Avec Notes from the Last Row, le légendaire acteur sud-coréen incarne un écrivain frustré dont les mots, prononcés des années plus tôt, déclenchent une implacable mécanique de vengeance. Une œuvre sombre qui prolonge l’exploration de la nature humaine chère à l’interprète d’Oldboy.

© 2026 (Lee J.S./SL75)

Depuis plus de trente-cinq ans, Choi Min-sik occupe une place à part dans le cinéma sud-coréen. Révélé internationalement par Oldboy, Palme d’or du Grand Prix du Jury à Cannes en 2004 pour son réalisateur Park Chan-wook, puis confirmé par des films majeurs comme Failan, I Saw the Devil, Nameless Gangster ou The Admiral: Roaring Currents, le comédien s’est imposé comme l’un des plus grands acteurs asiatiques de sa génération. Son jeu, d’une intensité rare, s’est toujours nourri de personnages complexes, déchirés et profondément humains.

À 64 ans, il poursuit cette quête avec Notes from the Last Row, nouveau thriller psychologique de Netflix. Il y prête ses traits à Heo Mun-oh, professeur de littérature et romancier en échec, dont la vie bascule lorsqu’il devient la cible de Lee Kang, un étudiant aussi brillant que manipulateur, installé au dernier rang de son cours.

© 2026 (Netflix /SL75

Dès la lecture du scénario, adapté d’une pièce de théâtre, Choi Min-sik a été séduit par la singularité du projet. Loin des productions spectaculaires actuelles, l’œuvre lui est apparue comme un récit intemporel laissant une large place à la réflexion. L’acteur a d’ailleurs comparé cette sensation à celle qu’il avait éprouvée en découvrant Failan au début des années 2000 : une histoire courte, presque modeste dans sa forme, mais d’une densité psychologique exceptionnelle, semblable à ces petits romans de poche que l’on emportait partout durant les années d’études.

Cette attirance n’a rien d’un hasard. Depuis le début de sa carrière, Choi Min-sik revendique une fascination pour les personnages faillibles. Là où le cinéma contemporain multiplie les héros invincibles, il préfère explorer les êtres fragiles, maladroits ou moralement ambigus. Selon lui, ces figures imparfaites racontent davantage la réalité humaine que les super-héros capables de sauver le monde. Ce qui l’intéresse est de mettre à nu les parts les plus enfouies de l’homme, sans chercher à les embellir, jusqu’à révéler une vérité parfois inconfortable sur notre nature.

Dans Notes from the Last Row, cette approche trouve un terrain d’expression idéal. Mun-oh est un homme rongé par ses propres frustrations, qui se laisse progressivement enfermer dans le jeu psychologique orchestré par son étudiant.

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Le récit rappelle inévitablement Oldboy, autre tragédie où quelques mots prononcés à la légère finissent par provoquer un engrenage irréversible. Pourtant, ce rapprochement ne s’est imposé à Choi Min-sik qu’après le tournage. En découvrant la série achevée, il a réalisé que les deux œuvres partageaient un même thème fondamental : celui de la violence des mots et de l’écriture.

Dans Notes from the Last Row, tout commence des années auparavant lorsqu’un jeune Lee Kang confie au professeur un épisode particulièrement douloureux de son enfance dans un orphelinat. Mun-oh balaie alors cette confession d’un simple commentaire, la qualifiant d’histoire sans importance. Cette réaction, aussi banale qu’arrogante, laisse une blessure profonde chez l’enfant, qui transformera cette humiliation en un projet de vengeance minutieusement construit. À travers cette intrigue, la série rappelle combien une parole prononcée avec désinvolture peut marquer une existence entière.

Pour Choi Min-sik, cette réflexion trouve un écho particulièrement fort dans notre époque, où les violences verbales se multiplient. Les mots, estime-t-il, nourrissent aujourd’hui la défiance, la colère et parfois la haine. Notes from the Last Row invite ainsi à mesurer la responsabilité qui accompagne chaque parole écrite ou prononcée.

Si l’acteur reconnaît qu’il aurait probablement du mal à apprécier un homme comme Heo Mun-oh dans la vie réelle, son travail consistait précisément à suspendre tout jugement moral. Pour construire son personnage, il s’est efforcé d’en devenir le plus fervent défenseur. Derrière cet homme orgueilleux, il a vu un écrivain incapable d’atteindre les ambitions qu’il s’était fixées, prisonnier de ses propres limites et condamné à une souffrance permanente. Plus il explorait cette détresse intérieure, plus il éprouvait de compassion pour lui.

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L’une des grandes réussites de la série repose également sur le face-à-face entre Choi Min-sik et Choi Hyun-wook, son partenaire à l’écran, de quarante ans son cadet. L’acteur chevronné n’a pas caché son admiration pour la nouvelle génération de comédiens, qu’il juge plus spontanée et plus audacieuse dans son approche du jeu. Selon lui, ces jeunes interprètes plongent dans leurs personnages avec une liberté déconcertante, sans la moindre hésitation. Une énergie qui l’a souvent surpris sur le plateau et qui nourrit encore aujourd’hui sa propre créativité.

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Après près de quatre décennies de carrière, Choi Min-sik affirme d’ailleurs que son enthousiasme demeure intact. Chaque nouveau projet représente pour lui une aventure artistique exigeante, qui le pousse systématiquement jusqu’aux limites de ses capacités d’interprétation. C’est précisément cette exigence qui explique la rareté de ses apparitions. Il refuse de tourner par simple routine et n’accepte un rôle qu’après une longue réflexion. Dans le cas de Notes from the Last Row, la lecture immédiate de l’œuvre originale a suffi à le convaincre qu’il tenait entre les mains un projet d’une rare qualité.

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À l’heure où beaucoup de ses contemporains ralentissent leur activité, Choi Min-sik regarde encore vers l’avenir avec la même curiosité qu’à ses débuts. Convaincu qu’un acteur peut tout incarner, des figures les plus lumineuses aux plus démoniaques, il estime avoir encore de nombreux personnages à explorer.

Avec Notes from the Last Row, le comédien confirme une nouvelle fois que sa plus grande force réside dans sa capacité à sonder les profondeurs de l’âme humaine. Une démarche artistique exigeante qui, depuis plus de trois décennies, fait de lui l’un des visages incontournables du cinéma coréen contemporain.

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