Après plus de quatre siècles d’histoire, le pavillon de Gwanghanru, situé à Namwon, dans la province de Jeolla du Nord, vient d’être officiellement inscrit au rang de trésor national par l’Administration du patrimoine culturel sud-coréenne. Une reconnaissance qui consacre l’un des plus remarquables témoignages de l’architecture de la dynastie Joseon (1392-1910), mais aussi un haut lieu de la littérature et des traditions culturelles coréennes.

Surnommé depuis des siècles « Honam Jeilru », autrement dit « le plus prestigieux pavillon de la région de Honam », Gwanghanru est considéré comme l’un des plus beaux pavillons traditionnels du pays. Édifié au cœur d’un vaste jardin paysager, il domine un étang agrémenté de trois îles artificielles, reliées par le célèbre pont de pierre d’Ojak, offrant un panorama qui a inspiré des générations de poètes, d’érudits et d’artistes.


L’histoire du monument remonte à 1419, lorsque le célèbre homme d’État Hwang Hui fit construire un premier pavillon durant une période d’exil politique. Celui-ci fut toutefois entièrement détruit en 1597, au cours des invasions japonaises de la péninsule coréenne. L’édifice actuel date de 1626, année où le magistrat de Namwon, Shin Gam, entreprit sa reconstruction. Depuis lors, les habitants de la région n’ont cessé d’entretenir le site, permettant à cette remarquable réalisation du début du XVIIᵉ siècle de traverser les siècles dans un état de conservation exceptionnel. Au-delà de sa valeur historique, Gwanghanru occupe une place majeure dans l’imaginaire culturel coréen. Le pavillon sert en effet de décor au célèbre « Conte de Chunhyang », l’une des plus grandes œuvres de la littérature classique coréenne, également popularisée par le pansori, forme traditionnelle de récit chanté inscrite au patrimoine culturel immatériel. Cette histoire d’amour entre deux jeunes gens séparés par leur différence de statut social est devenue l’un des récits les plus emblématiques de la Corée.

Pendant des siècles, Gwanghanru fut également un véritable centre intellectuel. Les lettrés de la région s’y retrouvaient pour composer des poèmes, échanger sur la philosophie confucéenne ou débattre des affaires politiques, dans un cadre naturel propice à la réflexion.
Sur le plan architectural, le pavillon constitue un chef-d’œuvre de l’art de bâtir de la fin de la dynastie Joseon. Son vaste hall central, entièrement ouvert, repose sur un ingénieux système de trois poutres structurelles superposées qui lui confèrent à la fois solidité et élégance. L’intérieur est richement décoré de sculptures représentant des dragons et des tortues, symboles traditionnels de puissance, de longévité et de protection.

Le bâtiment se distingue également par plusieurs éléments rares. Son aile nord, baptisée Yoseongak, abrite une pièce équipée d’un ondol, le traditionnel système coréen de chauffage par le sol, intégré de manière exceptionnelle dans un pavillon de ce type. À l’ouest, le Wollang, un escalier couvert ajouté en 1881, remplit une double fonction : offrir une entrée monumentale tout en jouant un rôle essentiel dans la stabilité de l’édifice, en compensant son inclinaison naturelle vers l’arrière.
Selon l’Administration du patrimoine culturel, Gwanghanru illustre parfaitement la rencontre entre un artisanat du bois d’une grande sophistication et des solutions techniques particulièrement innovantes pour l’époque. Les autorités ont annoncé travailler avec la municipalité de Namwon afin de renforcer la protection du pavillon ainsi que de ses jardins historiques.
Avec ce nouveau classement, Gwanghanru rejoint le cercle très restreint des monuments les plus précieux du patrimoine sud-coréen. Le pavillon demeure un symbole vivant de l’histoire, de la littérature et de l’identité culturelle de la Corée.
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