À l’extrémité sud-ouest de Busan, là où les eaux du fleuve Nakdong rejoignent la mer du Sud, Gadeokdo déploie un paysage étonnamment préservé. Avec un peu plus de 21 km², elle est la plus grande île de Busan, devant Yeongdo. Longtemps tournée vers la mer et la pêche, Gadeokdo conserve aujourd’hui encore l’atmosphère paisible de ses petits villages côtiers, tout en portant les traces d’une histoire mouvementée.

Une île sculptée par la montagne et la mer

Gadeokdo présente un relief largement montagneux. Plusieurs sommets structurent son paysage, notamment le Yeondaebong, tandis que les versants descendent vers une côte découpée où alternent falaises rocheuses, criques, plages de galets et petites baies. À l’est et au nord-est, l’île regarde vers l’embouchure du Nakdong, tandis que sa partie occidentale fait face à Geoje et aux eaux de la baie de Jinhae.

Cette topographie explique en grande partie le caractère spectaculaire de Gadeokdo : depuis les hauteurs, le regard embrasse une succession de montagnes couvertes de végétation, de forêts, de rochers et d’étendues marines. Les sentiers côtiers, notamment ceux du Galmaet-gil, permettent de découvrir cette nature à pied, loin de l’agitation du centre de Busan.

Au printemps, les camélias et les forêts qui couvrent les reliefs ajoutent encore à la beauté du paysage. Certaines portions du littoral donnent presque l’impression d’une côte sauvage oubliée, avec une mer d’un bleu profond et des falaises plongeant directement dans l’eau.

Une terre habitée depuis la Préhistoire

L’histoire de Gadeokdo est ancienne. Des traces d’occupation humaine remontant à la Préhistoire ont été découvertes sur l’île, notamment des vestiges liés à des établissements anciens. Sa position géographique, à proximité des grandes routes maritimes reliant le sud de la péninsule coréenne, a très tôt contribué à son importance.

Au cours de l’histoire coréenne, Gadeokdo est devenue un point stratégique pour contrôler les accès maritimes vers Busan et Jinhae. Durant la période Joseon, des installations militaires furent établies sur l’île afin de surveiller les mouvements maritimes et de protéger cette partie méridionale du territoire.

Cette vocation stratégique s’est poursuivie au fil des siècles. Gadeokdo fut notamment touchée par les conflits liés aux invasions japonaises de la fin du XVIe siècle. Plus tard, durant la guerre russo-japonaise puis sous la domination japonaise, l’île connut une nouvelle militarisation.

Le village d’Oeyangpo conserve aujourd’hui plusieurs témoignages de cette période : anciennes installations militaires, emplacements de batteries et structures souterraines rappellent une époque particulièrement douloureuse de l’histoire de la péninsule. À Daehang Saebaji, des tunnels creusés pendant la période de l’occupation japonaise constituent également des traces particulièrement fortes de ce passé.

Des villages où la mer rythme encore la vie

Malgré les transformations de Busan, Gadeokdo reste profondément liée à la pêche. Les villages de Daehang, Cheonseong, Oeyangpo ou encore Jeonggeo se sont développés autour de petites installations portuaires et de criques naturelles.

À Jeonggeo, le nom même du village évoque cette relation ancienne avec la mer : l’endroit était autrefois associé aux bateaux venant y jeter l’ancre. Aujourd’hui encore, les maisons regroupées autour du littoral et les embarcations de pêche donnent à certains secteurs de l’île l’apparence d’un petit monde maritime à l’écart de la grande métropole.

La pêche demeure une activité importante, avec notamment le daegu, la morue de Gadeokdo, réputée pour la fermeté de sa chair, ainsi que le mulet gris. Les eaux agitées qui entourent l’île constituent depuis longtemps un environnement favorable à la pêche côtière.

Dans ces villages, la vie quotidienne reste ainsi étroitement liée aux saisons, aux marées et aux conditions de la mer. Les ports demeurent des lieux de travail, mais aussi des espaces de rencontre où se perpétue une culture maritime ancienne.

Une île désormais ouverte sur Busan

Gadeokdo a cependant profondément changé au cours des dernières décennies. Autrefois accessible principalement par bateau, elle est désormais reliée au continent par des infrastructures routières. Le pont de Gadeok et, depuis 2010, le réseau reliant Busan à Geoje ont transformé l’île en un territoire beaucoup plus facilement accessible. Le tunnel sous-marin de Gadeok permet notamment de poursuivre la route vers Geoje.

Cette ouverture n’a pourtant pas fait disparaître son caractère particulier. À quelques kilomètres des infrastructures portuaires et de la grande métropole de Busan, les visiteurs découvrent encore des sentiers forestiers, des villages de pêcheurs, des ports tranquilles et de longues portions de littoral préservé.

Gadeokdo est ainsi devenue une destination appréciée pour la randonnée, les paysages marins et le tourisme historique. Le sentier côtier offre notamment plusieurs kilomètres de marche entre forêts, falaises et petites plages, avec des panoramas particulièrement remarquables sur la mer.

Entre mémoire et avenir

Aujourd’hui, Gadeokdo se trouve à la rencontre de deux réalités. D’un côté, elle reste cette île verdoyante où subsistent des villages de pêcheurs, des paysages naturels remarquables et une relation ancienne avec la mer. De l’autre, sa proximité avec le port de Busan et son rôle stratégique dans les infrastructures régionales lui confèrent une importance économique croissante.

C’est précisément cette coexistence qui fait son charme. À Gadeokdo, la nature n’a pas complètement cédé devant le développement urbain. Les montagnes plongent encore vers la mer, les bateaux de pêche continuent de sortir des petits ports et les anciennes installations militaires rappellent les heures sombres de son passé.

Plus qu’une simple île au large de Busan, Gadeokdo est un territoire où se rencontrent la montagne, l’océan, la pêche et l’histoire. Une terre de verdure et de mémoire qui offre, à l’extrémité de la grande métropole coréenne, un visage étonnamment authentique du littoral du Sud.

© 2026 (SL75)

Tendances