Présenté en première mondiale au Toronto International Film Festival 2026, dans la section Short Cuts, MOONGIRL (月の民) est un court métrage de 20 minutes dans lequel le réalisateur français Victor Boccard compose une méditation délicate et mystérieuse sur le deuil, la mémoire et le pouvoir de l’imagination. Tourné en 16 mm dans les paysages enneigés d’Hokkaido, le film fait dialoguer cinéma, peinture et poésie dans une atmosphère presque irréelle.

Une histoire racontée dans la neige
Tout commence un été, lorsqu’un vieux peintre quitte sa maison située au bord de la mer pour entreprendre un ultime voyage. Des années auparavant, dans un paysage hivernal d’Hokkaido, il n’était encore que le personnage d’une histoire racontée par une jeune écrivaine à un aspirant peintre.
Mais, au fil du récit, la frontière entre ce qui est imaginé et ce qui est vécu se brouille. La fiction semble progressivement prendre corps et influencer le destin de ceux qui l’ont créée. Des années plus tard, devenu vieux, le peintre retourne précisément à l’endroit où cette histoire avait été racontée.
Au cœur de cette étrange histoire apparaît une mystérieuse jeune femme, la « Moon Girl », dont l’existence semble liée à la Lune elle-même. Elle quitte le monde céleste pour vivre sur Terre, abandonnant ainsi son immortalité et découvrant la condition humaine, avec ce qu’elle implique de froid, de fragilité et de mort.
Après sa disparition, l’homme qu’elle a aimé consacre son existence à la peindre. Année après année, tableau après tableau, il tente de maintenir vivante l’image de celle qui appartient désormais au passé. La création artistique devient alors une manière de retenir l’être aimé, mais aussi de transformer la douleur en beauté.
Dans les dernières images, le peintre se rend dans un champ de lavande où se trouve la tombe de la jeune femme. Le voyage prend alors une dimension funèbre et presque mythologique.
Entre mythologie japonaise et romantisme français
MOONGIRL puise ses influences à la croisée de deux cultures. Le film s’inspire notamment du « Conte du coupeur de bambou », l’un des récits fondateurs de la littérature japonaise, plus connu sous le nom de Taketori Monogatari, dont est issue la légende de la princesse Kaguya.

À cette tradition japonaise répond une référence profondément française : le poème « Demain, dès l’aube » de Victor Hugo, écrit en 1847. Dans les deux œuvres se retrouve la même interrogation sur l’absence, le voyage vers un être disparu et la persistance du lien amoureux au-delà de la mort.

Le film se construit ainsi comme un pont entre Paris et Tokyo, entre mythologie et romantisme, entre le réel et l’imaginaire. Cette rencontre culturelle n’est cependant jamais démonstrative : elle se traduit avant tout par une atmosphère, des paysages, des silences et des images.
La neige d’Hokkaido devient notamment un espace mental. Le blanc du paysage, la lumière froide, les silhouettes isolées et l’immensité du ciel donnent au récit une dimension presque onirique.
Victor Boccard, un cinéma entre Paris et Tokyo
Né à Paris, Victor Boccard a commencé sa carrière comme acteur avant de se tourner vers la réalisation. Formé au Cours Florent puis à l’ESRA, il réalise depuis 2019 plusieurs courts métrages et films de mode, développant parallèlement son activité au sein de sa propre société de production, Atta Films.
Son parcours entre cinéma, photographie et image commerciale nourrit une écriture très visuelle. Avec MOONGIRL, son premier projet tourné au Japon, il approfondit cette recherche en associant son univers européen à la culture et aux paysages japonais.

Le réalisateur revendique une approche profondément personnelle du deuil. Pour lui, la question centrale du film est de savoir comment trouver de la beauté au cœur d’une tristesse insupportable, et comment la disparition d’un être aimé peut devenir non seulement une blessure, mais également une source d’inspiration et d’émerveillement.
Un casting japonais au service de l’épure
Le film réunit trois interprètes japonais.
Kotona Minami, dans le rôle de la jeune écrivaine, apporte au récit une présence à la fois fragile et mystérieuse. Née en 2006 dans la préfecture de Saitama, elle a commencé comme mannequin avant de s’imposer progressivement comme actrice. Elle s’est notamment fait remarquer dans La Maison de la cuisine des Maiko (The Makanai: Cooking for the Maiko House) de Hirokazu Kore-eda, puis dans Chihiro-san, Ice Cream Fever et Knuckle Girl.
Face à elle, Bun Kimura incarne le jeune homme, futur peintre dont l’existence sera bouleversée par l’histoire racontée dans la neige. Né en 1994 dans la préfecture de Mie, l’acteur s’est fait connaître dans plusieurs productions japonaises et internationales. Il est notamment apparu dans la série Tokyo Vice, ainsi que dans Rental Family et Akashi. Son parcours, à la croisée du cinéma japonais et des productions internationales, accompagne naturellement l’ambition franco-japonaise du film.
Enfin, Sakae Kimura interprète le vieux peintre, figure centrale du récit et incarnation de la mémoire. Acteur japonais expérimenté, il a notamment travaillé avec Akira Kurosawa dans Les Rêves et avec Akira Kurosawa dans Ran. Il est également apparu dans To End All Wars.
Le cinéma comme prolongement de la peinture
L’une des particularités de MOONGIRL réside dans le dialogue étroit qu’il entretient avec les arts plastiques. L’artiste japonaise Yuzuki, née en 2004 et étudiante au département de peinture à l’Université des arts de Tokyo depuis 2023, a réalisé quinze peintures inspirées directement du scénario.
Ces œuvres ne sont pas de simples illustrations du film : elles prolongent son univers émotionnel et donnent une matérialité aux souvenirs du personnage. Une exposition organisée à Tokyo en août 2026 autour de ces tableaux permettait ainsi de découvrir l’univers de MOONGIRL avant même la première mondiale du film.
Cette porosité entre peinture et cinéma semble d’ailleurs au cœur du projet de Boccard : les images racontent une histoire, mais l’histoire produit à son tour des images.
Une esthétique analogique et contemplative
Tourné en 16 mm, MOONGIRL privilégie une texture argentique qui renforce la dimension nostalgique du récit. La photographie est signée Erwan Cloarec, tandis que le montage est assuré par Andrew Holmes. La musique, composée par Seiji Champollion, participe à cette atmosphère suspendue où le silence, les paysages et les apparitions semblent avoir autant d’importance que les dialogues. Le film est en japonais et bénéficie d’un mixage sonore 5.1.

La mise en scène joue ainsi sur les contrastes : la chaleur des souvenirs face au froid de la neige, la jeunesse face à la vieillesse, le mouvement de la vie face à l’immobilité de la peinture. Le temps n’est plus linéaire ; il devient une matière que le personnage tente de traverser pour retrouver celle qu’il a perdue.
Un premier passage remarqué à Toronto
Avec sa première mondiale au TIFF 2026, MOONGIRL offre à Victor Boccard une première vitrine internationale importante. Sélectionné dans Short Cuts, le court métrage rejoint une programmation consacrée aux formes brèves et aux écritures cinématographiques singulières.
Plus qu’une simple histoire d’amour impossible, MOONGIRL apparaît finalement comme une réflexion sur ce que nous faisons des êtres que nous perdons. Lorsque la réalité ne permet plus de les rejoindre, reste la mémoire. Et lorsque la mémoire menace elle-même de disparaître, reste l’art.
Chez Victor Boccard, peindre devient alors une façon de continuer à aimer.
Fiche technique
Titre original : MOONGIRL (月の民)
Réalisation : Victor Boccard
Scénario : Gwilym Tonnerre
Histoire : Victor Boccard, Seiji Champollion, Gwilym Tonnerre, Erwan Cloarec
Pays : Japon / France
Langue : japonais
Durée : 20 minutes
Format : 16 mm
Son : 5.1
Photographie : Erwan Cloarec
Montage : Andrew Holmes
Musique : Seiji Champollion
Direction artistique / œuvres originales : Yuzuki (弓月)
Casting : Ko Iwagami
Production : Airi Yamawaki, Jerry Rojas, Taka Tsubota, Ko Iwagami
Producteurs exécutifs : Airi Yamawaki, Seiji Champollion
Société de production : MT. MELVIL
Première mondiale : Toronto International Film Festival 2026 – Short Cuts
Distribution principale : Kotona Minami, Bun Kimura, Sakae Kimura.
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