Dans la préfecture d’Ibaraki, à l’est du Japon, la ville d’Ushiku entend renouer avec son histoire viticole et franchir une nouvelle étape. Connue notamment pour son imposant château d’Ushiku, la municipalité vient de lancer un programme destiné à développer l’ensemble de la filière, de la culture de la vigne à la production et à la commercialisation du vin, tout en associant cette activité au tourisme local.

L’objectif est clairement affiché : doubler, d’ici à l’exercice 2031, à la fois les surfaces consacrées à la vigne et le volume de vin produit localement, afin d’installer durablement Ushiku comme une région viticole reconnue au Japon.

Une histoire du vin qui remonte à 1903

Le projet s’appuie sur une histoire particulière. En 1903, l’homme d’affaires Denbei Kamiya fonde à Ushiku ce qui deviendra l’une des premières grandes installations viticoles du Japon. À une époque où la production de vin reste encore embryonnaire dans l’archipel, il entreprend de développer une véritable industrie autour de la vigne et de la vinification.

Le château d’Ushiku, aujourd’hui connu sous le nom de Château Kamiya, témoigne de cette aventure industrielle. Son ancien bâtiment principal et plusieurs autres constructions ont été désignés biens culturels importants par le gouvernement japonais en 2008. Le site a ensuite été inscrit au patrimoine du Japon en 2020, renforçant son rôle de symbole de l’histoire viticole japonaise.

Cette implantation ancienne constitue aujourd’hui un atout pour la municipalité, qui souhaite transformer le patrimoine historique en moteur d’une nouvelle économie locale.

Développer toute la filière

Jusqu’à présent, Ushiku avait principalement concentré ses efforts sur la mise en valeur du château et sur l’attractivité touristique liée à son histoire. Le nouveau programme marque un changement d’échelle : pour la première fois, la municipalité entend accompagner l’ensemble de la chaîne viticole.

La ville prévoit notamment d’aider les futurs viticulteurs à trouver des terres agricoles et de prendre en charge une partie des investissements nécessaires à la création de nouvelles parcelles. Une aide pouvant atteindre 300 000 yens pour 1 000 m² est prévue pour l’achat des plants de vigne. Les installations nécessaires à leur culture pourront également bénéficier de subventions : jusqu’à 500 000 yens par 1 000 m² pour les treilles et les clôtures, auxquels pourront s’ajouter jusqu’à 500 000 yens pour les abris destinés à protéger les vignes de la pluie et les équipements associés.

La municipalité souhaite également développer la vinification à partir de raisins cultivés sur place, notamment grâce à la production sous contrat. L’objectif est de permettre à davantage d’agriculteurs de se lancer dans la viticulture sans devoir immédiatement disposer de leur propre chai et de l’ensemble des équipements nécessaires à la fabrication du vin.

Une production encore modeste

La viticulture reste aujourd’hui une activité de petite taille à Ushiku. Selon les données municipales, cinq exploitants, dont le Château Ushiku et quatre exploitations agricoles, cultivent actuellement environ 3,3 hectares de vignes.

La récolte de l’exercice 2025 a permis de produire l’équivalent d’environ 3 500 bouteilles de 75 cl. La municipalité veut désormais doubler cette production ainsi que les surfaces plantées dans les cinq prochaines années.

Elle prévoit par ailleurs une aide pouvant atteindre 10 millions de yens pour les particuliers et les entreprises souhaitant créer de nouveaux domaines viticoles sur le territoire communal.

Adapter la viticulture au climat japonais

Développer la vigne au Japon présente toutefois des défis particuliers. Dans de nombreuses régions de l’archipel, les viticulteurs doivent composer avec une forte humidité, des précipitations importantes et, selon les territoires, des typhons et des épisodes météorologiques extrêmes. La maîtrise de l’eau et la protection des grappes constituent donc des enjeux importants.

À Ushiku, le recours à des abris anti-pluie fait partie des investissements que la municipalité souhaite précisément encourager. Ces structures permettent de limiter l’exposition des raisins à l’humidité et peuvent contribuer à réduire certains risques liés aux maladies de la vigne.

Comme dans d’autres régions viticoles japonaises, le développement de variétés adaptées aux conditions locales et la recherche d’un équilibre entre rendement et qualité seront également déterminants pour construire une identité viticole propre au territoire.

Vers une « zone spéciale » pour les petits producteurs

Ushiku envisage également de demander au gouvernement japonais la désignation de la ville comme « zone spéciale de production viticole ». Cette mesure permettrait notamment de simplifier certaines procédures liées à l’obtention d’une licence de production de vin à partir de fruits, en fonction de la taille des exploitations.

Pour la municipalité, cette évolution pourrait faciliter l’installation de petits producteurs et diversifier l’offre viticole locale.

La formation constitue également un axe important. Depuis l’exercice 2025, Ushiku cherche à développer les compétences nécessaires à l’avenir de la filière, notamment grâce à la création d’une « Académie du vin » au château d’Ushiku. L’objectif est de transmettre les connaissances liées à la viticulture et à la vinification, mais aussi de faire émerger une nouvelle génération d’acteurs capables de porter le projet sur le long terme.

Faire du vin une nouvelle identité territoriale

Le budget supplémentaire présenté le 9 septembre au conseil municipal prévoit 5,97 millions de yens pour la première phase de cette initiative. Au-delà des plantations et de la production, la ville entend également travailler sur la commercialisation, l’image de marque et le tourisme autour du vin.

Ushiku possède pour cela un avantage rare : son patrimoine raconte déjà l’histoire des débuts de la viticulture moderne au Japon. À terme, la municipalité souhaite donc associer visites du château, découverte des vignobles, dégustations et tourisme culturel afin de créer une véritable destination œnotouristique.

Pour le maire Kazutoshi Numata, l’enjeu est de faire du vin une composante durable de l’économie locale et de l’identité de la ville.

Avec cette stratégie, Ushiku ne cherche donc pas seulement à augmenter sa production. La municipalité veut faire revivre un héritage né il y a plus de 120 ans et construire, autour de la vigne, une nouvelle image pour cette ville de la préfecture d’Ibaraki.

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