À l’occasion du 81e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale, la Première ministre japonaise Sanae Takaichi a choisi de ne pas se rendre au sanctuaire Yasukuni, à Tokyo, un lieu hautement controversé en Asie. Cette décision semble destinée à éviter une nouvelle détérioration des relations déjà difficiles entre le Japon, la Chine et la Corée du Sud.

Dans son discours commémoratif prononcé samedi, la cheffe du gouvernement a rendu hommage aux victimes japonaises de la guerre, notamment celles des bombardements atomiques d’Hiroshima et de Nagasaki, aux morts d’Okinawa ainsi qu’aux soldats disparus sur les différents fronts à l’étranger. Elle a présenté leur sacrifice comme l’un des fondements de la paix et de la prospérité du Japon actuel.

Sanae Takaichi a également réaffirmé l’engagement du Japon en faveur de la paix internationale et déclaré que son pays devait continuer à jouer un rôle important face aux défis mondiaux. Elle n’a toutefois fait aucune référence directe aux agressions et aux atrocités commises par le Japon en Asie, ni présenté de nouvelles excuses aux victimes des pays concernés.

Une absence remarquée à Yasukuni

Le sanctuaire Yasukuni honore les Japonais morts pour leur pays, mais il abrite également les noms de plusieurs responsables condamnés pour crimes de guerre après 1945. Les visites de responsables politiques japonais y sont régulièrement dénoncées par Pékin et Séoul, qui y voient un manque de reconnaissance du passé militaire japonais.

Alors que Sanae Takaichi avait par le passé indiqué qu’elle souhaitait se recueillir à Yasukuni le 15 août, elle n’y a finalement pas effectué de visite. Elle avait toutefois déjà envoyé des offrandes au sanctuaire à l’occasion de ses cérémonies saisonnières.

Cette décision intervient dans un contexte diplomatique particulièrement sensible. Les relations entre Tokyo et Pékin se sont notamment tendues après des déclarations de la Première ministre concernant l’éventualité d’une attaque chinoise contre Taïwan et la possibilité que celle-ci constitue une menace directe pour la sécurité du Japon.

Le ministre de la Défense à Yasukuni

L’absence de la Première ministre n’a cependant pas empêché plusieurs membres de son gouvernement et du Parti libéral-démocrate de se rendre au sanctuaire.

Le ministre de la Défense Shinjiro Koizumi a notamment effectué une visite personnelle à Yasukuni. Fils de l’ancien Premier ministre Junichiro Koizumi, dont les visites au sanctuaire avaient provoqué de fortes réactions en Chine, il entretient depuis plusieurs années cette pratique à l’occasion de l’anniversaire de la fin de la guerre.

Trois responsables du Parti libéral-démocrate se sont également recueillis ensemble au sanctuaire et ont remis des offrandes au nom de Sanae Takaichi en sa qualité de dirigeante du parti. Le secrétaire général du PLD, Shunichi Suzuki, a expliqué que cette démarche avait été effectuée en tenant compte des pensées de la Première ministre envers les morts de guerre.

Une question historique toujours sensible

La question de la mémoire de la guerre demeure l’un des sujets les plus sensibles de la diplomatie japonaise. Pékin et Séoul demandent régulièrement à Tokyo de reconnaître plus clairement les violences commises pendant la période impériale japonaise, notamment en Chine et dans la péninsule coréenne.

Sanae Takaichi s’est jusqu’ici montrée réticente à reconnaître certaines responsabilités historiques et a déclaré appartenir à une génération née après la guerre, sans responsabilité personnelle dans les actes commis à cette époque. Proche de l’ancien Premier ministre Shinzo Abe, elle s’inscrit dans une tendance conservatrice qui souhaite notamment remettre en question ce qu’elle considère comme une vision excessivement critique de l’histoire japonaise.

© 2026 (Newscom/SL75)

Depuis plusieurs années, les gouvernements japonais successifs ont évité de nouvelles excuses formelles, même si certains dirigeants ont continué à exprimer des regrets. En 2025, l’ancien Premier ministre Shigeru Ishiba avait ainsi évoqué le « remords » suscité par la guerre et reconnu qu’elle avait été une erreur, sans toutefois prononcer d’excuses explicites concernant les agressions japonaises en Asie.

En choisissant de ne pas se rendre à Yasukuni cette année, Sanae Takaichi semble donc avoir privilégié la prudence diplomatique. Mais son silence sur les responsabilités historiques du Japon montre que, plus de huit décennies après la fin du conflit, la question de la mémoire de guerre reste profondément présente dans la politique japonaise et dans ses relations avec ses voisins asiatiques.

© 2026 (SL75)

Tendances