Depuis son arrivée sur Netflix le 18 septembre, The Scandal divise les spectateurs et la critique. Certains lui reprochent un rythme jugé trop lent, une adaptation trop éloignée ou, au contraire, trop proche du film de 2003, tandis que d’autres s’attardent sur des détails de costumes ou sur l’interprétation de Nana. Pourtant, derrière ces polémiques parfois étonnamment superficielles, la série de Jung Ji-woo mérite surtout d’être regardée pour ce qu’elle est : une œuvre élégante, sensuelle et ambitieuse, portée par un trio d’acteurs particulièrement convaincant.

Adaptée de l’univers des Liaisons dangereuses de Pierre Choderlos de Laclos, déjà transposé dans la Corée de Joseon avec le film Untold Scandal en 2003, The Scandal transpose à nouveau le célèbre jeu de séduction dans une société profondément marquée par les conventions, la hiérarchie et les interdits.

Au cœur du récit, Lady Cho, interprétée par Son Ye-jin, est une aristocrate brillante dont l’intelligence et les ambitions se heurtent aux limites imposées aux femmes de son époque. Elle décide de mettre au défi Jo Won, incarné par Ji Chang-wook, séducteur réputé et libertin particulièrement sûr de son pouvoir sur les femmes. Leur pari va cependant prendre une tournure beaucoup plus dangereuse lorsqu’une jeune veuve, Hui-yeon, jouée par Nana, se retrouve prise dans leur jeu. Ce qui devait être une affaire de conquête et de manipulation va progressivement faire apparaître les sentiments, les fragilités et les blessures dissimulés derrière les apparences.

C’est précisément là que The Scandal trouve son intérêt. La série ne se contente pas de reproduire mécaniquement l’intrigue des Liaisons dangereuses. Elle utilise le cadre de la société Joseon pour donner un autre poids aux notions de désir, de réputation, de liberté et de transgression. Dans une société où la condition féminine est strictement encadrée, un simple regard, une lettre ou une relation interdite peuvent devenir des actes lourds de conséquences.

Et si certains ont reproché à la série un rythme trop mesuré, ce choix peut aussi être considéré comme l’une de ses qualités. The Scandal n’est pas un thriller qui cherche à multiplier les rebondissements à chaque épisode. La série privilégie les regards, les silences, les gestes et les tensions entre les personnages. Une approche qui donne davantage de place à la psychologie et permet aux relations de se construire progressivement. Une lecture également relevée par plusieurs critiques favorables, qui ont souligné la maîtrise visuelle et la subtilité des interprétations.

Son Ye-jin est évidemment au centre de cette réussite. Pour son retour au drame historique après 24 ans, l’actrice compose une Lady Cho à la fois sophistiquée, calculatrice, vulnérable et profondément humaine. Elle évite soigneusement de réduire son personnage à celui d’une simple manipulatrice : derrière son assurance se trouve une femme qui cherche à échapper aux limites que la société lui impose.

Face à elle, Ji Chang-wook surprend dans un registre particulièrement différent de certaines de ses précédentes productions. Son Jo Won assume pleinement son statut de séducteur, avec une assurance presque provocatrice, mais l’acteur laisse progressivement apparaître les failles d’un personnage qui pensait pouvoir contrôler les sentiments comme il contrôle ses conquêtes. Son interprétation repose beaucoup sur le jeu des regards et sur une certaine ambiguïté, ce qui donne au personnage davantage de relief qu’une simple figure de libertin.

Quant à Nana, elle mérite d’être défendue face à certaines critiques particulièrement réductrices apparues depuis la diffusion. Le débat autour de son apparence, et notamment autour de ses lèvres jugées trop « modernes » par certains spectateurs, semble surtout révéler les excès auxquels peuvent conduire les discussions en ligne. La question mérite évidemment d’être posée lorsqu’il s’agit d’une fiction historique, mais réduire l’interprétation d’une actrice à un détail physique paraît bien insuffisant pour juger son travail.

Nana apporte au contraire à Hui-yeon une forme de retenue qui correspond à une femme ayant vécu pendant des années dans la contrainte et la solitude. Son personnage évolue précisément parce qu’elle découvre progressivement ce que signifie faire un choix pour elle-même. Cette transformation constitue l’un des fils émotionnels importants de la série.

Mais The Scandal ne repose pas uniquement sur ses acteurs. La véritable force de la production réside aussi dans son extraordinaire travail visuel. Les décors, les palais, les demeures aristocratiques, les jardins et les intérieurs composent un univers d’une grande richesse. La photographie privilégie les compositions soignées, les jeux d’ombre et de lumière et une palette qui donne aux scènes une dimension presque picturale.

Les costumes participent pleinement à cette réussite. Hanbok, coiffures, accessoires et codes vestimentaires ne servent pas uniquement à situer l’action dans le temps : ils participent à la caractérisation des personnages et à la représentation d’une société où l’apparence constitue une forme de langage. Les traditions, les règles sociales et les usages de l’époque deviennent ainsi partie intégrante de la narration.

Certains spectateurs ont également reproché à The Scandal de ne pas être suffisamment « scandaleux » au regard de son titre. Là encore, l’objection paraît discutable. La série n’a pas besoin de multiplier les scènes provocatrices pour traiter du désir et de la transgression. Dans le Joseon de The Scandal, le véritable scandale réside justement dans le fait de vouloir sortir du rôle qui vous est assigné. La sensualité passe alors autant par un geste, un silence ou une proximité que par une scène explicitement sexuelle.

Il est également difficile de reprocher à la série son existence même au motif qu’elle s’inscrit dans la continuité du film de 2003. Les deux œuvres partagent évidemment une même inspiration, mais The Scandal est avant tout une nouvelle lecture du matériau original, avec un format différent et une volonté plus marquée de développer les personnages et leurs contradictions.

Les critiques négatives ne sont donc pas sans intérêt, notamment lorsqu’elles interrogent le rythme ou certains choix narratifs. Mais elles ne doivent pas faire oublier les qualités concrètes de la série. Surtout, les polémiques les plus anecdotiques — qu’il s’agisse d’un détail physique d’une actrice ou de débats très pointilleux sur la représentation historique — finissent parfois par détourner l’attention de l’essentiel : la qualité de la réalisation, de l’interprétation, des décors et de la direction artistique.

The Scandal confirme surtout une nouvelle fois l’impressionnante capacité des productions sud-coréennes à associer narration populaire, ambition artistique et exigence visuelle. Qu’il s’agisse de cinéma, de séries contemporaines ou de drames historiques, la Corée du Sud continue de démontrer qu’une production destinée au grand public peut également bénéficier d’une véritable identité esthétique et d’un travail particulièrement soigné sur les personnages.

Avec The Scandal, Netflix propose finalement bien davantage qu’une nouvelle adaptation des Liaisons dangereuses. C’est un drame historique élégant, sensuel et visuellement remarquable, porté par trois comédiens qui donnent à cette histoire de désir, de pouvoir et de liberté une véritable profondeur. Une série qui mérite donc d’être jugée sur l’ensemble de ses qualités plutôt que sur quelques controverses de circonstance — et qui rappelle, une fois encore, pourquoi les productions sud-coréennes occupent aujourd’hui une place aussi importante dans le paysage audiovisuel international.

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