La comédienne sud-coréenne Ha Young, actuellement à l’affiche de la série Netflix Our Sticky Love, a présenté ses excuses publiques après une polémique concernant les activités de son arrière-grand-père durant la période de domination japonaise en Corée, entre 1910 et 1945.

© 2026 (Lee J.S./SL75)

Mardi, son agence Bistus Entertainment a publié un communiqué au nom de l’actrice, reconnaissant une erreur dans une première réponse apportée aux accusations. L’agence avait initialement affirmé que les informations concernant l’arrière-grand-père de Ha Young étaient « sans fondement ». Une vérification complémentaire a toutefois établi que le nom d’Ahn Sang-ho figurait bien, en 1916, parmi les conseillers de la Daejeong Chinmokhoe, une organisation aujourd’hui associée à la collaboration avec les autorités japonaises. L’agence a reconnu que cette première réaction avait été formulée sans vérification historique suffisamment approfondie et a présenté ses excuses. Ha Young a, de son côté, exprimé ses regrets face à la controverse.

Une polémique née d’une émission de télévision

L’affaire a débuté après l’apparition de Ha Young dans une émission de KBS, le 7 août. L’actrice y évoquait avec fierté l’histoire médicale de sa famille, expliquant notamment que son arrière-grand-père avait étudié la médecine occidentale au Japon, ouvert une clinique à Séoul et aurait soigné le roi Gojong.

Les internautes ont rapidement identifié cet ancêtre comme étant Ahn Sang-ho, présenté comme le premier Coréen à avoir obtenu une licence médicale japonaise, en 1902. Des recherches historiques ont ensuite fait ressurgir des éléments beaucoup plus controversés concernant son parcours pendant la période coloniale. Selon des documents historiques cités dans la presse coréenne, Ahn aurait notamment tenu en 1918 des propos favorables à l’assimilation à la culture japonaise. Son nom apparaît également dans les archives liées à la Daejeong Chinmokhoe, créée en 1916 et liée à des personnalités coréennes favorables à la coopération avec les autorités coloniales japonaises.

Ces éléments ont profondément changé la perception du récit familial présenté à la télévision. Ce qui devait être une évocation d’un héritage médical familial s’est ainsi transformé en débat sur la mémoire de la colonisation et sur la place des descendants de personnalités ayant collaboré avec le pouvoir japonais.

Une histoire qui reste douloureusement présente

Pour comprendre l’ampleur de la réaction en Corée du Sud, il faut rappeler que la période coloniale japonaise demeure l’un des chapitres les plus sensibles de l’histoire nationale. Entre 1910 et 1945, la péninsule coréenne fut intégrée à l’Empire japonais. La population coréenne fut soumise à une politique d’assimilation culturelle, tandis que les autorités coloniales contrôlaient étroitement la vie politique, économique et sociale. À la fin de la domination japonaise, la question de ceux qui avaient coopéré avec le régime colonial est devenue un sujet durable de mémoire et de débat politique. Dans ce contexte, les personnalités publiques sud-coréennes sont régulièrement confrontées à une exigence particulièrement forte de transparence lorsqu’un membre de leur famille est associé à la collaboration. Les révélations concernant les ascendants de célébrités peuvent provoquer de véritables tempêtes médiatiques, même lorsque les faits remontent à plusieurs générations.

Jusqu’où peut aller la responsabilité d’un héritage familial ?

C’est précisément là que l’affaire Ha Young soulève une question plus large. Une actrice peut-elle être tenue responsable des choix politiques ou idéologiques de son arrière-grand-père, effectués avant même sa naissance ?

Sur le plan moral et juridique, la réponse paraît évidente : personne ne choisit sa famille et ne peut être personnellement responsable d’actes commis par ses ancêtres. Ha Young n’est pas Ahn Sang-ho et rien ne permet, dans les éléments actuellement rapportés, de lui attribuer les actes ou les opinions de cet ancêtre.

La question est différente lorsqu’une personnalité publique présente elle-même un membre de sa famille comme un modèle ou comme une figure dont elle revendique l’héritage. Dans ce cas, la nécessité de vérifier les faits historiques devient légitime. C’est d’ailleurs précisément sur ce point que l’actrice et son agence ont reconnu leur erreur : ce n’est pas l’existence d’un lien familial qui constitue une faute, mais l’insuffisance de vérification avant de présenter publiquement cette histoire.

(Cette distinction est essentielle.)

Entre mémoire historique et « culpabilité par filiation »

La réaction du public coréen révèle également une tension particulièrement forte dans la société contemporaine. La mémoire de la colonisation demeure vivante, et la dénonciation de la collaboration avec le Japon reste profondément ancrée dans la conscience collective. Cette vigilance historique peut être compréhensible. Elle devient cependant problématique lorsque la responsabilité individuelle disparaît derrière la seule généalogie. Une société peut légitimement demander aux personnalités publiques de connaître et de respecter leur histoire nationale. Elle peut également attendre d’elles qu’elles corrigent rapidement une information erronée. Mais faire porter à une actrice contemporaine la faute morale d’un ancêtre simplement en raison du lien du sang revient à confondre mémoire, responsabilité et culpabilité. L’affaire rappelle ainsi les limites parfois très dures auxquelles sont confrontés les acteurs et actrices coréens. Une déclaration maladroite, une information familiale incomplète ou un élément retrouvé dans les archives peut rapidement prendre une ampleur considérable sur les réseaux sociaux.

Une carrière désormais placée sous surveillance

Ha Young avait commencé sa carrière en 2019 avec Dr. Prisoner, avant de se faire davantage connaître grâce à Extraordinary Attorney Woo. Elle est ensuite apparue dans The Trauma Code: Heroes on Call, avant d’obtenir l’un des rôles principaux de Our Sticky Love, nouvelle comédie romantique de Netflix dans laquelle elle donne la réplique à Jung Hae-in. La série a débuté le 7 août.

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Dans cette nouvelle production, Ha Young interprète Go Eun-sae, une procureure qui perd la mémoire et se retrouve dans un village où un ancien boxeur, interprété par Jung Hae-in, affirme être son petit ami.

La controverse intervient donc à un moment particulièrement exposé pour la comédienne, alors que sa nouvelle série vient tout juste d’être lancée et que la Corée du Sud s’apprête à commémorer, le 15 août, la libération du pays de la domination japonaise. L’affaire Ha Young rappelle finalement une réalité complexe : la mémoire historique est indispensable, mais elle ne devrait pas conduire à une culpabilité transmise automatiquement de génération en génération.

Reconnaître les erreurs du passé, enquêter avec rigueur et respecter les victimes ne signifie pas pour autant renoncer à distinguer les responsabilités. C’est précisément dans cette distinction entre mémoire et culpabilité, entre histoire familiale et responsabilité personnelle, que peut se construire un débat public plus juste.

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