Au cœur de l’automne japonais, la ville de Kasama, dans la préfecture d’Ibaraki, accueille la 119e édition de son traditionnel Festival des chrysanthèmes, du 23 octobre au 23 novembre 2026. Cet événement, profondément ancré dans les traditions horticoles et culturelles du pays, met à l’honneur l’une des fleurs les plus emblématiques du Japon.

Durant un mois, de magnifiques compositions florales aux couleurs variées sont présentées au public, notamment dans l’enceinte du sanctuaire Kasama Inari, l’un des lieux religieux les plus importants de la région, ainsi qu’au Centre d’histoire et d’échanges culturels de Kasama, installé dans l’ancien grand magasin Izutsuya. Les visiteurs peuvent y découvrir des chrysanthèmes aux formes et aux dimensions différentes, soigneusement cultivés et arrangés pour former de véritables œuvres végétales.

Une tradition née au début du XXe siècle

L’histoire du festival remonte à 1908, sous l’ère Meiji. À la suite de la guerre russo-japonaise, le grand prêtre du sanctuaire Kasama Inari, Kaichiro Hanawa, souhaitait apporter un peu de réconfort à une population éprouvée par le conflit. Il fit alors aménager un jardin de chrysanthèmes dans l’enceinte du sanctuaire. Cette initiative rencontra un vif succès et donna progressivement naissance à une manifestation florale qui allait devenir un rendez-vous incontournable de l’automne japonais.

Au fil des décennies, le festival s’est développé pour associer le sanctuaire, les commerçants, les artisans, les autorités locales et les habitants. À l’occasion de son centenaire, en 2007, il prit officiellement le nom de Festival des chrysanthèmes de Kasama, affirmant ainsi sa dimension régionale et populaire. Il est aujourd’hui considéré comme le plus ancien festival japonais consacré à cette fleur.

Des compositions florales remarquables

Le festival se distingue par la diversité et la sophistication de ses présentations. Les visiteurs peuvent admirer plusieurs variétés de chrysanthèmes, cultivées avec une grande précision par des horticulteurs passionnés.

Les expositions réunissent notamment les chrysanthèmes traditionnels à grandes fleurs, les compositions en cascade, les variétés miniatures cultivées en pot et les créations dites « mille fleurs », dont les nombreuses petites corolles forment de spectaculaires dômes colorés.

Les traditionnelles sculptures florales, appelées kiku ningyō, constituent également l’une des attractions du festival. Ces personnages et scènes historiques sont réalisés à partir de structures habillées de fleurs de chrysanthèmes, donnant naissance à de véritables tableaux végétaux.

L’édition 2026 propose notamment une nouvelle présentation autour du thème « L’histoire des chrysanthèmes qui transmettent la tradition ». Six espaces thématiques permettent de découvrir des compositions originales, des variétés traditionnelles et une présentation mettant en relation les cultures florales de Kasama et de Taïwan.

Au sanctuaire Kasama Inari, les installations florales s’intègrent harmonieusement à l’architecture traditionnelle, aux allées et aux espaces de prière. Les rues commerçantes qui entourent le sanctuaire participent également à l’ambiance festive, faisant de cette manifestation une découverte à la fois culturelle et touristique.

Le chrysanthème, une fleur chargée de symboles au Japon

Introduit au Japon depuis la Chine, probablement au cours du VIIIe siècle, le chrysanthème occupe une place particulière dans la culture japonaise. D’abord apprécié pour ses propriétés médicinales traditionnelles et sa floraison automnale, il est progressivement devenu un symbole de longévité, de vitalité, de noblesse et de perfection.

Sa place dans l’imaginaire national est particulièrement importante puisqu’il est associé à la famille impériale japonaise. Le célèbre emblème impérial représente un chrysanthème stylisé à seize pétales, devenu au fil du temps l’un des symboles les plus reconnaissables du Japon.

La fleur est également présente dans de nombreuses traditions artistiques, notamment la peinture, les textiles, les objets décoratifs et les jardins japonais. Sa floraison tardive, alors que les températures commencent à baisser, lui confère une signification particulière : celle d’une beauté qui résiste au passage des saisons.

Chaque automne, les festivals consacrés aux chrysanthèmes témoignent ainsi de l’attachement des Japonais à cette fleur et à l’art horticole transmis de génération en génération.

À Kasama, cette tradition dépasse le simple rendez-vous floral. Elle représente un patrimoine vivant, un moment de rencontre entre les habitants et les visiteurs, mais aussi une manière de célébrer l’arrivée de l’automne et de préserver un savoir-faire profondément enraciné dans la culture japonaise.

La 119e édition du festival confirme ainsi la place singulière de Kasama parmi les grandes destinations automnales du Japon, où la beauté des fleurs se conjugue avec l’histoire, la spiritualité et les traditions locales.

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