur ses films.
Pour Nowhere to Lay My Eyes, Hong Sang-soo signe notamment la réalisation, le scénario, la production, la photographie, le montage, le son et la musique.
Kim Min-hee, muse et interprète majeure
Révélée au grand public sud-coréen par ses rôles dans des séries télévisées, Kim Min-hee s’est progressivement imposée comme l’une des actrices majeures du cinéma coréen. Elle a notamment marqué les esprits dans Mademoiselle de Park Chan-wook en 2016, avant de devenir une collaboratrice régulière de Hong Sang-soo.

Elle a joué dans plusieurs de ses films, dont Un jour avec, un jour sans, Seule sur la plage la nuit, La Femme qui s’est enfuie, Introduction et By the Stream. Elle participe également à la production de plusieurs œuvres du réalisateur et occupe ici le poste de responsable de production, en plus de son rôle principal.
Son interprétation de Sang-hee lui vaut donc une deuxième récompense d’interprétation à Locarno, deux ans seulement après celle obtenue pour By the Stream.
Un casting fidèle à l’univers de Hong Sang-soo
Aux côtés de Kim Min-hee, le film réunit plusieurs habitués de l’univers du réalisateur :
- Choi Myung-gil, actrice chevronnée principalement connue pour ses nombreux rôles à la télévision, interprète la mère de Sang-hee.
- Kwon Hae-hyo, figure récurrente du cinéma de Hong Sang-soo, fait également partie de la distribution.
- Shin Seok-ho et Park Mi-so complètent le casting.
Une mise en scène minimaliste et intimiste
Fidèle à son approche, Hong Sang-soo privilégie ici une réalisation dépouillée, où les dialogues et les gestes ordinaires deviennent les véritables moteurs du récit. Tourné en noir et blanc, le film dure environ 72 minutes et a été tourné sur l’île de Jeju.
Cette économie de moyens permet au réalisateur de concentrer son regard sur les personnages, leurs silences et leurs contradictions. À Locarno, cette simplicité apparente a une nouvelle fois séduit la critique et le jury, consacrant Hong Sang-soo comme l’une des figures incontournables du cinéma d’auteur international.
Avec ce nouveau succès, Nowhere to Lay My Eyes s’inscrit déjà comme l’un des films importants de la 79e édition de Locarno. Une œuvre qui semble, une fois encore, confirmer la capacité de Hong Sang-soo à transformer les histoires les plus simples en délicates observations sur les relations humaines.
Fiche technique
Titre français : Nowhere to Lay My Eyes
Titre original : Nun Dul Dega Eomne (눈 둘 데가 없네)
Pays : Corée du Sud
Année : 2026
Genre : Drame
Durée : environ 72 minutes
Réalisation : Hong Sang-soo
Scénario : Hong Sang-soo
Production : Jeonwonsa Film
Photographie : Hong Sang-soo
Montage : Hong Sang-soo
Son : Hong Sang-soo
Musique : Hong Sang-soo
Responsable de production : Kim Min-hee
Distribution : Kim Min-hee, Choi Myung-gil, Kwon Hae-hyo, Shin Seok-ho, Park Mi-so
Lieu de tournage : île de Jeju
Première mondiale : Festival de Locarno 2026
Distribution internationale : Finecut
Sortie en Corée du Sud : prévue au second semestre 2026.
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