En janvier 2016, Netflix faisait ses premiers pas en Corée du Sud. Dix ans plus tard, la plateforme américaine est devenue l’un des acteurs majeurs de l’essor international des contenus coréens. De Kingdom à Squid Game, en passant par The Glory, Sweet Home ou encore Physical: 100, une nouvelle génération de séries, de films et d’émissions de divertissement a contribué à installer durablement la création coréenne au cœur de la culture populaire mondiale.

L’arrivée de Netflix en Corée intervient dans un contexte où la « Hallyu », la vague culturelle coréenne, connaît déjà un développement important en Asie. Mais la plateforme va progressivement modifier l’échelle de diffusion des productions locales. En janvier 2016, Netflix étend son service à plus de 130 nouveaux pays, dont la Corée du Sud. Deux ans plus tard, en mars 2018, le spectacle de stand-up de Yoo Byung-jae, Black Comedy, devient le premier programme original coréen de Netflix.
Le véritable tournant intervient cependant avec Kingdom, lancé en janvier 2019. Réalisée par Kim Seong-hun et écrite par Kim Eun-hee, cette série historique mêlant politique, drame et zombies propose un univers profondément coréen tout en adoptant les codes d’un genre immédiatement identifiable par un public international. Elle marque surtout le début d’une stratégie devenue centrale : produire en Corée des histoires pensées dès leur conception pour pouvoir voyager dans le monde entier.

Cette stratégie va rapidement porter ses fruits. Sweet Home, Hellbound, D.P., All of Us Are Dead, The Glory ou encore Extraordinary Attorney Woo participent à la multiplication des succès internationaux. Mais aucune production ne va modifier à elle seule la visibilité mondiale de la création coréenne autant que Squid Game.

Lancée en septembre 2021, la série de Hwang Dong-hyuk devient un phénomène planétaire. Elle restera pendant 32 semaines dans le Top 10 mondial des programmes non anglophones de Netflix, dont neuf semaines à la première place. Depuis la création du classement mondial Top 10 en 2021, plus de 210 productions coréennes ont par ailleurs intégré ce classement en cinq ans.

Au-delà des chiffres, Netflix a également contribué à faire évoluer les habitudes de consommation. Les séries coréennes ne sont plus seulement destinées à un public spécialisé ou aux amateurs de K-drama : elles sont devenues accessibles simultanément dans de nombreux territoires, accompagnées de sous-titres et de doublages. Pour Squid Game saison 3, diffusée en 2025, Netflix indique ainsi avoir préparé des sous-titres dans 37 langues et des doublages dans 24 langues, auxquels s’ajoutent des dispositifs d’accessibilité.
Cette internationalisation s’est accompagnée d’un investissement croissant dans l’industrie locale. Entre 2015 et 2020, Netflix avait annoncé avoir investi environ 700 millions de dollars dans les contenus coréens et produit plus de 80 programmes en Corée. En 2023, l’entreprise a annoncé un investissement supplémentaire de 2,5 milliards de dollars sur quatre ans, destiné notamment aux séries, films et programmes de divertissement coréens.

Netflix a également renforcé ses infrastructures. En 2021, la plateforme a annoncé l’ouverture de deux installations de production dans la province de Gyeonggi, à Paju et Yeoncheon, représentant plusieurs plateaux et espaces techniques. L’objectif affiché était alors de renforcer les capacités de production tout en participant au développement de l’écosystème professionnel coréen.

Le bilan de cette première décennie ne se limite donc pas aux séries dramatiques. Netflix Korea a progressivement élargi son catalogue aux films, aux documentaires, aux émissions de téléréalité et aux programmes culinaires. Physical: 100, Single’s Inferno, Culinary Class Wars ou encore Devil’s Plan témoignent de cette diversification et montrent que le succès international du contenu coréen ne repose plus uniquement sur le K-drama.
En 2026, cette évolution se poursuit avec une programmation particulièrement large. Netflix annonce des productions couvrant la romance, le thriller, la comédie, le fantastique, le cinéma d’auteur et les programmes de divertissement.
Cette volonté de renouvellement passe également par l’arrivée de nouveaux talents. Netflix indique qu’au cours des trois dernières années, environ une série ou un film coréen sur trois diffusé sur la plateforme était l’œuvre d’un réalisateur ou d’un scénariste débutant. L’entreprise développe parallèlement des programmes de formation et des partenariats avec des organismes coréens afin de contribuer à la formation des professionnels de demain.
Le dixième anniversaire est également marqué par un rapprochement toujours plus visible avec les grands rendez-vous du cinéma coréen. Pour la 31e édition du Festival international du film de Busan, en octobre 2026, Netflix présente cinq productions, parmi lesquelles Possible Love de Lee Chang-dong, ainsi que plusieurs séries et films internationaux. Cette présence illustre la volonté de la plateforme de ne pas rester cantonnée à l’univers du streaming, mais de participer plus largement à la vie du secteur audiovisuel coréen.
Dix ans après son arrivée, Netflix Korea se trouve ainsi à un nouveau tournant. La première décennie aura été celle de la découverte : montrer au monde que les histoires coréennes pouvaient toucher un public bien au-delà de l’Asie. La prochaine devra être celle de la consolidation, avec un investissement annoncé sur le long terme, le développement de nouveaux talents et une diversification toujours plus importante des genres et des formats.
La relation entre Netflix et la création coréenne est désormais devenue réciproque. La plateforme bénéficie de la puissance créative d’une industrie particulièrement dynamique, tandis que les producteurs, réalisateurs, scénaristes et comédiens coréens disposent d’un réseau de diffusion mondial sans précédent. Pour les dix prochaines années, l’enjeu sera donc moins de conquérir le monde que de continuer à renouveler les histoires, les talents et les formes qui ont permis au contenu coréen de s’y installer durablement.
Netflix Korea fête ses dix ans, mais l’histoire ne semble qu’entrer dans son deuxième chapitre.
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