À Kyoto, une exposition exceptionnelle consacrée à Katsushika Hokusai et Utagawa Hiroshige invite le public à redécouvrir l’art de l’ukiyo-e sous un angle inédit. Présentée au Musée de Kyoto jusqu’au 14 juin, elle rassemble des œuvres majeures issues de la prestigieuse collection de Yasusaburo Hara, dont les célèbres séries « Trente-six vues du mont Fuji » et « Cinquante-trois stations du Tokaido ».

Au-delà du talent des artistes, l’exposition rappelle que chaque estampe est le fruit d’un travail collectif réunissant dessinateur, graveur, imprimeur et éditeur. Les visiteurs peuvent notamment admirer de rares premiers tirages, considérés comme les plus fidèles aux intentions originales des créateurs.

Selon Kyoko Hirai, imprimeuse sur bois au sein du studio Sato Woodblock à Kyoto, l’une des techniques les plus remarquables de l’ukiyo-e est le « bokashi », l’art du dégradé. Cette méthode, obtenue grâce à un savant dosage d’eau, de pigments et de pâte appliqués sur le bloc de bois, permet de créer des transitions de couleurs d’une grande finesse.

L’estampe « Kameyama : Ciel dégagé après la neige » d’Hiroshige en offre un exemple saisissant. Les nuances de bleu et de vermillon traduisent avec délicatesse la lumière d’un matin d’hiver, tandis que le blanc du papier suggère la neige immaculée. « Ce dégradé exprime magnifiquement la douceur du ciel matinal », souligne Kyoko Hirai. L’exposition met également en évidence l’importance du savoir-faire des imprimeurs. Réaliser des centaines d’exemplaires identiques constitue un défi technique considérable, nécessitant souvent plusieurs années d’apprentissage. Kyoko Hirai salue à ce titre la qualité exceptionnelle de la collection Hara, dont les œuvres ont conservé une fraîcheur remarquable.

Les visiteurs peuvent aussi constater combien l’impression influence l’atmosphère d’une estampe. Dans certaines versions d’« Averse soudaine sur les rives de la rivière Tadasu », le ciel sombre et les traits de pluie accentués évoquent un violent orage. Dans l’exemplaire de la collection Hara, des dégradés plus lumineux suggèrent au contraire une averse passagère, empreinte de poésie.

Parmi les œuvres emblématiques présentées figure également le célèbre « Fuji rouge » d’Hokusai. Derrière son apparente simplicité se cache pourtant une véritable prouesse technique. Obtenir la texture subtile du versant rouge du mont Fuji exige une maîtrise extrême de l’encrage et de la pression exercée lors de l’impression, au point que l’œuvre est redoutée par de nombreux imprimeurs.

L’exposition revient enfin sur le rôle déterminant du bleu de Prusse, pigment synthétique introduit au Japon au XVIIIe siècle. Plus vif et plus stable que les colorants traditionnels, il a révolutionné l’ukiyo-e en permettant de représenter avec une richesse inédite le ciel, l’eau et les paysages. Sans cette innovation, les séries légendaires d’Hokusai et d’Hiroshige n’auraient sans doute jamais vu le jour sous la forme que nous connaissons aujourd’hui.

Grâce à l’excellent état de conservation de la collection Hara, les visiteurs peuvent admirer ces bleus éclatants et redécouvrir toute la virtuosité technique qui se cache derrière les chefs-d’œuvre des deux maîtres japonais. Une plongée fascinante dans l’univers de l’estampe, où chaque détail révèle le génie d’un art collectif vieux de plusieurs siècles.

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