Dans la campagne de Seongju, le village historique de Hangae se pare chaque été de grappes roses et pourpres de lilas des Indes. Entre hanok, vieux murs de pierre et collines verdoyantes, la floraison offre un décor où la nature semble dialoguer avec cinq siècles d’histoire.

Dans le district de Seongju-gun, dans la province du Gyeongsangbuk-do, le village de Hangae, situé à Wolhang-myeon, dévoile en été un visage particulièrement spectaculaire. Ici, les fleurs du lilas des Indes (Lagerstroemia indica), appelé en Corée baerongnamu, accompagnent les anciennes demeures traditionnelles et les murs de pierre qui serpentent entre les maisons.

Lorsque les arbres entrent en floraison, leurs abondantes grappes roses, mauves ou pourpres ponctuent les ruelles du village. Certaines se dressent notamment autour des anciennes demeures et des édifices historiques, créant une succession de scènes où les couleurs estivales contrastent avec les tons sobres du bois et de la terre. La floraison du baerongnamu est ainsi devenue l’un des attraits visuels de Hangae pendant la saison chaude.
Un village né sous la dynastie Joseon
L’histoire de Hangae remonte au XVe siècle. Vers 1450, sous le règne du roi Sejong, Yi U, qui avait exercé la fonction de magistrat de Jinju, s’installa dans cette région. Le village devint progressivement le lieu de résidence de la branche Seongsan de la famille Yi, qui y demeura durant plusieurs générations.

Le nom même de Hangae évoque son environnement naturel. Selon les explications historiques, le terme coréen han-gae renvoie à l’idée d’un « grand cours d’eau » ou d’un « grand gué », en référence aux eaux qui traversaient autrefois les environs du village.
Au fil des siècles, Hangae s’est affirmé comme un important village de lettrés. Plusieurs membres de la famille Yi réussirent les concours de la fonction publique de l’époque, tandis que le village donna naissance à plusieurs érudits confucéens et personnalités importantes de l’histoire régionale. Parmi eux figurent notamment Yi Won-jo et Yi Jin-sang, ainsi que Yi Seung-hui, engagé plus tard dans le mouvement indépendantiste coréen.
Une architecture préservée dans son écrin naturel
Hangae ne se résume pourtant pas à son histoire familiale. C’est l’ensemble du village qui constitue son principal trésor.

Installé au pied du mont Yeongchwisan, Hangae présente une configuration traditionnelle de type baesanimsu : la montagne protège l’arrière du village tandis que les cours d’eau s’écoulent à l’avant. Cette organisation, associée aux principes traditionnels de géomancie coréenne, contribue à donner au site son caractère particulièrement harmonieux.
Les ruelles sont bordées de murs de pierre et de terre, derrière lesquels apparaissent les toits incurvés des hanok. La plupart des demeures historiques encore conservées datent principalement de la fin du XVIIIe et du début du XIXe siècle. Plusieurs maisons anciennes, parmi lesquelles les résidences Gyori-daek, Eungwa Jongtaek ou Hanju Jongtaek, sont elles-mêmes protégées au titre du patrimoine culturel régional.
Autrefois plus vaste, le village comptait plus d’une centaine de maisons. Il en subsiste aujourd’hui plusieurs dizaines, suffisamment nombreuses pour conserver la structure d’un véritable village traditionnel habité, plutôt que celle d’un simple musée à ciel ouvert.
Cette remarquable continuité historique a conduit à la reconnaissance officielle de Hangae comme patrimoine culturel national en 2007. Le site est aujourd’hui classé comme village traditionnel d’importance patrimoniale par les autorités coréennes.
Le rose des fleurs sur les vieilles pierres
C’est toutefois en été que Hangae offre l’une de ses images les plus saisissantes.

Le lilas des Indes, arbre apprécié pour sa longue floraison estivale, trouve ici un écrin idéal. Ses fleurs apparaissent au-dessus des murs, près des anciennes demeures et autour des petits édifices traditionnels. Leur profusion transforme alors les ruelles tranquilles en un paysage presque pictural.
À proximité de Hanju Jongsa, notamment, les lagerstroemias composent avec l’architecture traditionnelle une scène particulièrement recherchée par les photographes. Les fleurs semblent prolonger les couleurs des tuiles et du bois ancien, tandis que la végétation environnante rappelle que Hangae reste profondément lié à son paysage rural.
Cette association entre patrimoine architectural et floraison estivale explique en partie pourquoi Hangae est devenu un lieu apprécié pour les promenades photographiques durant la saison du baerongnamu. Les arbres ne constituent pas seulement un décor ajouté au patrimoine : ils participent pleinement à l’atmosphère du village.
Une autre manière de découvrir la Corée traditionnelle
Loin des grandes métropoles et des sites touristiques les plus fréquentés, Hangae offre ainsi une vision plus intime de la Corée historique. Ici, le patrimoine ne se découvre pas uniquement dans un palais ou un musée : il se lit dans l’organisation des maisons, dans les murs qui accompagnent les chemins, dans les arbres anciens et dans le paysage qui entoure le village.
Au cœur de l’été, lorsque les lilas des Indes déploient leurs fleurs éclatantes, Hangae semble alors suspendu entre deux saisons de l’histoire coréenne : celle des lettrés et des grandes familles de Joseon, conservée dans les hanok, et celle d’une campagne contemporaine qui continue de vivre autour de ce patrimoine.
À Seongju, les fleurs ne viennent donc pas simplement embellir le vieux village. Chaque été, elles lui donnent une nouvelle lumière — un éclat rose et pourpre posé sur plusieurs siècles de mémoire coréenne.
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