Le gouvernement japonais envisage de lancer un vaste programme national destiné à faciliter l’apprentissage du japonais et l’intégration des résidents étrangers. Jusqu’ici largement pris en charge par les collectivités locales et certaines entreprises, cet accompagnement pourrait désormais relever davantage de l’État afin de réduire les disparités entre les territoires et d’élargir l’accès aux dispositifs de soutien, notamment pour les familles.

Cette nouvelle orientation intervient alors que le gouvernement de la Première ministre Sanae Takaichi a jusqu’à présent privilégié un renforcement des règles encadrant la présence des ressortissants étrangers au Japon. Le projet d’accompagnement constitue ainsi un volet plus social de cette politique, même si l’exécutif envisage parallèlement de faire de la participation à certains programmes d’intégration une condition pour l’obtention ou le renouvellement de certains statuts de résidence, voire pour l’accès au séjour permanent.

Vers un dispositif piloté par l’État

Lors de la première réunion d’un groupe de travail d’experts, organisée le 18 août, Midori Matsushima, conseillère spéciale du Premier ministre chargée de la politique étrangère, a estimé que le système actuel ne pouvait plus reposer uniquement sur les initiatives locales.

« Jusqu’à présent, l’apprentissage du japonais était laissé à la discrétion des municipalités, ce qui est inacceptable », a-t-elle déclaré.

La question concerne notamment les enfants de familles étrangères. Certains arrivent au Japon sans maîtriser suffisamment la langue et peuvent rencontrer d’importantes difficultés à l’école comme dans leur vie quotidienne. Pour Matsushima, un meilleur accompagnement linguistique constitue donc un élément essentiel de leur adaptation à la société japonaise.

Cette réflexion intervient dans un contexte de forte progression du nombre de ressortissants étrangers installés dans l’archipel. Selon l’Agence japonaise des services d’immigration, leur nombre a atteint un record de 4,12 millions à la fin de 2025.

Japonais, culture et règles de la vie quotidienne

Le futur dispositif devrait notamment permettre aux étrangers de mieux comprendre la langue, mais aussi les codes et les règles de la société japonaise.

Deux niveaux de formation sont actuellement envisagés. Le premier serait destiné aux personnes qui s’installent au Japon et porterait sur les bases du japonais ainsi que sur les règles essentielles de la vie quotidienne. Tokyo étudie notamment la possibilité de proposer une partie de cet enseignement en ligne avant même l’arrivée dans le pays.

Les cours pourraient aborder des questions très concrètes : paiement des impôts, gestion des déchets, comportements à adopter en cas de catastrophe naturelle ou encore règles élémentaires de la vie quotidienne.

Un second programme, plus avancé, serait destiné aux ressortissants étrangers souhaitant obtenir un statut de résident de moyenne ou longue durée, ou encore accéder au statut de résident permanent.

Le gouvernement souhaite arrêter les modalités définitives après les travaux du groupe d’experts consacré à la création d’une « société de coexistence harmonieuse et ordonnée avec les ressortissants étrangers ». Une expérimentation pourrait débuter au cours de l’exercice 2028.

Un financement qui pourrait reposer sur les étrangers eux-mêmes

La question du financement reste également ouverte. Les autorités souhaitent éviter que l’intégralité du coût du dispositif repose sur les contribuables japonais.

Midori Matsushima a ainsi suggéré que les frais acquittés lors du renouvellement des titres de séjour ou lors d’autres démarches administratives puissent contribuer au financement du programme.

Cette proposition illustre l’équilibre délicat recherché par Tokyo : renforcer l’accompagnement des étrangers tout en considérant leur intégration comme une responsabilité partagée.

Une politique d’intégration accompagnée d’un durcissement

Cette nouvelle politique intervient toutefois parallèlement à plusieurs mesures visant à renforcer les conditions d’accès et de maintien sur le territoire japonais.

Le gouvernement Takaichi a notamment porté de cinq à dix ans la durée de résidence requise pour demander la nationalité japonaise et poursuit une révision des conditions applicables aux différents statuts de résidence.

Un autre groupe de travail examine également la politique générale d’accueil des ressortissants étrangers et réfléchit notamment à l’opportunité de fixer des objectifs chiffrés concernant leur présence dans la population japonaise.

L’exécutif insiste néanmoins sur le fait que cette politique ne doit pas être interprétée comme une fermeture du Japon aux étrangers. Lors d’une conférence de presse en juillet, Sanae Takaichi avait souligné l’importance de ne pas donner « l’impression que nous sommes hostiles aux étrangers ».

Pour certains responsables gouvernementaux, le développement de l’enseignement du japonais s’inscrit ainsi dans une politique qu’ils présentent comme pragmatique plutôt que comme exclusivement restrictive.

La maîtrise du japonais, bientôt un critère de résidence ?

C’est précisément sur ce point que le projet pourrait prendre une dimension plus contraignante.

Dans des recommandations présentées au gouvernement en juin, Nippon Ishin, partenaire de coalition du Parti libéral-démocrate, a proposé d’institutionnaliser un véritable « programme d’intégration sociale ». Celui-ci comprendrait notamment l’apprentissage du japonais et la connaissance des règles de la société japonaise.

Le parti souhaite également que la participation au programme et le niveau de maîtrise de la langue puissent être pris en compte lors de l’examen des demandes de résidence. Les experts étudient actuellement la possibilité d’exiger un certain niveau de japonais pour les candidats au statut de résident permanent.

Cette perspective suscite toutefois des interrogations dans un pays confronté à une pénurie persistante de main-d’œuvre et à une concurrence croissante pour attirer les travailleurs étrangers qualifiés.

La faiblesse du yen rend en effet le Japon moins attractif face à d’autres destinations asiatiques et occidentales. Certains responsables gouvernementaux redoutent donc qu’un excès de contraintes ne produise l’effet inverse de celui recherché.

« Si nous les rendons trop strictes, le nombre de personnes souhaitant venir au Japon risque de diminuer », s’inquiètent ainsi certains responsables.

Entre volonté d’intégrer davantage les étrangers et désir de mieux contrôler leur présence, Tokyo cherche désormais un nouvel équilibre. Le futur programme national d’apprentissage du japonais pourrait en devenir l’un des principaux instruments — à la fois outil d’intégration et, potentiellement, nouveau critère d’accès durable à la société japonaise.

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