À quelques semaines de la grande saison du kimjang, période traditionnelle consacrée à la préparation du kimchi pour l’hiver, le marché sud-coréen du chou chinois connaît une importante chute des cours. Une situation favorable aux consommateurs, mais particulièrement préoccupante pour les producteurs, confrontés à une surabondance de récoltes et à des difficultés croissantes pour écouler leur production.

A Haenam, dans la province du Jeolla du Sud, l’une des principales zones de production de ce légume, les exploitants observent avec inquiétude l’effondrement des prix. Sur les marchés de gros, le baechu, nom coréen du chou chinois, s’échangeait à 4 792 wons pour 10 kilos, soit environ 3,57 dollars. Ce tarif représente une baisse de 45,6 % par rapport aux 8 808 wons enregistrés à la même date en 2025.
Une récolte exceptionnellement abondante
Cette chute s’explique principalement par une augmentation importante de la production. Contrairement à l’été 2025, marqué par de fortes chaleurs et des précipitations qui avaient perturbé les cultures et réduit les rendements, les conditions météorologiques de cette année ont été nettement plus favorables.

Le chou chinois étant une plante qui se développe particulièrement bien sous des températures fraîches, l’été moins chaud de 2026 a permis d’obtenir des récoltes abondantes et de meilleure qualité. La production automnale pourrait ainsi dépasser de près de 20 % celle de l’année précédente.
À cette amélioration des rendements s’ajoute une augmentation des surfaces consacrées au chou d’hiver. À Haenam, celles-ci atteignent environ 3 063 hectares, soit une progression de 14 % en un an. La région concentre à elle seule près de 80 % des surfaces nationales dédiées à cette culture hivernale.
Dans le même temps, les habitudes alimentaires évoluent. De moins en moins de foyers préparent eux-mêmes leur kimchi pour l’hiver, préférant parfois acheter des produits déjà préparés. La demande de chou destinée au kimjang devrait ainsi reculer de 9,1 % cette année.
Le déséquilibre entre une production en forte progression et une consommation moins importante entraîne donc une pression considérable sur les prix.
Pour les agriculteurs, la situation est particulièrement difficile. Certains ne parviennent plus à couvrir leurs frais de production, auxquels s’ajoutent les coûts de récolte, de main-d’œuvre et de transport. Des producteurs envisagent même de renoncer à la récolte ou de détruire leurs cultures plutôt que de vendre à perte.
Les organisations agricoles réclament notamment une intervention plus importante des pouvoirs publics afin de réduire les volumes disponibles sur le marché et de mieux soutenir les exploitations.
Le kimjang, une tradition profondément ancrée dans la culture coréenne
Cette crise intervient à un moment particulièrement symbolique de l’année. En Corée du Sud, l’automne marque traditionnellement le début du kimjang, une pratique collective et familiale consistant à préparer de grandes quantités de kimchi destinées à être consommées pendant les mois d’hiver.

Le kimchi est un incontournable de la cuisine coréenne. Il est généralement préparé à partir de choux chinois coupés en deux ou en morceaux, qui sont d’abord salés afin de les faire dégorger et de les attendrir. Après rinçage et égouttage, les feuilles sont enduites d’un mélange d’assaisonnements comprenant notamment du piment rouge en poudre (gochugaru), de l’ail, du gingembre, du radis blanc, de la ciboule et de la sauce de poisson fermentée ou des produits à base de fruits de mer salés.
Les choux ainsi préparés sont ensuite placés dans des récipients hermétiques pour fermenter. Cette fermentation naturelle développe progressivement les saveurs acidulées et épicées caractéristiques du kimchi, tout en permettant sa conservation pendant plusieurs semaines ou plusieurs mois.
Autrefois, les familles se réunissaient pour préparer ensemble leurs réserves hivernales, partageant le travail entre plusieurs générations et parfois avec leurs voisins. Cette tradition, inscrite en 2013 au patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO sous le nom de Kimjang, préparation et partage du kimchi en Corée, demeure un moment important de la vie sociale coréenne.

Cette année, la baisse des prix du chou pourrait donc alléger le budget des ménages à l’approche du kimjang. Mais derrière cette bonne nouvelle pour les consommateurs se dessine une réalité beaucoup moins réjouissante pour les agriculteurs, qui doivent faire face aux conséquences d’une récolte exceptionnellement généreuse.
La difficulté sera désormais de trouver un équilibre entre les besoins des consommateurs, la préservation des revenus agricoles et le maintien d’une tradition culinaire qui occupe toujours une place essentielle dans l’identité coréenne.
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