Face à un marché de l’emploi particulièrement compétitif en Corée du Sud, un nombre croissant de jeunes diplômés choisissent de débuter leur carrière au Japon. Ce mouvement, porté par les besoins croissants des entreprises japonaises et les difficultés d’insertion des jeunes Coréens, contribue à renforcer les échanges entre les deux pays.

© (Newscom/SL75)

À l’origine de cette tendance figure notamment l’initiative de Moe Kasugai, une entrepreneure japonaise installée à Séoul. Alors qu’elle étudiait à l’université Yonsei, l’une des plus prestigieuses de Corée du Sud, elle s’est étonnée de voir de brillants étudiants peiner à décrocher un premier emploi malgré leurs excellents résultats académiques et leur maîtrise du japonais.

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Convaincue qu’une partie de ces talents pourrait trouver de meilleures perspectives au Japon, elle fonde en 2019 la société KOREC, spécialisée dans la mise en relation entre candidats sud-coréens et entreprises japonaises. Son objectif est de répondre simultanément aux difficultés d’embauche des jeunes Coréens et au manque de main-d’œuvre qualifiée auquel fait face le Japon.

Deux marchés du travail aux besoins opposés

La Corée du Sud souffre depuis plusieurs années d’un déficit d’emplois qualifiés destinés aux jeunes diplômés. Les grands groupes, à l’image de Samsung, privilégient de plus en plus les profils déjà expérimentés, tandis que les salariés plus âgés restent plus longtemps en activité.

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À l’inverse, le Japon, confronté au vieillissement rapide de sa population, peine à recruter suffisamment de jeunes diplômés pour alimenter ses programmes de formation en entreprise. Les sociétés japonaises continuent en effet de miser sur l’embauche de nouveaux diplômés qu’elles forment en interne dès leur arrivée.

Cette complémentarité explique l’intérêt croissant des entreprises japonaises pour les candidats sud-coréens, notamment dans les secteurs de l’informatique, des nouvelles technologies, du commerce ou encore du développement de jeux vidéo.

Une demande en forte progression

Le succès de cette formule attire désormais de nouveaux acteurs. En 2026, les plateformes spécialisées Wanted Lab, en Corée du Sud, et LAPRAS, au Japon, ont lancé des services similaires à ceux de KOREC, rejoignant ainsi le pionnier japonais Mynavi.

Séoul a également accueilli plusieurs salons de recrutement exclusivement consacrés aux entreprises japonaises. Des groupes tels que Canon Imaging Systems ou Azbil y sont venus rencontrer de jeunes candidats désireux de construire leur carrière au Japon.

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Les chiffres illustrent cette évolution. En juin, le taux de chômage des jeunes atteignait 7 % en Corée du Sud, contre seulement 2,5 % de chômage global au Japon. Selon le Service coréen de développement des ressources humaines, 2 257 jeunes Sud-Coréens ont trouvé un emploi au Japon en 2025 grâce à des programmes publics, soit une hausse de 47 % par rapport à l’année précédente. Le Japon est ainsi devenu leur première destination professionnelle à l’étranger, devant les États-Unis, où les départs ont reculé de 29 %.

Le Japon séduit les jeunes diplômés

Pour de nombreux étudiants coréens, l’intérêt ne se limite pas aux perspectives d’emploi. Les entreprises japonaises offrent généralement des programmes de formation destinés aux nouveaux diplômés, une pratique devenue plus rare en Corée du Sud.

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Kim Si-hyeon, étudiante en quatrième année d’études japonaises à l’université Dongguk, espère ainsi intégrer une entreprise japonaise dans les domaines de l’intelligence artificielle ou des technologies de l’information. Comme beaucoup de candidats présents lors d’un salon organisé par KOREC, elle considère le Japon comme une opportunité d’acquérir une véritable expérience professionnelle dès le début de sa carrière.

Des profils particulièrement recherchés

Pour Lee Chang-min, professeur à l’université Hankuk des études étrangères, les jeunes diplômés sud-coréens représentent un vivier particulièrement attractif pour les entreprises japonaises.

La proximité culturelle entre les deux pays, combinée à une excellente maîtrise de la langue japonaise chez de nombreux candidats, constitue un avantage considérable. Les employeurs apprécient également leur capacité d’adaptation, leur réactivité et leur rigueur professionnelle.

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Tomoya Hattori, dirigeant du cabinet de conseil japonais Energize, explique que la nationalité importe finalement moins que les compétences : les entreprises recherchent avant tout les meilleurs profils, quel que soit leur pays d’origine.

Un défi : fidéliser les talents

Cette ouverture vers les talents étrangers n’est toutefois pas sans difficultés. Les entreprises japonaises restent attachées à une culture de l’emploi de long terme, alors que les jeunes travailleurs sud-coréens changent plus facilement d’employeur afin d’obtenir de meilleures perspectives d’évolution ou une rémunération plus élevée.

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Selon Moe Kasugai, cette différence de culture professionnelle constitue aujourd’hui l’un des principaux défis pour les recruteurs japonais. Elle estime néanmoins que les mentalités évoluent progressivement, les jeunes Japonais étant eux aussi de plus en plus nombreux à changer d’entreprise au cours de leur carrière.

Au-delà de l’emploi, un rapprochement entre les deux pays

Au-delà des enjeux économiques, cette mobilité professionnelle participe également au rapprochement entre le Japon et la Corée du Sud, dont les relations demeurent parfois sensibles en raison de leur histoire commune.

Les échanges humains se multiplient également dans d’autres domaines. Les mariages entre ressortissants japonais et sud-coréens sont en hausse, tandis que les Sud-Coréens constituent désormais le premier contingent de visiteurs étrangers au Japon.

Pour Moe Kasugai, chaque recrutement favorise une meilleure compréhension entre les deux sociétés. Travailler ensemble permet aux jeunes Japonais et Coréens de mieux connaître leurs cultures respectives et de créer des liens qui dépassent largement le cadre professionnel, contribuant ainsi à renforcer les relations entre les deux voisins d’Asie de l’Est.

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