À l’extrémité orientale de la péninsule coréenne, les vagues de la mer de l’Est viennent frapper un décor spectaculaire où la nature semble avoir sculpté sa propre cathédrale. Au cœur du parc de Daewangam, à Ulsan, d’immenses formations rocheuses surgissent de l’océan, reliées à la côte par un pont suspendu. Entre falaises granitiques, pins maritimes tordus par les embruns et légendes royales, ce site est l’un des paysages côtiers les plus emblématiques de Corée du Sud.
Une légende royale gravée dans la pierre
Le nom Daewangam signifie littéralement « le Rocher du Grand Roi ». Pourtant, derrière cette appellation se cache une histoire plus poétique que politique.

La tradition populaire raconte que la reine du royaume de Silla, épouse du roi Munmu – souverain ayant unifié les Trois Royaumes de Corée au VIIᵉ siècle –, souhaita, après sa mort, protéger le pays depuis la mer. Son esprit se serait alors transformé en dragon avant de rejoindre ces rochers battus par les vagues. Depuis des siècles, les habitants considèrent donc Daewangam comme un lieu protecteur, symbole de prospérité et de sécurité pour les marins.

Les historiens rappellent toutefois que le nom pourrait être encore plus ancien. Des études toponymiques suggèrent que « Daewang » désignait autrefois une divinité protectrice des mers plutôt qu’un souverain terrestre. Les premières mentions écrites du site remontent à la fin du XVIᵉ siècle, durant les invasions japonaises de Hideyoshi.
Une histoire géologique vieille de dizaines de millions d’années
Si la légende explique l’âme de Daewangam, la géologie raconte sa véritable naissance.
Les rochers visibles aujourd’hui résultent d’une histoire qui remonte au Crétacé supérieur, entre environ 70 et 90 millions d’années. À cette époque, la région était marquée par une intense activité volcanique et tectonique liée à la subduction d’une plaque océanique sous le continent asiatique. Des magmas se sont lentement refroidis en profondeur, ils ont donné naissance à plusieurs types de roches magmatiques, notamment des granites riches en feldspath, des diorites et d’autres roches intrusives.


Au fil des millions d’années, l’érosion a progressivement dégagé ces masses rocheuses. Les fractures naturelles, orientées principalement selon un axe nord-est/sud-ouest, ont facilité l’action des vagues, du vent, du sel marin et des variations de température. Peu à peu, l’océan a sculpté arches, falaises, blocs isolés et passages étroits, il a donné ce relief spectaculaire que l’on admire aujourd’hui.
Quand la mer devient sculpteur
Le spectacle offert par Daewangam est le résultat d’une lente œuvre d’érosion. Les vagues attaquent sans relâche les fissures du granite, élargissant progressivement les cassures naturelles. Certaines portions plus fragiles disparaissent, tandis que les parties les plus résistantes demeurent en équilibre au-dessus des flots. Ce travail incessant a façonné une succession de piliers rocheux, de promontoires et d’îlots qui semblent surgir directement des profondeurs.


La lumière accentue encore davantage ce relief. À l’aube, les premiers rayons du soleil colorent les falaises de nuances dorées et orangées. Par temps agité, l’écume blanche contraste avec le gris rosé du granite, le paysage est d’une puissance presque théâtrale.
Un parc entre forêt et océan
Les formations rocheuses constituent le joyau du parc de Daewangam, mais elles ne sont pas son unique attrait.

Le site est parcouru de sentiers aménagés serpentant au milieu d’une vaste pinède maritime. Les pins, façonnés par les vents salés, dessinent des silhouettes tortueuses caractéristiques du littoral coréen. Tout au long de la promenade, plusieurs belvédères permettent d’observer les falaises, les îlots et l’immensité de la mer de l’Est.


Le pont suspendu qui relie la côte aux rochers offre l’un des panoramas les plus célèbres d’Ulsan. Depuis cette passerelle, les visiteurs découvrent toute la complexité géologique du littoral, où les blocs de granite semblent émerger directement des vagues.
Un patrimoine naturel majeur de la Corée
Bien qu’Ulsan soit mondialement connue pour son industrie navale et automobile, Daewangam rappelle que la ville possède également un patrimoine naturel exceptionnel. Chaque année, des millions de visiteurs viennent admirer ce paysage où se rencontrent géologie, histoire et mythologie.

Daewangam incarne la relation intime que les Coréens entretiennent avec la mer : un espace à la fois protecteur, nourricier et sacré. Ici, chaque strate rocheuse témoigne de millions d’années d’évolution de la Terre, tandis que chaque légende rappelle l’attachement profond d’un peuple à son histoire.
Face aux vagues qui poursuivent inlassablement leur travail d’érosion, une évidence s’impose, à Daewangam, le temps n’a jamais cessé de sculpter le paysage.
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