À l’occasion de la Grande tournée estivale de sumo de l’ère Reiwa 8, le Kawasaki Basho s’est tenu mercredi 26 août à la Tokyu Dresse Todoroki Arena, dans la ville de Kawasaki, préfecture de Kanagawa. Parmi les scènes les plus attendues de cette journée consacrée au sumo de tournée, le dohyo-iri — l’entrée solennelle des lutteurs sur le ring — a offert une image particulièrement émouvante : des lutteurs sekitori portant de très jeunes enfants dans leurs bras.

Cette tradition, devenue l’un des moments emblématiques des tournées régionales (jungyo), contraste avec la puissance et la rigueur habituellement associées au monde du sumo. Dans l’immensité du dohyo, les imposants rikishi avancent avec une attention extrême, tenant délicatement contre eux des bébés parfois âgés seulement de quelques mois.
Une tradition propre aux tournées
La pratique consistant à faire entrer un bébé sur le dohyo dans les bras d’un lutteur est particulièrement associée aux tournées de sumo. Les archives photographiques officielles de l’Association japonaise de sumo montrent que ce rituel est organisé depuis de nombreuses années dans différentes villes du Japon. Il est présenté comme une scène caractéristique des jungyo, qui permettent aux lutteurs de rencontrer le public en dehors des six grands tournois officiels organisés à Tokyo, Osaka, Nagoya et Fukuoka.

Le geste est avant tout symbolique. La stature impressionnante du sekitori, son kesho-mawashi — le tablier cérémoniel richement décoré — et la solennité du dohyo donnent à cette scène une dimension presque cérémonielle. Pour les familles, faire porter leur enfant par un lutteur représente également un souvenir exceptionnel et une manière de l’associer à l’univers traditionnel du sumo.
Certains lutteurs ont d’ailleurs déjà porté les enfants de leurs proches ou de membres de leur entourage lors de ces cérémonies. En 2016, par exemple, l’ancien yokozuna Kisenosato avait effectué un dohyo-iri avec dans ses bras le bébé d’un ami ; l’année suivante, il avait porté la fille de l’ancien sekitori Wakanosato lors d’une tournée estivale.
Une tradition à ne pas confondre avec le « sumo des bébés qui pleurent »
Cette pratique est parfois rapprochée du célèbre nakizumo, ou « sumo des bébés qui pleurent ». Il s’agit toutefois de deux traditions distinctes.

Le nakizumo est un rituel populaire organisé notamment dans des sanctuaires japonais afin de souhaiter santé, croissance et protection aux jeunes enfants. Les bébés sont placés sur un dohyo et, dans certaines cérémonies, des lutteurs ou anciens lutteurs les portent tandis qu’un arbitre tente de provoquer leurs pleurs. Selon la tradition, les cris vigoureux du bébé sont considérés comme un signe de vitalité et sont censés éloigner les mauvais esprits. Cette coutume est généralement présentée comme ayant plus de quatre siècles d’histoire.
Dans le cas du dohyo-iri avec un bébé lors d’une tournée de sumo, il n’est pas question de compétition ni de chercher à faire pleurer l’enfant. Le bébé accompagne simplement le lutteur au moment de la présentation cérémonielle, dans une atmosphère à la fois solennelle et chaleureuse.
Le dohyo, entre tradition et proximité avec le public
Cette scène illustre parfaitement l’esprit particulier des tournées de sumo. Contrairement aux grands tournois professionnels, où la compétition domine, les jungyo cherchent également à rapprocher les lutteurs du public. Démonstrations, entraînements ouverts, rencontres avec les enfants, séances d’autographes et différents rituels permettent aux spectateurs d’approcher de plus près les rikishi. L’Association japonaise de sumo souligne d’ailleurs régulièrement ces moments de proximité dans ses reportages consacrés aux tournées.
À Kawasaki, l’image des puissants sekitori tenant précautionneusement de minuscules enfants dans leurs bras prend ainsi une dimension particulière. Le contraste entre la force physique exceptionnelle des lutteurs et la fragilité apparente des bébés compose une scène aussi spectaculaire qu’attendrissante.
Dans un sport profondément attaché aux rites, aux gestes codifiés et à la transmission, ce moment rappelle aussi que le sumo ne se résume pas aux combats. Il est également une culture populaire vivante, capable de réunir plusieurs générations autour du même dohyo.
À Kawasaki, les géants du sumo ont donc, le temps d’un rituel, laissé place à une image de douceur : celle de la force protégeant symboliquement la nouvelle génération.
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