Après Une affaire de famille, Palme d’or à Cannes en 2018, Hirokazu Kore-eda poursuit son exploration des liens humains avec Look Back, une adaptation en prises de vues réelles du célèbre manga de Tatsuki Fujimoto, l’auteur de Chainsaw Man. Présenté en compétition à la 83e Mostra de Venise le 7 septembre 2026, le film raconte sur treize années le parcours de deux jeunes filles que tout semble opposer, mais que leur passion commune pour le dessin et le manga va profondément rapprocher.

Derrière cette histoire de création artistique et d’amitié, Kore-eda retrouve plusieurs de ses thèmes de prédilection : l’enfance, la transmission, la solitude, le passage à l’âge adulte, le deuil et la manière dont les êtres se construisent au contact des autres.

Synopsis

Fujino est une jeune fille extravertie, volontaire et particulièrement sûre de son talent. Élève brillante, elle publie régulièrement de petits mangas dans le journal de son école et apprécie les compliments que lui vaut son travail. Tout change lorsqu’elle découvre les dessins de Kyomoto, une camarade de classe très différente d’elle.

Extrêmement introvertie, Kyomoto ne fréquente pratiquement pas l’école et passe l’essentiel de son temps enfermée chez elle à dessiner. Ses planches, publiées elles aussi dans le journal scolaire, révèlent une maîtrise technique impressionnante, notamment dans la représentation des décors et des paysages.

D’abord déstabilisée par ce talent qu’elle juge supérieur au sien, Fujino éprouve une certaine jalousie. Mais cette rivalité initiale va progressivement laisser place à une véritable fascination. Les deux jeunes filles finissent par se rencontrer et découvrent qu’elles peuvent unir leurs qualités : Fujino possède une imagination débordante et un sens instinctif du récit, tandis que Kyomoto excelle dans le dessin.

Elles commencent alors à travailler ensemble sur un manga. Des heures passées devant leurs tables de travail naît une complicité profonde, tandis que leur passion commune les pousse à envisager sérieusement une carrière de mangakas. Leur création attire bientôt l’attention du monde de l’édition et leur ouvre les portes d’un univers professionnel jusque-là inaccessible.

Mais le temps passe. L’adolescence laisse place à l’âge adulte, les ambitions évoluent et les chemins des deux amies commencent à diverger. Leur relation, pourtant fondée sur une passion commune, va être confrontée à des événements qui bouleverseront définitivement leur existence.

Sans dévoiler les ressorts les plus importants du récit, Look Back quitte alors progressivement le simple registre du récit initiatique pour aborder la perte, le traumatisme et la question de la création comme moyen de continuer à avancer. Le titre prend ainsi tout son sens : regarder en arrière devient une manière de mesurer ce que l’on a vécu, mais aussi de comprendre ce qui nous pousse à continuer de créer.

Hirokazu Kore-eda face au manga

Avec Look Back, Hirokazu Kore-eda s’attaque pour la première fois à l’adaptation en prises de vues réelles d’une œuvre de manga. Le réalisateur avait découvert le one-shot de Tatsuki Fujimoto durant la période de pandémie et avait été profondément marqué par son histoire et sa réflexion sur la création.

Le défi consistait à transposer au cinéma une œuvre très graphique sans chercher à simplement reproduire l’esthétique du manga ou de son adaptation animée de 2024. Kore-eda choisit au contraire de faire du processus créatif l’un des éléments centraux de sa mise en scène.

Le son occupe notamment une place importante. Le bruit du crayon et de la plume sur le papier évolue avec les années, tandis que les outils et les méthodes de travail changent progressivement. Ces sons deviennent une véritable narration parallèle, accompagnant le passage de l’enfance à l’âge adulte.

Tourné en pellicule et notamment dans la préfecture d’Akita, le film accorde également une attention particulière aux changements de saisons et à l’évolution des paysages. Les quatre saisons accompagnent ainsi les différentes étapes de la relation entre Fujino et Kyomoto.

Cette approche correspond parfaitement au cinéma de Kore-eda : plutôt que de privilégier les effets spectaculaires, le cinéaste observe les personnages dans leurs gestes quotidiens, leurs silences et leurs moments de complicité.

Un duo féminin au cœur du film

Natsuki Deguchi interprète Fujino adulte. Née en 2001, elle commence sa carrière comme mannequin pour le magazine Seventeen en 2018 avant de se tourner vers la comédie. Depuis 2019, elle est apparue dans plusieurs films et séries japonaises, notamment The Makanai: Cooking for the Maiko House, Blue Moment et Honeko Akabane’s Bodyguards. Look Back lui offre ici l’un de ses rôles cinématographiques les plus importants.

Face à elle, Aju Makita incarne Kyomoto. Née en 2002, l’actrice connaît déjà une longue histoire avec Hirokazu Kore-eda. Elle avait travaillé avec lui dans Going Home, Après la tempête, The Third Murder, Une affaire de famille et The Makanai: Cooking for the Maiko House. Elle s’est également distinguée dans Shino Can’t Say Her Name et surtout True Mothers de Naomi Kawase, pour lequel elle a reçu plusieurs récompenses au Japon.

Les deux personnages enfants sont interprétés par Furi Nanase, dans son tout premier rôle à l’écran, et Rokka Okada, déjà apparue dans plusieurs productions japonaises. Toutes deux sont nées en 2014 et apportent au film une dimension particulièrement naturelle dans les premières années de l’histoire.

Le casting comprend également Masaki Suda dans le rôle de Maeda, un éditeur de manga. Figure majeure du cinéma japonais contemporain, Suda s’est notamment illustré dans Wilderness, We Made a Beautiful Bouquet et de nombreuses productions télévisées. Récompensé à plusieurs reprises, notamment par le Japan Academy Film Prize du meilleur acteur, il travaille pour la première fois avec Kore-eda.

Kankuro Kudo interprète pour sa part Tamai, l’instituteur qui contribue indirectement à la rencontre entre les deux jeunes filles. Scénariste, réalisateur et acteur reconnu au Japon, Kudo est notamment l’auteur de plusieurs succès télévisés et cinématographiques. Kayo Noro joue la mère de Fujino, tandis que Miyu Sasaki, déjà dirigée par Kore-eda dans Une affaire de famille, interprète sa grande sœur.

Une réception critique très favorable à Venise

Présenté en compétition à Venise, Look Back a reçu un accueil nettement plus chaleureux que Sheep in the Box, l’autre film de Kore-eda présenté quelques mois plus tôt à Cannes.

Le film impressionne par la délicatesse de la mise en scène, la justesse du duo Natsuki Deguchi-Aju Makita et la manière dont le cinéaste parvient à transformer une histoire de manga en chronique intimiste sur l’amitié et la création. On apprécie particulièrement la façon dont Kore-eda accompagne le temps qui passe. Les scènes consacrées au dessin, au travail sur les planches et à la naissance d’une œuvre commune donnent au film une dimension presque sensorielle. Le passage du crayon aux outils numériques devient notamment une manière discrète de traduire l’évolution des personnages et de leur rapport à leur art.

La dernière partie est cependant plus sombre et plus abstraite, et constitue une rupture narrative qui ouvre la porte à une forme de réalité alternative. Elle se distingue avec le réalisme habituel de Kore-eda. mais c’est une manière audacieuse de traduire à l’écran le pouvoir de l’imagination et de la fiction face au traumatisme.

Dans l’ensemble, Look Back apparaît comme une œuvre sensible, intime et profondément humaine, qui dépasse largement le simple cadre de l’adaptation d’un manga.

Une œuvre sur la création, mais surtout sur les liens humains

Ce qui rend le film particulièrement intéressant est finalement son refus de réduire le manga à un simple élément décoratif. Le dessin constitue le langage qui permet à Fujino et Kyomoto de se comprendre, de travailler ensemble et de donner un sens à leur existence. Kore-eda transforme ainsi l’histoire de deux jeunes artistes en une réflexion sur la création elle-même : pourquoi dessine-t-on ? Pour être reconnu ? Pour raconter une histoire ? Pour partager quelque chose avec quelqu’un ? Ou simplement parce que créer permet de supporter ce que l’on ne parvient pas toujours à exprimer autrement ?

Look Back retrouve ici la sensibilité qui caractérise le meilleur cinéma de Kore-eda. À travers deux adolescentes passionnées de manga, le réalisateur raconte moins le succès de deux futures artistes que la naissance d’une amitié et l’empreinte durable qu’un être peut laisser dans la vie d’un autre.

Fiche technique

Titre : Look Back
Titre original : ルックバック
Réalisation : Hirokazu Kore-eda
Scénario : Hirokazu Kore-eda
D’après le manga de : Tatsuki Fujimoto
Pays : Japon
Langue originale : japonais
Genre : drame, récit initiatique
Durée : 99 minutes
Production : K2 Pictures
Producteur : Daiju Koide
Directeur de la photographie : Senzo Ueno
Montage : Hirokazu Kore-eda
Direction artistique : Shinsuke Kojima
Costumes : Sacico Ito
Musique : Yuta Bandoh
Son : Kazuhiko Tomita
Effets visuels : Linto Ueda
Animation rotoscopique : Haruka Kuno
Avec : Natsuki Deguchi, Aju Makita, Furi Nanase, Rokka Okada, Masaki Suda, Kankuro Kudo, Kayo Noro, Ryo Ikeda, Miyu Sasaki, Maho Yamada.

Dates de sortie

Look Back a été présenté en compétition à la Mostra de Venise le 7 septembre 2026. Le film sortira au Japon le 11 septembre 2026. Une sortie est également annoncée en Corée du Sud le 8 octobre 2026.

En France, la sortie en salles est actuellement prévue le 17 mars 2027, avec Le Pacte annoncé comme distributeur français. Le film doit également poursuivre sa carrière festivalière, notamment à Toronto et à Busan.

Avec Look Back, Hirokazu Kore-eda signe donc une œuvre qui semble à la fois fidèle à l’esprit du manga de Tatsuki Fujimoto et profondément personnelle. Une histoire d’amitié, de création et de passage à l’âge adulte dans laquelle le cinéaste japonais retrouve ce qu’il sait faire de mieux : filmer les relations humaines avec une grande simplicité, en laissant aux silences, aux gestes et aux regards le soin de raconter l’essentiel.

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