L’ancien président de Toyota et ex-président du Keidanren, Hiroshi Okuda, est décédé à l’âge de 93 ans. Figure majeure du patronat japonais, il restera associé à la transformation de Toyota en constructeur véritablement mondial et au lancement de la Prius, devenue l’un des symboles de l’automobile hybride.
Un parcours de près d’un demi-siècle chez Toyota
Né le 29 décembre 1932 à Tsu, dans la préfecture de Mie, Hiroshi Okuda est diplômé de l’université Hitotsubashi. Il rejoint Toyota en 1955, au lendemain de ses études, et effectue l’essentiel de sa carrière au sein du groupe. Contrairement à plusieurs dirigeants historiques de Toyota issus de la famille fondatrice Toyoda, Okuda est un dirigeant extérieur à cette famille.

Après avoir gravi progressivement les échelons, il est nommé président de Toyota Motor Corporation en 1995, à un moment où le constructeur doit composer avec un yen fort, des difficultés à l’exportation et la nécessité d’accélérer son développement international.
Son arrivée marque un tournant. Partisan d’une gestion plus dynamique, Okuda défend notamment l’idée que « ne pas changer est un mal », et pousse Toyota à accélérer ses réformes, à renforcer sa production à l’étranger et à donner davantage de responsabilités aux structures locales.
Sous sa direction, Toyota développe notamment ses implantations industrielles en Amérique du Nord et en Europe, contribuant à transformer le constructeur japonais en un acteur mondial. Selon Reuters, les ventes mondiales du groupe ont progressé de manière spectaculaire au cours de cette période, tandis que la stratégie de production locale permettait à Toyota de réduire sa dépendance aux exportations japonaises.
La Prius, symbole d’une révolution automobile
Mais le nom d’Hiroshi Okuda reste surtout associé à l’un des paris technologiques les plus importants de Toyota : la Prius.
Présentée sous forme de concept au Salon de l’automobile de Tokyo en 1995, la Prius est commercialisée au Japon en 1997. Toyota la présente comme le premier véhicule hybride de tourisme produit en grande série au monde, combinant moteur thermique et propulsion électrique.

À une époque où la technologie hybride reste encore largement expérimentale, Toyota fait le choix de la commercialiser à grande échelle. Le pari se révélera décisif : la Prius contribuera à installer durablement l’hybride dans l’industrie automobile et à donner à Toyota une avance considérable dans le domaine des véhicules à faible consommation.
Un dirigeant influent au-delà de Toyota
Après avoir quitté la présidence en 1999, Hiroshi Okuda devient président du conseil d’administration de Toyota, fonction qu’il conservera jusqu’en 2006. Il joue parallèlement un rôle important dans le monde économique japonais.
En 1999, il prend la tête de la Nippon Keidanren, la Fédération des organisations économiques japonaises, avant de devenir l’une des voix les plus influentes du patronat japonais. Il intervient également dans les discussions économiques nationales et dans les questions liées à la compétitivité de l’industrie japonaise. (Toyota)
Son style, parfois direct et critique, tranche avec l’image traditionnellement prudente du management japonais. Okuda défend notamment davantage de mobilité dans les entreprises, une plus grande ouverture internationale et la nécessité pour les groupes japonais de s’adapter rapidement aux transformations de l’économie mondiale.
Toyota, de l’industrie textile à un géant mondial
L’histoire qu’Okuda a contribué à accélérer est celle d’une entreprise devenue l’un des piliers de l’industrie automobile mondiale.
Fondé à partir des activités industrielles de Sakichi Toyoda, pionnier japonais du métier à tisser automatique, le groupe s’oriente vers l’automobile avec Kiichiro Toyoda, qui crée Toyota Motor Co. en 1937. Le constructeur développe ensuite progressivement son célèbre système de production, fondé notamment sur le juste-à-temps, l’amélioration continue (kaizen) et la recherche d’une grande efficacité industrielle.
À partir de la seconde moitié du XXe siècle, Toyota connaît une expansion internationale rapide. La période dirigée par Okuda dans les années 1990 et au début des années 2000 constitue toutefois une étape déterminante : le groupe renforce considérablement sa présence en Amérique du Nord, en Europe et en Asie, tout en développant des technologies destinées à répondre aux nouveaux enjeux environnementaux.
La Prius, lancée en 1997, en devient l’un des symboles les plus visibles. Toyota indique avoir depuis vendu plus de 20 millions de véhicules hybrides dans le monde, faisant de cette technologie l’un des piliers de sa stratégie automobile.
Un héritage industriel majeur
Hiroshi Okuda aura ainsi accompagné l’une des mutations les plus importantes de Toyota : celle d’un constructeur japonais performant mais encore largement centré sur son marché national vers un groupe automobile mondial, capable de produire localement sur plusieurs continents et d’imposer une nouvelle référence dans l’hybridation automobile.
Sa disparition marque celle d’une génération de grands dirigeants japonais qui ont façonné l’industrie du pays dans l’après-guerre. Chez Toyota, son héritage reste particulièrement lié à deux mots : internationalisation et innovation. Avec la Prius, Okuda avait contribué à faire entrer l’automobile hybride dans la production de masse. Avec son expansion internationale, il avait participé à faire de Toyota l’un des constructeurs les plus puissants de la planète.
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