Le Japon est le pays où le vieillissement de la population est l’un des plus avancés au monde. Confronté à une hausse constante du nombre de seniors isolés, le gouvernement met en place un dispositif destiné à garantir un accompagnement digne tout au long de la fin de vie, mais également après le décès.

Longtemps, les proches assuraient naturellement les démarches administratives, l’accompagnement quotidien ou encore l’organisation des funérailles. Mais avec l’évolution des structures familiales, la baisse de la natalité et l’augmentation du nombre de personnes vivant seules, cette solidarité traditionnelle s’effrite, laissant de nombreux aînés sans soutien. Ces dernières années, de nombreuses entreprises privées se sont spécialisées dans les services d’accompagnement des personnes âgées isolées. Elles proposent notamment une aide pour les démarches administratives, les hospitalisations, l’entrée en maison de retraite ou encore la gestion des affaires post-mortem. Cependant, ces prestations restent souvent onéreuses et suscitent un nombre croissant de litiges. Selon le Centre national des affaires des consommateurs du Japon, les demandes de renseignements concernant ces prestataires sont passées de 158 au cours de l’exercice 2021 à 421 en 2024. Les principales critiques portent sur la fiabilité de certains opérateurs, les clauses contractuelles parfois abusives et les frais d’annulation particulièrement élevés. Dans certains cas, les montants exigés atteignent plusieurs centaines de milliers, voire plusieurs millions de yens, rendant ces services inaccessibles pour les personnes aux revenus modestes.

Face à cette situation, le Parlement japonais a adopté une révision de la loi sur la protection sociale visant à mieux protéger les personnes âgées sans soutien familial. Ce nouveau cadre légal organise désormais l’accompagnement dans les actes essentiels de la vie : accès aux services sociaux, formalités d’hospitalisation ou d’admission en établissement spécialisé, mais aussi organisation des obsèques et gestion des démarches administratives après le décès. Les conseils locaux d’action sociale, en collaboration avec des opérateurs privés, seront les principaux acteurs de ce dispositif, tandis que les conseils préfectoraux veilleront à son déploiement sur l’ensemble du territoire afin d’éviter les inégalités entre régions. Les personnes disposant de faibles ressources pourront bénéficier gratuitement ou à moindre coût de ces services.

Certaines collectivités n’ont toutefois pas attendu cette réforme pour agir. La ville de Yokosuka, dans la préfecture de Kanagawa, fait figure de pionnière. Dès 2015, elle lançait un « Programme d’accompagnement à la planification des obsèques » destiné aux personnes âgées sans proches et disposant de revenus modestes. Ce dispositif leur permet de conclure à l’avance un contrat avec une entreprise de pompes funèbres partenaire. Pour l’exercice 2026, le coût de cette prestation s’élève à 270 000 yens (environ 1 660 dollars), ou à seulement 50 000 yens (environ 310 dollars) pour les bénéficiaires de l’aide sociale. La municipalité garantit également le respect des souhaits du défunt concernant ses funérailles et son inhumation. En parallèle, des bénévoles spécialement formés au système japonais de tutelle des adultes rendent régulièrement visite aux participants afin de veiller à leur bien-être.

En 2018, Yokosuka a renforcé son dispositif en créant un « Registre de fin de vie », accessible à l’ensemble de ses habitants. Chacun peut y consigner des informations essentielles telles que ses contacts d’urgence, son médecin traitant, ses volontés funéraires ou encore le lieu choisi pour son inhumation.

À travers ces réformes, le Japon ne répond pas seulement à une urgence démographique : il redéfinit la manière dont une société peut accompagner ses citoyens les plus vulnérables jusqu’au terme de leur existence. Cette approche, fondée sur l’anticipation, la dignité et la solidarité publique, pourrait bien inspirer d’autres pays. Car si le Japon est souvent présenté comme le laboratoire mondial du vieillissement, l’Europe et l’ensemble des pays occidentaux connaissent eux aussi une progression rapide du nombre de personnes âgées vivant seules. L’allongement de l’espérance de vie, l’éclatement des cellules familiales et l’isolement social deviennent des défis majeurs.

Les mesures mises en œuvre au Japon montrent qu’il est possible d’anticiper ces évolutions en construisant des dispositifs publics adaptés. Une source d’inspiration dont les sociétés occidentales auraient sans doute intérêt à s’inspirer avant que cette réalité ne s’impose avec la même intensité.

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