Dans le nord du Japon, au cœur de la préfecture d’Akita, le lac Shûsen offre chaque printemps l’un des spectacles naturels les plus étonnants de l’archipel. Entre la mi-mai et la mi-juin, lorsque les dernières neiges des montagnes ont fondu, les eaux prennent une teinte bleu cobalt d’une remarquable intensité. À cette période, les cimes verdoyantes des arbres émergent à peine de la surface, donnant l’illusion d’une forêt flottant sur le lac.

Ce phénomène, connu au Japon sous le nom de mizubotsurin, ou « forêt submergée », attire chaque année de nombreux visiteurs, photographes et amoureux de la nature venus admirer ce paysage aussi rare qu’éphémère. Le lac Shûsen est un réservoir artificiel créé dans le cadre du développement hydroélectrique de la région. Alimenté par les cours d’eau descendant des reliefs montagneux d’Akita, il est retenu par un barrage construit pour répondre aux besoins énergétiques du territoire. Les variations saisonnières du niveau de l’eau, combinées à la présence d’arbres restés enracinés dans les zones inondées, sont à l’origine de ce paysage singulier qui a progressivement acquis une renommée nationale.

Située dans une préfecture réputée pour ses vastes forêts, ses sources thermales et ses montagnes, la région du lac Shûsen appartient à un environnement naturel marqué par l’activité volcanique qui caractérise une grande partie du nord de l’île de Honshū. Les sols, riches en matériaux volcaniques accumulés au fil des millénaires, favorisent le développement d’une végétation dense. Les montagnes environnantes reçoivent d’importantes chutes de neige durant l’hiver. Au printemps, la fonte nivale alimente les rivières et les retenues d’eau, contribuant à la couleur exceptionnelle du lac. Cette teinte bleutée résulte notamment de la pureté de l’eau et des conditions particulières de réflexion et de diffusion de la lumière.

Ce décor enchanteur va toutefois connaître une longue interruption. À partir de 2027, des travaux de modernisation et d’entretien d’une centrale hydroélectrique située en aval du barrage entraîneront un abaissement significatif du niveau de l’eau. Cette opération empêchera temporairement la formation de la célèbre forêt submergée. Selon les prévisions, le phénomène ne devrait pas réapparaître avant le printemps 2032, une fois les travaux achevés et les conditions hydrologiques revenues à la normale.

Entre eaux d’un bleu profond et arbres semblant flotter dans les airs, le lac Shûsen rappelle la capacité de la nature à créer des scènes aussi surprenantes que fugaces.

Photos:© 2026 (GNJ/SL75)

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