Le prochain Festival de Cannes promet déjà quelques secousses, et l’une d’elles pourrait bien venir d’une île sud-coréenne. Avec Dora, son troisième long-métrage, la réalisatrice July Jung signe un retour très attendu sur la Croisette. Le film sera présenté en première mondiale à la Quinzaine des cinéastes, section parallèle du Festival de Cannes, qui se tiendra du 13 au 23 mai.

Présenté comme une œuvre audacieuse et résolument contemporaine, Dora intrigue déjà par son point de départ. Lors de la conférence de presse, le directeur artistique Julien Rejl a évoqué une « adaptation très libre » du célèbre cas clinique étudié par Sigmund Freud, tiré de son texte de 1905 Fragment d’une analyse d’hystérie. Mais ici, pas de cabinet viennois : l’histoire est transposée dans la Corée du Sud actuelle, sur une île où les tensions se cristallisent sous le soleil d’été. Au cœur du récit, Dora, une jeune femme en vacances avec sa famille et des amis. Dans ce microcosme clos, elle devient malgré elle le point de convergence des désirs et des frustrations. Un rôle de catalyseur émotionnel qui permet à July Jung d’explorer les dynamiques du désir féminin, encore rarement abordées de front dans le cinéma coréen contemporain. Un choix qui, selon Rejl, a particulièrement séduit le comité de sélection.
Pour incarner cette héroïne complexe, la cinéaste a choisi Kim Do-yeon, ancienne star de la K-pop en pleine reconversion, face à l’actrice japonaise Sakura Ando, révélée notamment dans Une affaire de famille de Hirokazu Kore-eda, Palme d’or en 2018. Une rencontre d’actrices qui promet une intensité à la hauteur des thèmes abordés.

July Jung n’en est pas à son premier passage à Cannes. Dès 2014, elle s’était fait remarquer avec A Girl at My Door, présenté dans la section Un Certain Regard. Elle avait confirmé en 2022 avec About Kim Sohee, montré à la Semaine de la critique. Avec Dora, elle semble franchir une nouvelle étape, en s’attaquant à un matériau psychanalytique dense qu’elle réinvente avec une sensibilité contemporaine. Ce retour coréen est d’autant plus notable que, selon Julien Rejl, la production nationale a récemment connu un ralentissement, avec moins de films soumis à la sélection. Pourtant, la présence sud-coréenne reste forte cette année : Na Hong-jin sera en compétition officielle avec Hope, tandis que Yeon Sang-ho présentera Colony en Séances de minuit, lui qui avait marqué les esprits avec Dernier train pour Busan.
Entre exploration du désir, héritage freudien et regard acéré sur les rapports humains, Dora s’annonce comme l’un des objets les plus fascinants de cette édition. Une île, une jeune femme, et un été où tout semble prêt à basculer.
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