Huit auteurs francophones et huit écrivains japonais ont relevé un défi littéraire peu commun à bord du Twilight Express Mizukaze, un train de luxe qui a relié Kyoto à Matsue les 22 et 23 octobre 2026. En moins de 24 heures, ils ont travaillé à la création d’un roman collectif d’environ 200 pages, mêlant leurs univers, leurs sensibilités et leurs traditions littéraires.

Organisée par l’association française L’Écriture en mouvement, cette initiative visait à faire naître une œuvre commune à partir de seize voix différentes. Le train est arrivé à Matsue, dans la préfecture de Shimane, le vendredi 23 octobre au matin. La publication du manuscrit en français et en japonais était annoncée pour le printemps 2027.
Parmi les participants figuraient notamment Muriel Barbery, auteure de L’Élégance du hérisson, Hervé Le Tellier, lauréat du prix Goncourt 2020 pour L’Anomalie, ainsi que Christophe Ono-dit-Biot. Côté japonais, le groupe réunissait plusieurs écrivains reconnus, dont Toh EnJoe, Hitomi Kanehara, Kaori Ekuni, Machi Tawara et Mariko Asabuki.

Le principe reposait sur une contrainte forte : chaque auteur devait contribuer à un chapitre tout en participant à la construction d’un récit cohérent. La trame générale avait été préparée avant le départ, mais l’intrigue devait se développer au fil du voyage. Les écrivains avaient reçu la biographie de personnages liés entre eux, tous réunis à bord du même train.
Muriel Barbery avait notamment imaginé d’intégrer un chat à l’histoire, tandis que Toh EnJoe avait choisi un personnage qui avait manqué le train. Ces idées illustraient la liberté laissée aux participants dans un cadre narratif commun, mais aussi la difficulté de faire dialoguer des imaginaires différents.
Un récit nourri par le voyage et les échanges culturels
Le choix du Mizukaze ne devait rien au hasard. Avec sa silhouette vert bouteille, son esthétique Art déco et ses intérieurs luxueux, le train offrait un décor propice à cette expérience d’écriture. Les paysages traversés, entre campagnes japonaises, rizières et architectures traditionnelles, pouvaient également enrichir le récit. Des interprètes présents à bord facilitaient les échanges entre les auteurs et permettaient de dépasser les barrières linguistiques.

L’histoire avait pour personnage central Mizuki, une jeune femme née à Matsue d’un père japonais originaire de la ville et d’une mère française. Ce lien entre les deux pays donnait au projet une dimension supplémentaire, en inscrivant la rencontre culturelle au cœur même de la fiction. Chaque écrivain était chargé d’un chapitre, avec pour objectif de contribuer à un ensemble d’environ 200 pages.
L’expérience s’inscrivait dans la continuité d’un premier projet organisé au Canada en 2015 par L’Écriture en mouvement. L’association avait ainsi renouvelé une démarche associant contraintes créatives, travail collectif et rencontres entre traditions littéraires.

Cette méthode faisait écho à l’Oulipo, l’« Ouvroir de littérature potentielle », mouvement fondé en 1960 et connu pour ses expérimentations autour des contraintes formelles. Parmi ses représentants les plus célèbres figurent notamment Georges Perec et Italo Calvino. Hervé Le Tellier, alors président de l’Oulipo, participait lui aussi à l’aventure japonaise.

L’exercice comportait néanmoins une part d’incertitude. Toh EnJoe avait souligné combien il serait difficile de faire converger des contributions écrites séparément. Anne Forrest-Wilson, fondatrice de l’association organisatrice, insistait pour sa part sur la nécessité de construire des passerelles entre les chapitres, afin d’éviter que le résultat ne ressemble à une simple collection de nouvelles indépendantes.
À l’arrivée à Matsue, le vendredi 23 octobre, les écrivains ont été accueillis par une fanfare et des enfants de la région. Le voyage s’est achevé sur cette rencontre avec le public local, prolongeant la dimension culturelle du projet.
La publication du roman était annoncée pour le printemps 2027, en français et en japonais. Elle devait permettre de découvrir le résultat de cette expérience, dans laquelle la littérature est devenue un travail de coordination autant que de création.
Au-delà du défi consistant à écrire en un temps limité, cette initiative a illustré une ambition plus large : faire du dialogue entre les langues et les cultures le point de départ d’une œuvre commune. Le Mizukaze aura ainsi servi, le temps d’un voyage, de lieu de rencontre entre seize écrivains appelés à partager bien davantage qu’un même itinéraire.
Photos:© 2026 (AFP/Newscom/SL75)
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