Au sud-est de la Corée du Sud, loin de l’agitation des grandes métropoles, s’étend un paysage d’eau et de roseaux façonné par les siècles. Le marais d’Upo, plus grande zone humide intérieure naturelle du pays, constitue aujourd’hui l’un des écosystèmes les plus précieux de la péninsule coréenne. Refuge pour des centaines d’espèces animales et végétales, ce sanctuaire naturel attire autant les scientifiques que les amateurs de nature.

Situé dans le comté de Changnyeong, le site s’est formé le long des cours d’eau prenant leur source au mont Hwawangsan, avant de rejoindre le Nakdonggang, le plus long fleuve de Corée du Sud. Cette configuration géographique particulière, étroitement liée aux variations du fleuve, a permis l’apparition d’un environnement d’une exceptionnelle richesse écologique.

Entouré de collines et de basses montagnes, Upo offre un paysage très différent de celui des lacs artificiels ou des réservoirs que l’on retrouve ailleurs dans le pays. D’une superficie comparable à celle de l’île de Yeouido, à Séoul, la zone humide s’étend sur environ 2,5 kilomètres de long et 1,6 kilomètre de large. Elle se compose de quatre grands marais ainsi que de plusieurs étendues humides plus petites, formant un vaste ensemble naturel connu sous le nom de « zone humide d’Upo ».



L’histoire de la protection du site remonte aux années 1990. Longtemps préservé par son isolement relatif et par l’activité agricole traditionnelle des habitants, le marais a commencé à susciter un intérêt national face aux menaces de modernisation et d’assèchement qui pesaient alors sur les zones humides coréennes. En 1997, le gouvernement sud-coréen lui accorde officiellement le statut d’« aire de conservation écologique ». Un an plus tard, Upo est inscrit à la Convention de Ramsar, traité international dédié à la préservation des zones humides d’importance mondiale. Depuis, la reconnaissance du site n’a cessé de croître. En 2011, la Corée du Sud dépose une candidature auprès de l’UNESCO en vue d’une inscription au patrimoine naturel mondial. Plus récemment, en 2024, l’ensemble du comté de Changnyeong a été désigné réserve de biosphère de l’UNESCO, avec le marais d’Upo et le mont Hwawangsan comme zones centrales. Le Korea Heritage Service a également annoncé son intention de poursuivre les démarches pour une inscription au patrimoine mondial naturel dans son plan directeur 2025-2029.


Au-delà de son importance paysagère, Upo joue un rôle écologique majeur à l’échelle régionale. Le site constitue notamment une halte essentielle pour les oiseaux migrateurs voyageant entre l’Asie de l’Est et l’Australie. Hérons, canards sauvages et grues y trouvent nourriture et repos au fil des saisons.

Le marais est aussi devenu le symbole du retour de l’ibis nippon, espèce rare autrefois disparue de la péninsule coréenne. Éteint localement depuis 1979, l’oiseau a pu être réintroduit grâce au don d’un couple reproducteur par la Chine en 2008. Après plusieurs années d’élevage et de préparation, les premiers ibis ont été relâchés avec succès dans la nature en 2019. Aujourd’hui, près de 440 individus ont retrouvé leur habitat naturel autour d’Upo. Les autorités locales supervisent leur adaptation à la vie sauvage et suivent certains oiseaux grâce à des balises GPS afin de surveiller leurs déplacements et leur état de santé.

Accessible gratuitement au public, le marais d’Upo est également devenu une destination prisée des randonneurs et des amoureux de la nature. Plusieurs sentiers permettent de découvrir cet écosystème unique, dont un parcours principal de 8,4 kilomètres offrant une vue d’ensemble sur les paysages du site. Des postes d’observation équipés de télescopes permettent aux visiteurs d’admirer la faune sans perturber cet environnement fragile.



Entre préservation écologique, patrimoine naturel et tourisme durable, Upo incarne aujourd’hui l’un des plus grands symboles de la biodiversité coréenne.
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