La Chine a franchi une nouvelle étape dans son bras de fer avec le Japon en inscrivant 20 entreprises et organisations japonaises supplémentaires sur sa liste de contrôle des exportations. Parmi les entités visées figurent notamment le National Institute for Defense Studies, plusieurs centres de recherche militaires ainsi que des filiales du groupe Mitsubishi spécialisées dans la défense.

Cette décision interdit aux exportateurs chinois de fournir à ces organismes des biens à double usage, c’est-à-dire des produits, technologies ou matériaux pouvant être utilisés aussi bien à des fins civiles que militaires. Les entreprises étrangères ne pourront pas non plus leur transférer des biens d’origine chinoise relevant de cette catégorie, tandis que les contrats en cours devront être suspendus. Dans un communiqué, le ministère chinois du Commerce a défendu des mesures jugées « pleinement justifiées, raisonnables et conformes au droit ». Pékin affirme vouloir freiner ce qu’il qualifie de « remilitarisation » du Japon ainsi que ses prétendues ambitions nucléaires. Les autorités chinoises assurent toutefois que les entreprises japonaises respectant la législation « n’ont aucune raison de s’inquiéter ».

Les biens à double usage concernés comprennent notamment les terres rares et les matériaux stratégiques indispensables à la fabrication d’aimants de haute performance, utilisés aussi bien dans les véhicules électriques que dans les équipements militaires. Parmi les nouvelles entités sanctionnées figurent également le Ground Systems Research Center, le Naval Systems Research Center et l’Air Systems Research Center. En parallèle, Pékin a placé 20 autres entreprises japonaises, dont Mitsui E&S, Mitsui Bussan Aerospace et Terra Drone, sur une liste de surveillance renforcée.

Les exportateurs souhaitant fournir ces sociétés devront désormais présenter une évaluation détaillée des risques ainsi qu’une garantie écrite attestant que les produits exportés ne contribueront pas au renforcement des capacités militaires japonaises. Ces nouvelles restrictions s’inscrivent dans une stratégie de pression engagée par Pékin depuis plusieurs mois. En février dernier, la Chine avait déjà imposé des contrôles similaires à 20 entreprises japonaises, dont Mitsubishi Shipbuilding, limitant notamment leur accès aux terres rares chinoises telles que le dysprosium, l’yttrium ou encore le samarium, des ressources essentielles pour les industries de haute technologie.

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Les tensions se sont accentuées après les déclarations de la Première ministre japonaise Sanae Takaichi, qui avait évoqué en novembre dernier la possibilité d’une intervention militaire en cas de crise autour de Taïwan. Depuis, Tokyo a multiplié les initiatives militaires. En mars, le Japon a déployé pour la première fois des missiles nationaux de longue portée ainsi que de nouveaux projectiles hypersoniques sur plusieurs bases militaires. En mai, les Forces d’autodéfense japonaises ont également procédé à un premier tir de missiles antinavires depuis les Philippines dans le cadre d’exercices conjoints avec les États-Unis.

Pour Pékin, ces évolutions illustrent une dérive vers un « nouveau militarisme », une accusation que le gouvernement japonais rejette catégoriquement. Tokyo rappelle que son renforcement militaire répond à un environnement sécuritaire régional de plus en plus dégradé et souligne le manque de transparence du programme de modernisation militaire chinois. Les autorités chinoises critiquent également les débats apparus au Japon autour d’une éventuelle acquisition de sous-marins à propulsion nucléaire et de la révision de certains principes de la politique antinucléaire du pays, bien que le gouvernement japonais continue d’affirmer qu’il ne cherche pas à se doter de l’arme nucléaire.

Pour les analystes, cette escalade devrait se poursuivre. Maki Nakagawa, ancienne commandante de l’unité de renseignement des Forces terrestres d’autodéfense et chercheuse au sein d’un groupe de réflexion, estime que Pékin combine désormais pressions politiques, économiques et militaires afin de contraindre Tokyo à infléchir sa politique.

Selon elle, les restrictions commerciales, combinées à la récente arrestation de deux ressortissants japonais soupçonnés d’avoir exporté illégalement des produits soumis à contrôle, témoignent d’une stratégie graduelle visant à accroître la pression sur le Japon. Une dynamique qui, selon les experts, pourrait encore s’intensifier dans les prochains mois.

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