Libre, espiègle, sensible et résolument singulière, Miki s’est imposée en quelques années comme l’une des voix les plus originales de la nouvelle scène pop française. Entre électro, rap, mélodies pop et textes intimes, l’artiste franco-coréenne transforme ses expériences, ses fragilités et ses contradictions en une musique aussi décomplexée qu’attachante.

Née à Nice en 1998 sous le nom de Mikaela Helena Duplay, Miki grandit au Luxembourg, dans une famille où la musique occupe déjà une place importante. Son père, Français, travaille dans l’aérospatiale, tandis que sa mère, Coréenne, est communicante et pratique le chant lyrique. Très tôt, la jeune Mikaela est donc plongée dans un univers musical éclectique. Elle étudie le violon puis le piano et passe une dizaine d’années au conservatoire.

Mais Miki n’est pas destinée à suivre une trajectoire classique. À l’adolescence, ses goûts s’élargissent : rock, hip-hop, rock psychédélique, bossa nova puis musique électronique viennent nourrir un imaginaire qui refuse les frontières. À Londres, où elle part étudier le cinéma, elle découvre notamment l’univers des raves et de la musique électronique. Cette expérience sera déterminante dans la construction de son identité artistique.
Du cinéma à la musique
Avant de se consacrer pleinement à la chanson, Miki explore le cinéma. Elle réalise des courts-métrages et ses propres clips, une expérience qui lui permet de développer parallèlement un véritable langage visuel. Cette dimension cinématographique reste aujourd’hui très présente dans son univers : ses chansons semblent souvent pensées comme de petites scènes, peuplées de personnages, d’émotions et d’images parfois absurdes ou surréalistes.
Ses débuts musicaux remontent au début des années 2020. Après plusieurs expérimentations, elle choisit finalement de repartir presque de zéro pour construire un projet qui lui ressemble davantage. En 2023, elle publie l’EP 4X, première étape d’un parcours qui va progressivement la conduire vers une reconnaissance beaucoup plus large.
Le véritable déclic intervient avec « Échec et mat », puis « Cartoon Sex » et « Jtm encore ». En 2024, un extrait d’« Échec et mat » devient viral sur TikTok et contribue largement à faire connaître son nom auprès d’un public beaucoup plus vaste.
Une « pop électronique » impossible à enfermer
Miki définit elle-même sa musique comme de la « pop électronique ». Une formule simple pour un univers pourtant difficile à classer. Ses morceaux naviguent entre synth-pop, électro, rap et hyperpop, avec des mélodies immédiatement accrocheuses et des productions qui peuvent aussi bien inviter à danser qu’accompagner une confession intime.
Ce qui frappe surtout, c’est le contraste. Chez Miki, une mélodie légère peut porter une émotion douloureuse ; une phrase drôle peut cacher une blessure ; une esthétique volontairement enfantine peut soudain laisser apparaître une grande fragilité.

Cette recherche des contrastes est au cœur de son identité. Son univers puise aussi bien dans les mangas, les jeux vidéo et la culture pop asiatique que dans les musiques électroniques contemporaines. Elle aime confronter le « mignon » et le « malsain », la naïveté et la provocation, l’humour et la mélancolie.
L’intime comme matière première
L’une des grandes forces de Miki réside dans son écriture. Elle parle d’amour, de désir, de relations, de solitude, d’image de soi ou encore de blessures personnelles avec une franchise désarmante.

Mais jamais elle ne semble chercher à donner des leçons. Son écriture préfère l’autodérision, les images surprenantes et les formules parfois volontairement crues. Elle transforme ainsi des expériences très personnelles en émotions auxquelles chacun peut se raccrocher.
C’est probablement là que réside une grande partie de son succès : Miki ne cherche pas à paraître parfaite. Elle assume ses contradictions, ses doutes et ses bizarreries. Sa musique devient alors un espace de liberté où l’on peut rire de soi, parler de ses failles et continuer malgré tout à avancer.
Une personnalité spontanée et profondément humaine
Sur scène comme dans ses interviews, Miki donne l’image d’une artiste spontanée, généreuse et particulièrement joueuse. Derrière l’énergie débordante et l’humour se dessine toutefois une personnalité beaucoup plus sensible qu’il n’y paraît.
Elle revendique une approche ludique de la création et accorde une grande importance aux collaborations. Loin du mythe de l’artiste qui devrait tout faire seule, elle considère au contraire que les échanges permettent de faire émerger une meilleure chanson.

Cette ouverture se retrouve dans son rapport au public. Ses concerts sont devenus l’un des terrains privilégiés de son expression artistique : Miki y déploie une énergie communicative, tout en conservant cette proximité qui donne l’impression de voir une artiste encore en pleine découverte d’elle-même.
De Graou à Industry Plant : l’affirmation d’une artiste
Après Graou, son EP remarqué en 2025, Miki franchit une nouvelle étape avec son premier album, Industry Plant, sorti en octobre 2025. L’album confirme une personnalité artistique déjà bien installée, capable de passer de l’ironie à l’émotion sans perdre son fil conducteur.
Le succès ne tarde pas à dépasser le simple phénomène viral. En 2026, Miki figure parmi les artistes nommées aux Victoires de la musique, dans les catégories Révélation féminine et Révélation scène, signe supplémentaire de son installation dans le paysage musical français.
Une artiste entre deux cultures, mais surtout entre plusieurs mondes
Être franco-coréenne constitue une dimension importante de son parcours, mais Miki ne semble jamais vouloir se laisser enfermer dans une identité unique. Son univers est au contraire nourri de multiples influences : son enfance au Luxembourg, ses racines familiales françaises et coréennes, ses années à Londres, la culture pop asiatique, le cinéma, la musique électronique et la scène française contemporaine.
C’est peut-être précisément cette pluralité qui fait sa richesse.
Miki appartient à une génération qui accepte de mélanger les références, de passer du sérieux au ludique, de la vulnérabilité à l’humour et de la pop au rap sans demander la permission. Elle ne cherche pas à choisir entre ses différentes facettes : elle les fait cohabiter.
Et c’est finalement ce qui rend son parcours particulièrement attachant. Derrière les beats électroniques, les couleurs pop et les textes sans filtre, Miki raconte quelque chose de profondément humain : le désir de trouver sa place, d’assumer ses différences et de transformer ses expériences en énergie créative.

À seulement 27 ans, l’artiste franco-coréenne a déjà trouvé une voix qui n’appartient qu’à elle. Une voix drôle, parfois provocante, souvent touchante, toujours libre — et qui semble n’avoir pas fini de surprendre.
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