Le nouveau film de Lee Chang-dong, Possible Love, connaît une remarquable reconnaissance internationale. Récompensé par le Lion d’argent – Grand Prix du jury à la 83e Mostra de Venise, puis sélectionné dans plusieurs grands festivals internationaux, le long métrage s’est imposé comme l’une des œuvres coréennes les plus remarquées de l’année. Pourtant, derrière ce succès se cache une réalité beaucoup moins réjouissante : le projet a failli ne jamais voir le jour, faute d’investisseurs en Corée du Sud.

Disponible sur Netflix depuis le 6 novembre, Possible Love marque le retour derrière la caméra de Lee Chang-dong, huit ans après Burning. Pour ce nouveau long métrage, le cinéaste a réuni une distribution prestigieuse avec Sol Kyung-gu, Jeon Do-yeon, Zo In-sung et Cho Yeo-jeong.

Le récit suit deux couples mariés dont les destins se croisent autour de la réalisation d’un documentaire. Le premier est composé d’un homme qui vient de perdre son emploi et de son épouse. Le second réunit une réalisatrice de documentaires et son mari. Au fil de ce projet commun, leurs univers respectifs se rencontrent, faisant progressivement apparaître les différences sociales, les aspirations personnelles et les désirs enfouis de chacun. À travers ces trajectoires croisées, Lee Chang-dong poursuit son exploration des relations humaines et des contradictions de la société contemporaine.

Avant même sa sortie sur Netflix, le film avait déjà réalisé un parcours international exceptionnel. Il est devenu le premier long métrage sud-coréen à recevoir le Lion d’argent – Grand Prix du jury à la Mostra de Venise. Il a également été invité au Festival international du film de Toronto et au Festival du film de New York. La Corée du Sud l’a par ailleurs choisi pour la représenter dans la catégorie du meilleur film international à la 99e cérémonie des Oscars.

Aux Gotham Awards, il a obtenu trois nominations, notamment dans les catégories du meilleur film international et du meilleur scénario, ainsi qu’une nomination pour la performance principale de Jeon Do-yeon. Il a également remporté le prix du meilleur film lors de la 46e cérémonie des Korean Association of Film Critics Awards. Autant de distinctions qui confirment l’accueil très favorable réservé à cette œuvre.

Mais son parcours vers les écrans a été particulièrement difficile. Initialement conçu pour une sortie en salles, Possible Love disposait d’un budget de production estimé à huit milliards de wons, soit environ 5,7 millions de dollars. Le projet avait même été retenu dans le cadre d’un programme de soutien aux productions coréennes de moyen budget, porté par le Conseil du cinéma coréen, qui lui avait accordé une aide de 1,5 milliard de wons.

Malgré ce premier soutien, les producteurs n’ont pas réussi à réunir les financements complémentaires nécessaires. Faute d’investisseurs prêts à s’engager, l’avenir du film est devenu incertain. L’équipe a finalement dû renoncer à la subvention publique, tandis que le projet risquait purement et simplement l’abandon. C’est finalement Netflix, qui avait déjà manifesté son intérêt pour le travail de Lee Chang-dong, qui a permis au film de trouver une issue.

Cette situation met en lumière les difficultés croissantes auxquelles est confrontée l’industrie cinématographique sud-coréenne. Depuis la pandémie de Covid-19, la fréquentation des salles a diminué, les habitudes du public ont évolué et les incertitudes concernant les recettes au box-office ont profondément modifié les stratégies d’investissement.

Les producteurs et les investisseurs privilégient désormais davantage les projets présentant des perspectives commerciales jugées suffisamment solides. Même la présence d’un réalisateur reconnu et d’acteurs parmi les plus populaires du pays ne garantit plus l’obtention des financements nécessaires. Les films plus atypiques, les récits moins conventionnels et les œuvres dont le potentiel commercial est difficile à anticiper se retrouvent particulièrement fragilisés.

Si les grandes productions et les films de genre restent indispensables à l’équilibre économique du secteur, la concentration des investissements sur les projets considérés comme les plus rentables risque de réduire progressivement la diversité de la création cinématographique.

Le cas de Possible Love illustre parfaitement cette contradiction. Un film porté par l’un des réalisateurs les plus respectés du cinéma coréen, récompensé à Venise, sélectionné dans les plus grands festivals et désormais en lice pour les Oscars, a pourtant failli ne jamais être achevé dans son propre pays.

Son parcours rappelle que la reconnaissance artistique et le prestige international ne suffisent plus toujours à convaincre les investisseurs. Et derrière les difficultés rencontrées par ce film se pose une question essentielle pour l’avenir du cinéma sud-coréen : comment préserver une création audacieuse et diversifiée lorsque les impératifs de rentabilité prennent une place toujours plus importante dans les décisions de financement ?

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