Lorsque l’automne arrive dans la préfecture de Gifu, les châtaignes deviennent les vedettes des vitrines des pâtisseries traditionnelles. Parmi les spécialités les plus emblématiques de cette saison figure le kurikinton (栗きんとん), une délicate douceur japonaise qui célèbre la châtaigne dans sa forme la plus simple et la plus authentique.

À l’instar de nombreuses maisons de confiserie de la région, Kawakamiya Co., fabricant de wagashi installé à Gifu, prépare chaque année cette spécialité à partir de châtaignes fraîches. La production débute avec la saison des récoltes, généralement en septembre, et les kurikinton sont ensuite proposés jusqu’à la fin du mois de décembre. Une partie de la production est expédiée vers des grands magasins et des points de vente dans différentes régions du Japon, permettant aux amateurs de retrouver cette saveur typiquement automnale bien au-delà de Gifu.
Une recette d’une étonnante simplicité
Le kurikinton se distingue par une composition particulièrement sobre : de la châtaigne et une petite quantité de sucre. Les châtaignes sont cuites, leur chair extraite puis soigneusement travaillée avec le sucre avant d’être façonnée à la main, traditionnellement à l’aide d’un tissu, selon la technique dite du chakin-shibori. Cette opération donne à chaque pièce sa forme légèrement irrégulière, rappelant celle d’une petite châtaigne.

Cette simplicité constitue précisément l’un de ses grands attraits. Sans crème, chocolat ou arômes artificiels pour masquer le goût du fruit, le kurikinton laisse s’exprimer le parfum, la douceur naturelle et la texture légèrement granuleuse de la châtaigne.
La recette peut toutefois varier sensiblement d’une maison à l’autre. La variété et l’origine des châtaignes, la quantité de sucre, le temps de cuisson ou encore la texture recherchée permettent à chaque artisan de développer sa propre interprétation. À Gifu, déguster plusieurs kurikinton provenant de différentes pâtisseries devient ainsi une véritable expérience gastronomique.
Un symbole gourmand de l’automne à Gifu
Le kurikinton est intimement associé à la région de Tōnō, dans l’est de la préfecture de Gifu, notamment aux villes de Nakatsugawa et Ena. Nakatsugawa est d’ailleurs considérée comme l’un des berceaux historiques de cette confiserie, dont la commercialisation remonte à l’époque moderne. La spécialité est aujourd’hui suffisamment emblématique pour bénéficier de l’appellation régionale « Nakatsugawa Kurikinton », enregistrée comme marque collective régionale en 2019.

Son histoire est également liée au paysage culturel de la région. Située sur l’ancienne route du Nakasendō, Nakatsugawa accueillait autrefois voyageurs et marchands traversant les montagnes entre Edo et Kyoto. Les produits issus des ressources locales, notamment les châtaignes, ont progressivement trouvé leur place dans la gastronomie des villages et des relais de cette ancienne route.
La tradition possède également une dimension saisonnière très forte. Au Japon, septembre marque le retour des récoltes de châtaignes et le début de la période durant laquelle les kurikinton apparaissent dans les boutiques. Cette temporalité limitée renforce leur caractère précieux : il ne s’agit pas simplement d’une pâtisserie disponible toute l’année, mais d’un véritable rendez-vous gourmand avec l’automne.
Une douceur entre tradition et art de vivre
Au-delà de son goût, le kurikinton illustre parfaitement l’esthétique des wagashi japonais : respecter le produit, suivre le rythme des saisons et privilégier une présentation sobre et élégante.
Sa petite taille, sa couleur jaune pâle et son aspect façonné à la main évoquent les couleurs des paysages de montagne à l’automne. Servi traditionnellement avec une tasse de thé japonais, il accompagne un moment de dégustation calme où la saison devient presque un ingrédient à part entière.
Avec sa période de vente volontairement limitée et sa fabrication encore largement artisanale, le kurikinton représente ainsi bien davantage qu’une simple confiserie. Il est devenu l’un des marqueurs gourmands de l’automne à Gifu et témoigne de cette relation particulière que la culture japonaise entretient avec les saisons.
Chaque année, lorsque les premières châtaignes arrivent dans les ateliers de confiserie, c’est donc un petit morceau de l’automne japonais qui commence à voyager à travers tout le pays.
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