Dans la douceur des soirées de printemps, la rivière Nagara, dans la préfecture de Gifu au centre du Japon, retrouve l’éclat de ses traditions les plus anciennes. Lundi, la spectaculaire pêche au cormoran, appelée « ukai », a officiellement repris, elle offre aux habitants comme aux visiteurs un voyage fascinant au cœur d’un savoir-faire vieux de plus de 1 300 ans.

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À la tombée de la nuit, les silhouettes des pêcheurs se découpent dans la lumière vacillante des torches enflammées fixées à l’avant de longues embarcations en bois. Vêtus de costumes traditionnels, les « usho », maîtres de cette technique ancestrale, dirigent avec une précision remarquable une douzaine de cormorans dressés pour la pêche. Reliés aux oiseaux par de fines cordes, ils orchestrent un ballet hypnotique sur les eaux sombres de la Nagara, sous les regards émerveillés d’une foule venue assister à l’ouverture de la saison.

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L’ukai est l’une des plus anciennes traditions vivantes du Japon. Ses origines remonteraient au VIIIe siècle, à l’époque où cette méthode de pêche était déjà pratiquée pour approvisionner la cour impériale en ayu, un poisson d’eau douce particulièrement apprécié dans la gastronomie japonaise. Au fil des siècles, la pêche au cormoran est devenue un symbole culturel fort de la région de Gifu, transmis de génération en génération. Certains pêcheurs d’aujourd’hui appartiennent à des lignées perpétuant cet art depuis des siècles. Le principe de cette pêche repose sur une relation unique entre l’homme et l’animal. Attirés par la lumière des torches, les ayus remontent à la surface. Les cormorans plongent alors avec rapidité pour capturer les poissons. Une corde soigneusement attachée autour de leur cou permet aux oiseaux d’avaler les petites prises tout en les empêchant d’ingérer les plus gros poissons, récupérés ensuite par les pêcheurs.

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Au-delà de son aspect spectaculaire, l’ukai représente un patrimoine vivant que la ville de Gifu souhaite aujourd’hui faire reconnaître à l’échelle mondiale. Les autorités locales ambitionnent d’obtenir l’inscription de cette tradition au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO afin d’assurer sa préservation et de renforcer son rayonnement international.

Dans cette optique, Gifu mise également sur un tourisme haut de gamme. La ville inaugurera cet été un nouveau bateau d’observation de luxe proposé exclusivement à la location. Imaginé par le célèbre designer Eiji Mitooka, connu notamment pour le prestigieux train-couchettes Seven Stars in Kyushu, ce bateau offrira une expérience raffinée aux visiteurs, avec repas inclus, pour environ 400 000 yens la sortie, soit près de 2 500 euros.

La saison de la pêche au cormoran se poursuivra chaque soir jusqu’au 15 octobre, sauf lorsque les eaux de la rivière deviennent trop fortes. Sur la Nagara, les flammes des torches continueront alors d’éclairer les gestes précis des usho, gardiens d’un héritage ancestral qui défie le temps.

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