L’Agence de la Maison impériale japonaise envisage une cérémonie d’adieu à l’ancien empereur Akihito directement au Palais impérial de Tokyo, lorsqu’il viendra à disparaître. Selon une source proche du dossier citée mercredi, ce projet s’inscrirait dans une volonté de réduire considérablement l’ampleur des cérémonies funéraires par rapport à celles organisées en 1989 pour son père, l’empereur Showa, Hirohito.

Âgé de 92 ans, Akihito a quitté le trône le 30 avril 2019, devenant le premier empereur japonais à abdiquer depuis environ deux siècles. Depuis cette date, il porte le titre d’« empereur émérite » (Jōkō), tandis que son fils aîné, Naruhito, lui a succédé et inauguré l’ère Reiwa. Cette perspective donne à ses futures funérailles une dimension particulière : Akihito ne sera plus empereur en exercice au moment de sa mort. Le protocole pourrait donc être adapté à ce statut, avec des cérémonies moins imposantes et davantage centrées sur la famille impériale.

Un contraste marqué avec les funérailles de 1989

Lorsque l’empereur Showa est décédé le 7 janvier 1989, le Japon avait organisé des funérailles d’une ampleur exceptionnelle. La cérémonie officielle, le Taisō-no-Rei, s’était déroulée le 24 février au jardin national de Shinjuku Gyoen, à Tokyo. Elle avait réuni des milliers de personnes et de nombreuses personnalités étrangères, dont des chefs d’État et de gouvernement.

La journée avait également été marquée par un important cortège funèbre reliant le Palais impérial au lieu de cérémonie, avec des honneurs militaires et une forte présence policière. Les rites impériaux proprement dits, notamment le Sōjōden-no-Gi, avaient été accomplis parallèlement à la cérémonie officielle.

Cette séparation entre les rites de la Maison impériale et la cérémonie d’État est essentielle pour comprendre le protocole japonais. Les funérailles d’un empereur ne constituent pas un unique événement, mais une succession de cérémonies aux fonctions et aux statuts différents.

Un protocole impérial profondément codifié

La Loi sur la Maison impériale prévoit que des rites funéraires impériaux (Taisō-no-Rei) sont célébrés à la mort d’un empereur. L’Agence de la Maison impériale distingue toutefois les cérémonies relevant de la Maison impériale de celles qui sont considérées comme des cérémonies d’État.

Dans le cas d’Akihito, son statut d’empereur émérite pourrait donc conduire à un dispositif différent de celui appliqué à son père. L’hypothèse actuellement évoquée privilégierait notamment une cérémonie d’adieu organisée dans l’enceinte du Palais impérial, plutôt qu’un vaste rassemblement public dans un grand parc tokyoïte.

Cette orientation serait également cohérente avec la personnalité d’Akihito et avec son souhait, exprimé au moment de son abdication, de préserver autant que possible la vie quotidienne de la population. Son départ du trône en 2019 avait déjà été conçu comme une transition volontairement sobre, loin de l’ampleur des grands rituels impériaux traditionnels.

De la cérémonie au mausolée

Le protocole funéraire impérial japonais repose sur plusieurs étapes. Les cérémonies peuvent comprendre des rites accomplis au Palais impérial, des cérémonies funéraires proprement dites, puis le transfert de la dépouille vers le mausolée impérial.

Pour l’empereur Showa, après les rites organisés au Palais impérial, le cercueil avait été transporté jusqu’au jardin de Shinjuku Gyoen, où s’étaient déroulées les cérémonies funéraire et officielle. L’inhumation avait ensuite eu lieu au cimetière impérial de Musashino, où se trouve aujourd’hui son mausolée.

La tradition impériale japonaise associe par ailleurs des éléments profondément symboliques à ces cérémonies, notamment des rites shinto accomplis par la famille impériale. Depuis l’adoption de la Constitution de l’après-guerre, une attention particulière est cependant portée à la distinction entre les rites religieux de la Maison impériale et les cérémonies relevant de l’État.

Une nouvelle conception des adieux impériaux ?

Si le projet concernant Akihito devait être retenu, ses funérailles pourraient ainsi marquer une nouvelle étape dans l’évolution du protocole impérial japonais : moins de faste, moins de perturbations pour la population et une place plus importante accordée à la sphère familiale.

Il ne s’agirait pas pour autant de renoncer à la solennité. Le décès d’un ancien empereur resterait encadré par un ensemble de rites et de règles particulièrement précis, hérités d’une tradition impériale plusieurs fois centenaire.

Après avoir été le premier empereur japonais à abdiquer à l’époque moderne, Akihito pourrait ainsi, dans la mort, ouvrir une nouvelle page du protocole impérial : celle d’adieux plus intimes, organisés au cœur même du Palais impérial, plutôt qu’une grande cérémonie nationale comparable à celle qui avait accompagné la disparition de l’empereur Showa en 1989.

Le projet évoqué n’est toutefois pas encore une décision définitive et les modalités précises des cérémonies pourront être arrêtées ultérieurement par les autorités compétentes.

Photos:© (Newscom/SL75)

© 2026 (SL75)

Tendances